Vincent Ozanon met son ambition théâtrale à la hauteur de ses engagements

Le comédien français, installé à Genève, est à Dorigny, dès ce soir, dans le «Faust» mis en scène par Darius Peyamiras. Portrait d’un frondeur, généreux et passionné.

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Dans "Faust", Vincent Ozanon regarde la mort dans les yeux. Dans la vie, le comédien est surtout un fin observateur du genre humain. Image: Chantal Dervey

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Dans Faust , Vincent Ozanon danse avec l’enfer. Gueule cassée, tripes sur le plateau. Dans la vie, le comédien français – qui s’invite occasionnellement sur les scènes vaudoises depuis bientôt quinze ans – est plutôt du genre à plonger son regard perçant dans l’humain. Pour vivre de l’intérieur les personnages qu’il fait surgir sous les feux, pour donner du sens et connecter son art au monde qui l’entoure. Au monde qui le révolte, aussi.

Dans le spectacle tiré de Goethe et amené, dès demain, à la Grange de Dorigny par le metteur en scène Darius Peyamiras, l’artiste brille par son jeu organique. Il apporte une lumière inspirée dans une création qui ne réussit, toutefois, pas à faire le tri dans son foisonnement d’idées, brouille sa lecture du texte entre onirisme et réalisme, entre ses quêtes forcées de symbolisme et de modernité scéniques. Au milieu de cette surcharge? Vincent Ozanon qui tient le cap de son héros romantique avec un instinct forgé sur l’autel d’une passion assumée pour le théâtre, pétri sur des chemins tortueux empruntés pour dompter la bête qui sommeillait en lui.

On l’a vu chez Sandra Gaudin et Hélène Cattin, il y a quelques années. On l’a apprécié dans Coup de vent sur la jetée d’Eastbourne de Jacques Probst, monté par Joseph E. Voeffray la saison dernière au Pulloff. On le connaît, surtout, pour ces nombreuses collaborations avec Gianni Schneider, cinq spectacles de Visage de Feu en 2004 à La pierre en 2015, en passant par Les Trois sœurs, Lulu et La Résistible Ascension d’Arturo Ui. «Vincent fait partie de ces comédiens qui bouffent et pensent théâtre, confie le metteur en scène lausannois. Je l’ai vu s’acharner et se remettre en question permanente jusqu’à ce qu’il trouve réellement son personnage ou la juste émotion. Il est exigeant avec lui-même et les autres parce qu’il aime ce qu’il fait.»

Fuite initiatique Né dans une famille qui a beaucoup bourlingué – au gré des emplois d’un papa ingénieur chez IBM pendant que maman était institutrice, au gré des aléas du couple qui finira, plus tard, par se séparer –, le Français est venu à la scène quand il se cherchait un avenir. A 15 ans dans les Cévennes – son port d’attache, encore aujourd’hui –, il avait quitté les bancs de l’école pour aller se frotter aux autres. Et claquer sa rébellion adolescente à la face d’un père avec qui les conflits étaient multiples. A 19 ans, c’est du côté du théâtre – tâté au gré de cours et de stages – qu’il trouvera enfin ses convictions. Une fuite initiatique en Afrique lui avait révélé les inégalités sociales et raciales. Elles remettront les idées du jeune homme en place, transformeront son bouillonnement en engagement. «Au Sénégal, j’ai mesuré combien, même dans la misère, des gens pouvaient garder le sourire. Je suis rentré de Dakar avec le désir de parler de ces problématiques et j’ai trouvé, dans le théâtre, les formes d’une action possible et positive, le lieu où donner la parole à ceux qui en sont privés.»

Le rebelle a un but. Il lui faudra encore quelques années pour donner à l’artiste un vocabulaire, nourri de sa rencontre fondatrice avec l’homme de scène, de lettres et de résistance, Armand Gatti. Mais aussi de ses formations – au Conservatoire d’Avignon, à l’Ecole du Théâtre national de Chaillot puis au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique de Paris – et d’une curiosité qui l’amènera, entre autres, vers le jazz manouche ou le goût des métaphores. «J’avais préféré l’école de la vie, mais quand je suis arrivé dans le milieu du théâtre, j’ai pu mesurer mes nombreuses lacunes.» De quoi fouetter le nouveau Parisien qui se met à «bouffer des bouquins» ou à se replonger dans des livres de grammaire, qui assouvit sa boulimie en multipliant les aventures artistiques. Avec une chance certaine. Très tôt, il peut inscrire à son CV ses expériences aux côtés d’un Jérôme Savary ou d’un Olivier Py. Avec, toujours, son esprit frondeur qui l’éloignera parfois d’opportunités quand l’ambition n’était pas à la hauteur de ses rêves. A 47 ans, Vincent Ozanon assume ses choix ou ses coups de gueule. «J’ai avancé dans ma carrière au gré des hasards et des amitiés, en naviguant sans véritables appartenances théâtrales. Cela me va très bien car, dans mon existence, j’ai plus d’envies que de frustrations.»

Fraîchement installé du côté de Genève – pour partager enfin son plein-temps avec une «gazelle helvète» rencontrée en 2004, – le comédien (et père d’un garçon) a la tête pleine de mots et de projets. A écrire et à porter sur les scènes de son nouveau «pays d’accueil», une Suisse «où l’on peine parfois de dire clairement ce que l’on pense, par pudeur ou peur de froisser» mais où le baroudeur a découvert une tradition fascinante: le partage de la machine à laver, dans les immeubles. «Quel meilleur moyen existe-t-il pour permettre des échanges entre voisins et favoriser le vivre-ensemble?» Le théâtre, peut-être.

Note: Lausanne, Grange de Dorigny, je 16 mars sa 18 (19 h), ve 17 (20 h 30) et di 19 (17 h). Rés.: 021 692 21 24, www.grangededorigny.ch (24 heures)

Créé: 15.03.2017, 10h32

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