Vingt ans de passion entre l’Arsenic et l’Atelier Poisson

ExpositionUne exposition retrace la collaboration entre le graphiste Giorgio Pesce et le théâtre lausannois.

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L’Arsenic rayonne depuis bientôt trois décennies par l’audace et la qualité de ses recherches scéniques. Mais pas seulement! «En Suisse comme à l’étranger, quand je rencontre des programmateurs, on nous connaît aussi pour l’originalité de nos campagnes de communication, se réjouit Sandrine Kuster. Ce succès, on le doit à notre graphiste Giorgio Pesce.» Et puisque l’idylle avec l’Atelier Poisson dure depuis vingt ans, cela méritait bien une exposition.

Jusqu’au 2 avril, ce sont deux décennies de production qui sont à voir dans le foyer, les couloirs et les studios sis à Sévelin. Au total, 200 mètres linéaires d’affiches, 400 cartes pour autant de spectacles ou d’événements, des programmes, du matériel promotionnel, etc. Bref, tout ce qui a creusé l’identité visuelle protéiforme et ludique du théâtre lausannois, saison après saison, dont le fameux programme 1997-1998 en éventail, les billets en spirale, les pastilles autocollantes décalées avec lesquelles le spectateur pouvait commenter son humeur…

Une prise de risque permanente

«Avec une institution qui propose une programmation en dehors des canons classiques ou des sentiers battus, il fallait être sur la même longueur d’onde», observe Giorgio Pesce qui a fait ses armes à l’ECAL – «avant l’arrivée de Pierre Keller», précise-t-il – et s’est rapidement lancé en indépendant une fois quelques expériences professionnelles emmagasinées. «A l’Arsenic, il y a une prise de risque permanente et c’est ça qui a guidé mon travail.» Un travail aujourd’hui reconnu loin à la ronde. A l’international, il lui vaut des congratulations régulières et, en Suisse, l’honneur de faire partie des quelques spécialistes reconnus pour avoir chamboulé la communication institutionnelle.

La collaboration entre le graphiste et le centre de création dramatique remonte, en fait, au temps de Thierry Spicher. C’est l’ancien directeur qui a immédiatement offert au Lausannois un statut particulier, celui d’artiste associé sur le long cours. Avec, cerise sur le gâteau, une totale liberté. A tel point que lorsque le capitaine s’en ira à la fin de son mandat – après avoir marqué les lieux de son caractère fort et de sa personnalité dérangeante –, le graphiste osera une affiche de saison qui créera le buzz. Elle met, ni plus ni moins, le directeur à la porte du théâtre.

Lisibilité et efficacité

C’est ça l’esprit de l’Atelier Poisson: oser le commentaire et l’irrévérence, sortir son art des seuls rails du visuel pour creuser le sillon de la prise de risque et, pourquoi pas, de l’engagement. «Mais, précise Giorgio Pesce, sûr de ses convictions, je ne supporte pas le graphisme qui cherche à se mettre lui-même en avant. Ce qui compte, c’est la lisibilité et l’efficacité du travail réalisé dans le but non pas de montrer ou d’illustrer mais de susciter.» Susciter l’envie, la curiosité et surtout ouvrir des portes vers l’imaginaire.

Car si l’Atelier Poisson a créé la signalétique et les supports marketing du théâtre, c’est au contact des metteurs en scène que l’essentiel du travail se réalise, mois après mois. Avec quelle ligne esthétique? «Aucune! Elle change tout le temps, en fonction des projets artistiques à défendre. Quand un lieu communique toute l’année, il faut être souple et varier les angles d’attaque», sourit celui qui est venu au graphisme par passion pour le dessin, s’est formé à l’ancienne mais a osé les outils informatiques (quand ils étaient encore décriés par la profession) et cultive une patte marquée par les hasards de la fabrication et l’imperfection manifeste du rendu final. «Mais, qu’il mette du texte ou de l’image en avant, on reconnaît toujours une certaine dérision, pointe Sandrine Kuster. Avec Giorgio, on dépasse complètement les questions de communication.

Amitiés et création

Dans les phases d’élaboration, il ose critiquer et commenter. De notre dialogue naissent, d’ailleurs, les thématiques de saison. Je le dis souvent, c’est lui qui donne du sens à ma programmation. Avec les jeunes chorégraphes et metteurs en scène, il effectue également un véritable accompagnement tout au cours du développement de leurs projets. En tentant de comprendre leurs envies afin d’imaginer l’affiche, il n’est pas rare qu’il les pousse à mieux définir leurs intentions artistiques.»

Avec le temps, des relations particulières se sont, d’ailleurs, développées avec certains créateurs tels que Massimo Furlan, Denis Maillefer ou Gilles Jobin. «Question de génération! En vingt ans, on s’est un peu tous construits côte à côte», sourit le graphiste. A l’Arsenic dès mardi, ce sont aussi ces amitiés et 20 ans de création romande qui se liront à travers la rétrospective dédiée à l’Atelier Poisson. (24 heures)

Créé: 04.03.2017, 15h03

Infos

Lausanne, Théâtre Arsenic
Du 7 mars au 2 avril. Visites commentées le 7 mars (18 h) et le 24 mars (16 h). Horaires: ouverture une heure avant les représentations.
www.atelierpoisson.ch www.arsenic.ch

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