Passer au contenu principal

Les visages de la montagne

Avant le retour du festival Alt.+1000, le Musée des beaux-arts du Locle s’élève via plusieurs expos, parmi lesquelles «Montagnes» de Magnum.

Que serait la montagne sans ceux qui la regardent? Réponse possible avec Martin Parr, «The Matterhorn, Alps, Switzerland» de 1990.
Que serait la montagne sans ceux qui la regardent? Réponse possible avec Martin Parr, «The Matterhorn, Alps, Switzerland» de 1990.
MARTIN PARR/MAGNUM PHOTOS

Le Musée des beaux-arts du Locle prend de la hauteur, ce qui n’est pas trop difficile puisqu’il se situe juste au-dessous de la barre des 1000 mètres… Avec quatre expositions placées sous la thématique montagnarde, l’institution propose un tir groupé aussi varié que stimulant dans ses approches du paysage d’altitude, avant de réactiver en septembre le Festival de photographie Alt.+1000 dont il sera partie prenante. Initialement installée à Rossinière de 2008 à 2015, la manifestation se rapproche de la responsable du musée, Nathalie Herschdorfer, qui l’avait dirigée de 2010 jusqu’à sa nomination au Locle en 2014.

Les expositions réunies depuis fin juin sous l’intitulé «Géographies de la montagne» anticipent ainsi sur une offre plus large pendant Alt. + 1000, avec la possibilité d’honorer trois autres rendez-vous à la ferme du Grand-Cachot-de-Vent à La Chaux-du-Milieu et de parcourir une grande expo collective en plein air sur les rives du lac des Taillères à La Brévine. Pour l’heure, la visite au Locle se suffit déjà largement à elle seule avec, comme plat de résistance une belle sélection de photographies de l’agence Magnum, de Robert Capa à Martin Parr en passant par le Suisse Werner Bischof auquel une salle est dévolue.

Peintures de L'Eplattenier

Parmi les autres propositions, on trouve une très belle exposition de Henrik Spohler sur le Parc du Doubs (lire encadré), un dispositif installatif de Noémie Goudal, «Telluris», où les jeux de miroirs de ses images de rocher et ses massifs en dissolution se perdent dans le labyrinthe en bois de sa salle. Seule concession à la peinture, le «Jura» de Charles L’Eplattenier (1874-1946) permet de mesurer les différents moyens picturaux mis en œuvre par le professeur de Le Corbusier pour restituer les facettes des paysages jurassiens, en été comme en hiver, sous des lumières crues ou dans les ors tamisés du crépuscule. À chaque fois ou presque, le peintre change sa manière, sa touche et sa palette, et cette versatilité sonne comme un hommage aux aspects changeants des conditions météorologiques et de la diversité des sites représentés.

Pour revenir au menu principal, l’exposition «Montagnes» tirées des archives de l’agence Magnum (fondée en 1947 par Robert Capa et Henri Cartier-Bresson notamment) convoque une perspective tout à fait originale pour appréhender les sommets en plaçant la plupart du temps l’humain au centre de l’attention.

Contrairement à l’exposition «Sans limite» en 2017 au Musée de l’Élysée à Lausanne, qui tentait de définir une géométrie photographique de la montagne selon des catégories qui allaient de la frontalité à la verticalité en passant par l’aérien, celle du Locle conçoit plutôt la relation entre le paysage et la société, qu’il s’agisse de l’inscription d’une population dans son habitat d’altitude ou du regard – touristique, médiatique – porté sur des hauteurs prisées.

Enjeux humains

Cette option n’étonne pas puisque ces images sont issues d’une agence de presse qui, par définition, cherche à rendre compte d’événements en lien avec l’actualité. La règle souffre toutefois des exceptions mais, même quand le sublime des parois est mis en avant, comme sur cette vue du Mont Kenya d’Alex Majoli, la légende nous apprend que l’image cache des enjeux humains, écologiques en l’occurrence, en montrant les reliquats neigeux du sommet africain.

Autrement, la montagne se présente comme cadre, consubstantiel à la vie de paysans boliviens, par exemple, ou conservant son altérité altière devant l’invasion de coureurs du Tour de France, assis en attendant que des paysans débloquent une route sur cette photo d’Harry Gruyaert de 1982. Dans la plupart des cas, ces photographies en disent plus sur l’être humain que sur la géologie. La distance qui nous sépare de la montagne se révèle en miroir efficace.

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.