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À Visions du Réel, les films suisses entrouvrent la porte des possibles

À mi-parcours du festival, les productions helvétiques affrontent la fatalité. Survol.

«One More Jump», d’Emmanuele Gerona, emporte dans les ruines de Gaza à travers le regard de jeunes acrobates passionnés. GraffitDoc
«One More Jump», d’Emmanuele Gerona, emporte dans les ruines de Gaza à travers le regard de jeunes acrobates passionnés. GraffitDoc

«On a vraiment la sensation que quelque chose se passe, malgré ce chamboulement!» Déjà une semaine que le Festival Visions du Réel déploie ses tentacules sur la Toile, pour contrer l’épidémie, et une chose est sûre: sa directrice, Émilie Bujès, garde la flamme. «Le public est au rendez-vous, se réjouit-elle. Nous avons déjà enregistré plus de 20'000 inscriptions sur notre site, et de nombreuses séances avec des œuvres inédites ont été totalement pleines.» La majeure partie des sections ayant une limite de 500 places, en ligne, durant des jours bien définis, il faut souvent se dépêcher.

Ce n’est pas le cas de la Compétition nationale de longs métrages qui, grâce à son partenariat avec la RTS, peut se targuer d’un nombre illimité de sièges virtuels, gratuits comme les autres. Mais la règle est ici tout autre: chaque jour un film n’est disponible que durant vingt-quatre heures. Pendant la première moitié du festival, quelques beaux projets, aujourd’hui envolés, ont déjà fait le bonheur des spectateurs cloîtrés chez eux, dont «Retour à Višegrad» du Vaudois Antoine Jaccoud et de Julie Biro. Le film revient, vingt-cinq ans après, sur les traces de la guerre à l’est de la Bosnie-Herzégovine, par le truchement des regards d’un ex-directeur d’école et d’une veuve.

Rêver d’un autre monde

Dès ce samedi et jusqu’à la fin de la manifestation, d’autres productions suisses inédites pourront encore être savourées. Leurs protagonistes, souvent pris entre la fiction et le réel – comme à l’accoutumée au festival nyonnais – désirent pour la plupart se libérer d’univers anxiogènes. «One More Jump» (dès le 26 avril, 17h) en est le parfait exemple. Le documentaire suit en parallèle la vie de deux jeunes amis passionnés de parkour, une gymnastique acrobatique de rue.

Jehad vit à Gaza, sous les bombes. De son côté, Abdallah s’est enfui et veut devenir sportif d’élite en Europe. Il gagne la Suède pour participer à une compétition internationale. Les rêves d’un ailleurs se lisent sur les deux visages et laissent le temps de la réflexion. Alors que Gaza s’érige en prison aux murs infranchissables, le sport devient l’échappatoire, et l’avenir incertain ouvre la porte des possibles. Jehad s’imagine rejoindre ce pote dont il ne sait plus rien, puis c’est le temps de la mélancolie, du retour de l’angoisse. Abdallah se noie quant à lui dans les désillusions, chassant par tous les moyens l’envie d’un retour aux sources. Dans leurs yeux, on devine la menace, on sent la haine et l’injustice. Durant l’attente silencieuse d’un nouveau monde, l’espace-temps du film, comme suspendu, apparaît pour le spectateur comme une surface de projection.

«Dans ce type de cinéma, lorsqu’un réalisateur aborde un sujet profond avec des personnages qui traversent des moments parfois marquants, dans un sens comme dans l’autre, il peut avoir envie de ménager un espace pour une écriture plus libre et poétique, sans chercher l’efficacité narrative», analyse Émilie Bujès au bout du fil. Ainsi la section dépeint la vie d’êtres humains meurtris dont les yeux s’égarent au loin, pour apaiser une souffrance presque indicible, car si retenue. Une plongée aussi dans un hors-champ invisible aux yeux du spectateur, à la fois hors du cadre de la caméra et de leur univers mental, perdu quelque part dans les tréfonds de l’âme humaine.

Restent les traces sur les corps. Isolés sur un voilier, au milieu de l’océan, au large de côtes sans nom, les cinq adolescents en réinsertion de «Rara Avis» (dès le 27 avril, 17h) de Mirjam Landolt, perdent aussi pied le temps du film, confrontés à l’impossible du vivre-ensemble. Chaque geste, péniblement accompli, tout comme les regards en fuite, renvoie aux impossibles histoires, laissant une seule fois la parole se délier dans un face-à-face improvisé avec la réalisatrice, derrière sa caméra. Les mots prennent aussi de la valeur quand ils se font rares. Tout comme ils libèrent lorsqu’ils se disent dans l’hystérie collective, comme dans le poignant «Queens» de Youssef Youssef (dès le 29 avril, 17h) où, à Genève, des drag-queens s’aiment et se déchirent, entourées d’un monde qui demeure encore hostile.

www.visionsdureel.ch

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