Passer au contenu principal

À la vitesse du souvenir

L’art de la verticalité du Lausannois Martial Leiter prend aussi le train.

«La plaine», encre et fusain (31 x 46 cm) fait partie des dernières pièces de Martial Leiter exposées à Neuchâtel jusqu'au 29 mars.
«La plaine», encre et fusain (31 x 46 cm) fait partie des dernières pièces de Martial Leiter exposées à Neuchâtel jusqu'au 29 mars.
ESPACE SCHILLING/MARTIAL LEITER

Ces feux follets, ces ombres que seul le mouvement peut habiller d’une consistance même furtive, il faut un regard pour les surprendre. Un regard chimérique prêt à s’abandonner – et se nourrir – des secrets de la nature. Il faut le regard du Lausannois Martial Leiter, perforant dans la durée mais régénéré à chaque nouvelle exposition.

Et… elles se suivent, serrées, comme poussées par la primauté! LIGNEtreize à Carouge, le Musée Forel à Morges l’année dernière et jusqu’au 29 mars, un retour sur ses terres neuchâteloises à l’Espace Schilling. Le «o» resté si ouvert dans sa bouche en témoigne, malgré des années à travailler pour Le Monde – au propre et au figuré – ce chevalier du trait a ses fidélités. «Passéistes!» À bientôt 66 ans, il les assume, résistantes. Charnelles aussi. Comme la matière papier «déjà si belle avant d’être recouverte», le faire et enfin le rapport au sujet. Ses montagnes.

Amas d’emballements pétrifiés autant qu’écho d’autres fracas sensoriels, elles s’incarnent en silhouettes définies par la seule impression. Bien sûr, en référant, il y a l’Eiger, l’élu, la verticalité auscultée depuis toujours, l’ascension fétiche. Mais il y en a bien d’autres encore, leur nom vampirisé par le désir de ne conserver que l’aspect, cette texture à la fois minérale et soyeuse, cette atmosphère embrumée de mystère. Des océans neigeux. Des arêtes. Ces failles vertigineuses ou ce Rocher exilé, monolithe fantomatique taillé comme un diamant brut qui s’extrait d’un tumulte feutré. Tous sont approchés en vue frontale sans l’ombre des retenues d’un corps à corps.

À l’encre, à la mine de plomb, au fusain, la sûreté d’un trait connaissant la mesure dramaturgique du monde – Leiter l’a donc longtemps exercé comme dessinateur de presse dans ces colonnes comme dans celles du Tages-Anzeiger, de la NZZ, du Temps ou du Courrier – se passe d’autres commentaires. On vit sa montagne, toutes ses montagnes qui aspirent en même temps qu’elles renvoient aux forces de l’intime. On suit l’alternance d’un œuvre qui danse avec les extrêmes, l’infiniment puissant comme l’absolue vénusté de ses mouches en chute libre, alphabet d’organismes éthérés ou suite de signes lettrés. On s’immerge dans cet œuvre au noir qui se laisse prendre et surprendre par la lumière. Mais sur les cimaises neuchâteloises, l’adhésion se cristallise aussi sur ses arrêts sur paysage en mouvement. De nouvelles humeurs. Des vibrations. Des éclats. L’horizon défile, les repères du premier plan se diluent, le regardeur est dans le train, l’explication simple et sincère – une autre des fidélités de Leiter.

Le premier rôle

«C’était, un peu, pour me reposer de la montagne avec une interrogation: quand on reste dans le classique et ses techniques, comment faire du neuf? J’ai repris mes souvenirs de trajets en train, dans ma vie, je l’ai beaucoup pris. Mais rendre ce qui se passe à travers la fenêtre, c’est un peu faire le voyage inverse, on sélectionne ou alors on oublie qu’il y a plein de parasites, ils font partie de la vision.» La poésie de l’accélération totale, la maîtrise fascine. En filigrane des montagnes d’émotions, inscrit vibrionnant dans les gènes de la mouche, le mouvement tient cette fois le premier rôle: il figure la beauté de l’impermanence.

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.