Voir rouge dans l'oeil de Fassbinder

CritiqueA Vidy, «Je suis Fassbinder» pousse un cri très actuel pour dénoncer le retour des vieux démons fascistes en Europe.

L'actualité se discute, le destin des réfugiés se joue entre un verre et la tentation d'une orgie.

L'actualité se discute, le destin des réfugiés se joue entre un verre et la tentation d'une orgie. Image: JEAN-LOUIS FERNANDEZ/LDD

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Le théâtre ouvertement politique a mauvaise presse. Mais pourquoi? Une scène est souvent le prétexte d’un extrait de vie stylisé. En des temps embaumés par une léthargie des consciences, il faut parfois sonner l’heure du réveil (citoyen) et les planches font une tribune plus qu’acceptable.

Il serait toutefois erroné de considérer Je suis Fassbinder, pièce de Falk Richter mise en scène par l’auteur et Stanislas Nordey – actuellement présentée à Vidy –, comme un seul exercice d’«agit-prop». Si les éléments de dénonciation (la crise des réfugiés et la montée des extrêmes droites européennes) forment le noyau de ce spectacle titubant et faussement foutraque, la figure du cinéaste allemand, et les rappels historiques qu’elle permet, ouvre d’autres perspectives, d’autres combats, plus existentiels.

La bande à Fassbinder

La bande à Fassbinder – et non pas à Baader! – s’écharpe sur l’actualité. Sur le motif des fins de soirée interminables ponctuées par l’avant-dernier verre, les débats font rage autour du gourou cinéaste. A Stanislas Nordey, la responsabilité de l’incarner, dans une version militante à l’emphase un peu trop propre – mais le personnage de Laurent Sauvage, qui prend en charge le rôle de la mère de Fassbinder dans son film L’Allemagne en automne, pourrait aussi bien faire l’affaire en alter ego cuité et réac.

A l’éternel retour du refoulé politique correspond ainsi la circularité des affrontements dialectiques. Comme sur un disque rayé, certaines querelles tournent en boucle sans jamais trouver de résolution autre que le prochain verre d’alcool… Même la «danse de la bistouquette» tourne en rond!

En pavé dans la mare, Je suis Fassbinder n’offre pas de solution, mais, exhibant les lâchetés, les facilités de pensée et d’argument, les stéréotypes des postures, propose déjà des portes de sortie. Le théâtre politique n’est incongru que dans une société qui ne l’est plus. L’alerte est lancée, la balle est dans le camp du public.

Créé: 02.05.2016, 12h11

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La pièce

Lausanne, Théâtre de Vidy
Jusqu’au me 4 mai
Rens.: 021 619 45 45
www.vidy.ch

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