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«La Voix du peuple», si burlesque, si authentique

A Dorigny, la pièce tirée du courrier des lecteurs de 24 heures n’évite pas l’écueil bouffon, mais impressionne par son montage textuel. Critique

L’enjeu du projet La Voix du peuple de Jérôme Junod était de dresser le portrait d’un «cadre de pensée» des Vaudois à travers un montage de lettres du courrier des lecteurs de 24 heures. Cet horizon certes limité – dont on ne s’attendait pas qu’il rivalise en ampleur avec celui du siècle des Lumières – se trouvait paradoxalement amoindri par le rire, à découvrir la pièce lors de la première, mardi à La Grange de Dorigny.

Entamée sur le mode du «y en a point comme nous» avec un trio de folkloriques personnages autosatisfaits et une folle déambulation de lapins Duracell égrenant des apologies du «bon sens», La Voix du peuple balise ensuite un champ des discours où il n’y a pas que les noix à marauder, mais aussi les supermarchés (ces géants diversement oranges mais unanimement réductibles à des Suisses miniatures), la nudité dans les vestiaires des piscines (si dangereuses pour les enfants), les radars routiers (ces machines à bénéfices étatiques) ou encore les chiens (ce meilleur ami de l’homme qui l’apprécie parfois assez pour le croquer avec appétit).

Outrance burlesque et authenticité

Démultiplié par des variations scéniques cocasses et le talent des quatre comédiens de la Cie Les Débiteurs, l’effet comique domine, d’autant plus que le spectateur sait que chaque réplique provient d’une lettre de lecteur: la moindre outrance burlesque se leste ainsi d’une irrésistible charge d’authenticité. Mais la drôlerie de l’ensemble pose la question de la sélection des textes.

De nombreux dialogues sont issus de plumes pour le moins originales, si ce n’est marginales, dont l’aspect représentatif de la pensée vaudoise (ou suisse) se joue en mode mineur. Metteur en scène très habile pour porter à la scène cette dramaturgie originale, Jérôme Junod a trop souvent cédé aux sirènes de l’excès, de la bouffonnerie et de la quérulence pour que La Voix du peuple atteigne son propos ethnologique, même si chaque outrance porte en elle des traits potentiellement communs.

Mais que dit aujourd’hui la lettre d’un créationniste faisant remonter les origines de la terre il y a 6000 ans? Une menace religieuse ou excentrique?

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