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Dans «Woman», les femmes parlent d'une seule voix

Se remettant en cause, Yann Arthus-Bertrand zoome la planète au plus serré. Voir son nouveau projet multimédia.

«A la fin de «Woman», j’avais envie de serrer toutes ces femmes dans les bras, dit Yann Arthus-Bertrand.(PHOTOS DR)
«A la fin de «Woman», j’avais envie de serrer toutes ces femmes dans les bras, dit Yann Arthus-Bertrand.(PHOTOS DR)
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Dans sa voix traînent des accents de mea culpa. Il y a plus de 20 ans, Yann Arthus-Bertrand sillonnait les airs pour «La Terre vue du ciel». Ses clichés sidérants de beauté se striaient peu à peu, marqués par une prise de conscience écologiste et une empreinte carbone lourde. Depuis décembre dernier, suivant sa nouvelle idole Greta Thunberg, le photographe jure ne plus prendre l’avion, filme désormais avec des drones, donne ses interviews via Skype depuis sa péniche à Boulogne-Billancourt. Il y a une quinzaine d’années, le militant s’est aussi rapproché des habitants de la planète au fil de projets aussi caritatifs qu’artistiques. Jusqu’à zoomer sur 2000 Terriennes pour le projet «Woman» décliné en film, expo, beau livre. Tour d’horizon.

Que dites-vous à ceux qui trouvent ce projet opportuniste?

J’avais cette envie à un niveau personnel, de parler des femmes bien avant le mouvement #MeToo, après «Human» en 2015. Essayer de les comprendre, ça me faisait du bien: je ne suis qu’un homme, et pire encore, de l’ancienne génération, qui n’a pas connu le féminisme. J’étais peut-être un petit peu con… mais voilà, cette réalisation m’a marqué et changé.

En quoi?

J’ai compris que les femmes sont plus sensibles, malignes, courageuses, endurantes. Elles portent des enfants, et l’avenir aussi. Voyez! Les héros de l’écologie sont souvent des femmes, de la biologiste américaine Rachel Carson qui dès 1945, dénonça la toxicité des pesticides et autres DTT, la primatologue Jane Goodall, à la petite Greta Thunberg aujourd’hui.

Comment concilier cette position et un de vos mécènes, Total?

Au bénéfice de ce mécénat, «Woman» peut non seulement exister mais être distribué gratuitement aux ONG et autres réseaux caritatifs. Au-delà de ce cercle vertueux, oui, je discute avec les gens de Total… car toutes les grandes entreprises capitalistes impactent la planète et en fin de compte, nous sommes les premiers pollueurs qui consommons ce que l’industrie du pétrole nous vend. C’est ensemble que nous arriverons à une solution, pas autrement.

Souffrez-vous de ces critiques?

Tant que je ne me sens pas malhonnête, je reste fier de ce que je fais. Au moment de «La Terre vue du ciel» (1999), attaqué lui aussi, à cause de son succès, de l’argent généré, tout ça, j’en ai été un peu affecté. Depuis, j’en ai pris mon parti. Désormais, les gens savent qui je suis. Au-delà, j’ai aussi trouvé du bon dans ces remises en cause.

En descendant du ciel à la Terre?

Le lien Terre, écologie, habitants ne s’est pas fait de manière aussi ostensible. Sans doute cela m’a-t-il poussé à réfléchir aux femmes de ma vie, à me redéfinir. J’avais toujours vu mon métier comme une manière de dénoncer les injustices, le problème des migrants par exemple dominait dans «Human». Un film ne change pas le monde mais peut le faire avancer, toute humilité gardée. Or les gens les plus pauvres ici bas, ce sont les femmes! De temps à autre, il faut ouvrir les yeux sur ces réalités.

Comment avez-vous procédé?

Très vite, j’ai laissé ma coréalisatrice Anastasia Mikova prendre la main des entretiens. Je sentais que je n’avais pas ma place dans le lien de sororité qui s’établissait. Dans ce cri d’amour, la certitude d’un discours jusqu’ici peu respecté par les hommes, moi y compris, il me fallait m’éclipser. Dans l’équipe de base, 20 techniciens, il n’y a que deux hommes, le chef opérateur, mari d’Anastasia, et moi. Je m’aperçois d’ailleurs que je vis entouré de femmes.

Maigres, rondes, ridées, tragiques, mutilées, jeunes, vieilles: toutes deviennent belles. Une volonté?

Depuis 2003-2004, nous avons mis au point cette vision frontale, confortés d’ailleurs par des artistes comme Peter Lindberg, immense photographe de mode qui trouvait de la beauté dans tous les corps. Rien de nouveau là-dedans, qu’une vieille obstination à persévérer.

Pourquoi restent-elles anonymes et sans nationalité à l’écran?

Déjà au-delà d’un cahier des charges strict, la teneur des interviews sur la sexualité, les rapports humains en général etc., imposait de garantir un minimum de pudeur. L’anonymat était une demande des interlocutrices. Car parfois, des questions a priori légères ont dérivé vers des réponses très lourdes sur des viols etc. Dans ce type de documentaire, c’est souvent le cas: une fois le rapport de confiance établi, les gens se livrent. Comme une femme sur trois, et de n’importe quel milieu, femme du monde, paysanne, mère au foyer etc., de n’importe quel pays, a été victime de violence, ça finissait par sortir.

Des paroles de femmes et d’une seule voix donnent-elles un discours plus fort?

C’est un parti pris esthétique, une manière d’uniformiser, c’est vrai. Mais le film est relayé par un site internet qui lui, identifie chaque intervenante. Il y aura aussi une expo avec toutes les absentes.

Comme ces Valaisannes filmées coupées au montage. Dilemme?

Si le film n’avait pas été sélectionné à la Mostra de Venise, je serais encore en train de le monter, tant c’était compliqué. A mon sens, le film est trop court. «Human» durait 3h20, ça n’a pas trop marché en salle… les distributeurs ont tranché.

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