Yuja Wang, le classique sans poussières

Verbier Festival Exubérante et instinctive, la pianiste chinoise brille sur la scène valaisanne et s’octroie de longues nuits de fête. Rencontre.

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Sous un soleil incertain, dans un recoin du jardin qui jouxte le chalet qui l’abrite à Verbier, Yuja Wang récupère péniblement. Elle est armée d’une paire de lunettes de soleil XL, d’un tube de crème solaire et d’une robe comme toujours très courte. Sans détour, elle vous fait comprendre qu’elle a connu des jours meilleurs; elle vous dit combien sa nuit a été courte et combien les heures de sommeil lui font terriblement défaut en ce début d’après-midi. «Ici, on fait des rencontres par dizaines, on prend le temps de se poser, mais je ne suis pas certaine d’y trouver les meilleures conditions pour jouer comme il faut: trop de fêtes et trop d’alcool.» Voilà qui plante un décor.

Celui d’une musicienne qui détonne dans le paysage et qui fait de son exubérance et de sa spontanéité – dans la vie comme sur la scène – une marque qui la distingue des autres. A 29 ans, la native de Pékin tient donc du phénomène. Sa technique, la fluidité de son toucher, la virtuosité qu’elle affiche avec un naturel déconcertant l’ont propulsée très jeune déjà dans ce cercle restreint d’artistes aussi brillants que médiatiquement surexposés. En voulant emprunter un raccourci, on pourrait dire qu’elle incarne le pendant féminin de Lang Lang. Dans les faits, ses incursions dans le répertoire des compositeurs qu’elle chérit le plus (Chopin, Scriabine, Prokofiev, Bartók…) recèlent une profondeur et une variété d’approche qui font défaut au collègue masculin.

Etablie à New York depuis de longues années, Yuja Wang a fait ses classes comme des milliers de pianistes chinois en quête de gloire. Elle dit ne pas se rappeler des sensations ressenties lorsque pour la première fois, à l’âge de 6 ans, elle a posé ses doigts sur un piano. Mais elle se souvient de ceci: «Vers l’âge de 10 ans, je suis tombée sur des enregistrements de Maurizio Pollini jouant les Etudes, les Préludes et les Polonaises de Chopin, puis sur Evgeny Kissin se mesurant au même compositeur. J’ai réalisé à ce moment à quel point tout cela sonnait mieux, tellement mieux de ce que je produisais avec mes doigts.»

Le répertoire romantique et postromantique a capté alors l’essentiel de son attention. Mais cet horizon ne s’est pas pour autant figé: «Cette année, j’ai joué dans une Tourangalîla-Symphonie d’Olivier Messiaen et j’ai abordé aussi trois Sonates pour piano de Bartók. Ce sont des œuvres auxquelles je voulais me confronter depuis longtemps. Dans le futur, j’aimerais beaucoup passer une commande à un compositeur et proposer aussi des spectacles qui élargissent les frontières, en travaillant par exemple avec des danseurs.»

Le présent de Yuja Wang se nomme Beethoven notamment. Il a les traits redoutables de la sonate «Hammerklavier», qu’elle jouera ce soir en récital. Une montagne et un défi qui l’intimident. La preuve? «Je vais essayer de me tenir sagement, sans trop boire jusqu’au concert.»

Verbier Festival Jusqu’au 7 août. Rens. www.verbierfestival.com

Créé: 26.07.2016, 18h16

Yuja Wang est parmi les grands invités du Verbier Festival. (Image: DR)

Brahms, face cachée

C’est une légende amoureuse qui remonte au Moyen Age, dont les périples et les rebondissements quelque peu invraisemblables s’achèvent par un happy end édifiant. Pierre, fils d’un comte de Provence, tombe amoureux d’une belle princesse napolitaine, Maguelone. Séparés par des vicissitudes rocambolesques, ils se retrouvent à la fin pour vivre une idylle merveilleuse. Cette trame a inspiré l’écrivain romantique Ludwig Tiecks et, par ricochet, Johannes Brahms, qui en a tiré un cycle de quinze Lieder qu’on joue rarement aujourd’hui. Le Verbier festival a décidé d’éclairer cette œuvre rare en proposant un spectacle osant l’interdisciplinarité. C’est ainsi que, aux côtés du chant de Matthias Goerne et de l’accompagnement au piano de Yuja Wang, s’est greffée la voix récitante de la comédienne Caroline De Bon. Hélas, la formule n’a pas produit les meilleurs effets: le baryton allemand a certes déployé une voix habitée, souple et expressive, soutenue par un art du legato à la finesse confondante. Certes la pianiste chinoise a su adapter au fil des passages son jeu débordant aux exigences de l’exercice. Mais les interludes narratifs ont dilué la tension musicale et l’attention qu’on aurait dû porter
à cette pièce presque oubliée. R.Z.

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