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Yvette Théraulaz, femme de prix

La chanteuse et comédienne reçoit le Prix culturel Leenaards en consécration de son parcours. Rencontre dans sa cuisine.

Yvette Théraulaz se voit volontiers comme «une comédienne qui chante».
Yvette Théraulaz se voit volontiers comme «une comédienne qui chante».
ODILE MEYLAN

Pour la photo, elle pose au salon où le soleil embrase une dominante de rouge. Au-dehors, de lourdes grappes de raisin noir mûrissent sur la tonnelle, mais l’on n’est ni en Lavaux ni sur La Côte, encore moins en Toscane, mais en plein cœur du quartier populaire de Bellevaux, à Lausanne, où vit Yvette Théraulaz depuis des décennies. La récipiendaire du Prix culturel Leenaards – nouvelle consécration de sa trajectoire artistique après le Grand prix de la Fondation vaudoise pour la culture en 1992, le Prix du comédien en 2001 et le prestigieux Anneau Hans Reinhart en 2013 – préfère l’ombre de sa cuisine pour se dire sans empressement. «Je ne sais pas comment ça se fait, mais quand un prix existe, je l’ai! Les premières fois, je n’y croyais pas: quand on m’appelait, je pensais que l’on se moquait. Puis, on s’habitue, mais l’étonnement demeure. On couronne un parcours, mais j’espère qu’il reste encore de la route à faire devant soi…»

Celle qui s’envisage comme «comédienne qui chante» – «parce que c’est dans mes spectacles musicaux que je suis peut-être le plus utile, c’est-à-dire que je touche le plus durablement» – se voit encore des étapes à parcourir. La prochaine la conduira à monter «un spectacle sur les hommes et leurs paroles». Un paradoxe pour celle qui a si fortement personnifié le féminisme romand? «Je le revendique et j’en suis fière, mais je pense que l’affaire #MeToo nous rappelle qu’il y a des questions qu’il faut se poser collectivement et que les hommes osent aussi les affronter.» Yvette Théraulaz écoute ainsi très attentivement des chanteurs ou des rappeurs d’aujourd’hui pour mieux cerner ce qu’ils ont à dire de «leur mère, de leur sœur, de leur copine, de leur maîtresse ou de leur prostituée». Qui dit hommes, dit femmes et, après avoir sondé la condition féminine au gré de si nombreux spectacles, l’artiste prévoit de passer de l’autre côté du miroir, sa contribution à l’injonction contemporaine de redéfinir les relations entre les sexes.

La guerre des sexes n’aura pas lieu

La guerre des genres qui menace, très peu pour elle. En quête de poétique et de politique, de spiritualité et de partage, Yvette Théraulaz garde intacte sa «volonté d’aller vers l’autre», confiante en «la puissance de la douceur». «Les hommes, je les veux toujours libres et forts, mais que cela ne les empêche pas de vivre leur fragilité, leur perplexité.» Pour elle, l’adresse à la société passait par la scène. «J’ai plus de difficulté dans la vie, car je suis timide et complexée. Sur scène, j’ai l’impression d’avoir le droit de parler, on m’écoute, alors j’en profite.» Dans sa jeunesse, elle percevait surtout la fantaisie qu’ouvraient les planches, cette porte ouverte sur d’autres identités, d’autres discours. Un amusement. Petit à petit, s’est affirmée la perspective des femmes, «leur vie, leur destin».

Comédienne très précoce dirigée par Benno Besson dès ses 14 ans, elle a rapidement compris que le chemin serait long. «J’ai subi du harcèlement de la part de profs qui avaient 30 ans de plus que moi et ils n’y allaient pas de main morte!» Elle s’en souviendra au moment de chanter, dans les années 1970, en abordant les questions féminines avec une certaine virulence. «J’avais un besoin de dire, sans forcément savoir où ça allait frapper. Là, j’étais considérée comme féministe, mais au sens péjoratif du terme. Aucun homme ne m’approchait plus de manière désagréable. Ils devaient se dire que je n’étais pas domesticable! Bon, c’est passé par le verbal ensuite et ce n’était pas toujours agréable non plus.»

Désormais grand-mère préoccupée de l’avenir de ses petites-filles, elle ne confesse aucun lifting, juste «une attention à se soigner, faire ce qui est en notre pouvoir pour ne pas trop vieillir». Elle sourit de la muflerie de la question mais admet qu’elle a connu ce moment où «à 40 ans, on est déjà vieille et les rôles de mère et de grand-mère arrivent: heureusement que j’avais mes propres spectacles, autrement j’aurais peut-être tout arrêté». Selon elle, le théâtre ne serait pas assez ludique avec la distribution des rôles. «Il est souvent plus fort de voir Roméo et Juliette joués par des acteurs qui ont 40 ans.»

Affichant volontiers son idéalisme «dans ce monde de chaos», Yvette Théraulaz ne voudrait pourtant pas qu’on la prenne pour une sainte. «Dans la vie quotidienne, c’est souvent plus difficile et compliqué pour moi.»

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