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Zoom sur 50 ans de succès romands

Le Forum de l’Hôtel de Ville de Lausanne se mue en temple de la lecture, avec entre autres une bibliothèque éphémère pour redécouvrir un demi-siècle en livres.

Isabelle Falconnier (à g.), responsable de Lire à Lausanne, et Laurence de Vaulchier de la Librairie Basta!, installées dans un Forum de l’Hôtel de Ville investi par les livres.
Isabelle Falconnier (à g.), responsable de Lire à Lausanne, et Laurence de Vaulchier de la Librairie Basta!, installées dans un Forum de l’Hôtel de Ville investi par les livres.
FLORIAN CELLA

Quels titres romands lisait-on dans les années 1950 à 1990? Pour la manifestation Lire à Lausanne qui démarre ce mercredi soir au Forum de l’Hôtel de Ville, à côté d’un riche programme dédié à la production éditoriale d’aujourd’hui ( lire encadré ), une bibliothèque éphémère proposera les dix livres les plus populaires pour chacune de ces décennies. Ces romans et ouvrages documentaires seront disponibles uniquement à la consultation et, toutes les fois où cela a été possible, dans leur édition originale.

Le tout crée une photographie du paysage éditorial romand d’alors, où l’on reconnaît des classiques de la littérature comme «Je» d’Yves Velan ou «Liberté à l’aube» d’Alexandre Voisard, mais qui fait aussi ressurgir des pépites oubliées, comme «La Devinaize» de Charles-François Landry. Sans oublier les «stars» comme Jacques Chessex, Maurice Chappaz, Maurice Métral ou Anne Cuneo. «Avec cette démarche, nous avons voulu replonger les lecteurs dans le passé, d’un point de vue intellectuel autant qu’émotionnel, et raconter par ce biais un demi-siècle d’histoire romande, pour dire l’imaginaire d’une société», détaille Isabelle Falconnier, instigatrice de l’événement Lire à Lausanne, qui marque les cinq ans d’une conséquente politique du livre de la capitale vaudoise.

«Cela permet aussi de mettre en lumière des ouvrages et des auteurs injustement peu lus et non réédités», remarque Arnaud van Schilt, bibliothécaire documentaliste aux Archives de la Ville, qui a participé à cette recension. Il explique comment cette «photographie de ce qu’on pouvait trouver dans les bibliothèques privées des Vaudois de l’époque» a été reconstituée: «On s’est basé sur la présence des titres dans les journaux, sur les ventes quand on a retrouvé des chiffres et on a interrogé la mémoire de certains auteurs comme Jean-Louis Kuffer dans ses «Impressions d’un lecteur à Lausanne», ou de certains éditeurs comme Michel Moret.»

Dix livres par décennie, ça peut sembler beaucoup, mais le tri a été drastique: «Avec une telle démanche, on se rend compte de la richesse éditoriale romande, car on aurait facilement pu établir un top 20, poursuit Arnaud van Schilt. On a ainsi choisi de ne pas insérer Ramuz, pourtant très populaire dans ces années-là, car aucun de ses livres n’a été édité à cette période. De même, nous avons fait un choix pour ceux qui apparaissent sur plusieurs décennies comme Chessex ou Chappaz.»

Enfin, les années 2000 et 2010 n’ont pas été incluses, en raison du «manque de recul pour nous livrer à une démarche patrimoniale», remarque Isabelle Falconnier. Les ouvrages les plus récents se trouveront, eux, dans la librairie qui éclora aussi pour l’occasion.

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Dans la bibliothèque des Vaudois des années 1950 à 1990

1950

Le livre oublié «La Devinaize» (1950), de Charles-François Landry. L’écrivain vaudois et neuchâtelois né en 1909 a connu le succès littéraire en revenant de France en 1940. Il met en avant des thèmes chers à Ramuz comme la solitude de l’homme face à la nature. «La Devinaize», son chef-d’œuvre, évoque une quête nostalgique du paradis perdu de l’enfance.

Le plus connu «Emmène-moi au bout du monde» (1956), de Blaise Cendrars. C’est le dernier livre écrit par l’écrivain né à La Chaux-de-Fonds. Violent, truculent, ce roman à clé inspiré de la vie d’une comédienne dans le Paris des années 50 fait scandale.

Mais encore Dans «La voie cruelle» (1952), Ella Maillart raconte son incroyable voyage en Asie, d’Istanbul à Peshawar, avec Anne-Marie Schwarzenbach.

Image: Patrick Martin
Image: Patrick Martin

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1960

Le livre oublié «Le chêne brûlé» (1969), de Gaston Cherpillod. Cette autobiographie poétique de ce Lausannois né dans une famille ouvrière est aussi selon ses propos un «document sociologique» dans lequel il règle ses comptes. Il permet de mieux comprendre le personnage «certainement le plus dérangeant de la famille littéraire de Suisse romande», indique la notice qui accompagne le livre au Forum de l’Hôtel de Ville.

Le plus connu «L’usage du monde» (1963), Nicolas Bouvier. Le livre raconte le voyage de l’auteur en 1953 et en 1954, en Fiat Topolino, de Genève en Afghanistan avec le photographe Thierry Vernet. Refusé par divers éditeurs, il a été publié à compte d’auteur en 1963 et a pris son envol en… 1992 grâce à Michel Lebris, fondateur du festival Étonnants voyageurs. Depuis, cette ode au voyage et à la lenteur est devenue un livre culte.

Mais encore En 1965, Maurice Chappaz publie son «Portrait des Valaisans en légende et en vérité», son livre le plus populaire. En 1969, Jacques Chessex lui répond avec le «Portrait des Vaudois», sur une idée de Bertil Galland, son œuvre la plus populaire dans le canton de Vaud.

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1970

Le livre oublié «Pipes de terre et pipes de porcelaine, souvenirs d’une femme de chambre en Suisse romande, 1920-1940», de Madeleine Lamouille, dresse, dans un registre documentaire, un panorama de la société des années 30. Plus de 25 000 exemplaires seront vendus.

Le plus reconnu «L’ogre» (1973), de Jacques Chessex, vaut au Vaudois le Prix Goncourt. Il est le seul écrivain suisse à ce jour à l’avoir reçu. L’histoire du professeur lausannois Jean Calmet, que le décès de son père plonge dans la dépression, ouvre à Chessex les portes d’un large public et du monde littéraire parisien, alors que l’écrivain était jusque-là surtout connu pour ses poèmes et ses chroniques.

Image: Florian Cella
Image: Florian Cella

Mais encore «Le noir est une couleur» (1974), de Grisélidis Réal. Ce roman autobiographique revient sur les années de galère de l’auteure en Allemagne dans les années 60, où elle accepte de se prostituer pour «nourrir ses gosses». Activiste engagée, elle excelle aussi à faire revivre en mots une Allemagne méconnue.

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1980

Le livre oublié «Prendre d’aimer» (1988), de Gisèle Ansorge. Le roman, qui a connu un grand succès à sa sortie, raconte la vie de Séverine, qui naît dans le Valais du début du XIXe siècle. Au-delà de la peinture de la condition de la femme à cette époque, le récit mêle grande et petite histoire pour restituer celle d’un pays, de ses mœurs, de ses gens.

Le plus connu «Moi, Adeline, accoucheuse» (1981) d’Adeline Favre. Ce livre documentaire raconte les moments les plus émouvants d’une longue carrière de sage-femme qui a commencé en 1928 en Valais. Immense best-seller, le livre a été souvent réédité.

Mais encore «La femme séparée» (1982), de Monique Laederach. L’auteure, qui a reçu trois fois le Prix Schiller dans sa carrière, signe avec le roman générationnel sur l’émancipation de la femme. Une œuvre qui concentre les enjeux socioculturels et existentiels d’une époque.

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1990

Le plus connu «Le trajet d’une rivière» (1993), d’Anne Cuneo . Dans la veine des romans historiques qu’elle livre dès «Station Victoria», l’épopée du catholique anglais humaniste Francis Tréjean entre la France, l’Italie et la Hollande du XVIe siècle a été primé à de nombreuses reprises et traduit en une dizaine de langues. L’ouvrage a propulsé Anne Cuneo au rang d’écrivain populaire et ouvre sa trilogie sur l’Angleterre élisabéthaine.

Image: Odile Meylan
Image: Odile Meylan

La palme de la longévité Parce qu’il est difficile de trouver un livre oublié pour les années 90, on citera au contraire une auteure qui a traversé les décennies. Yvette Z’Graggen apparaît pour la première fois dans ce palmarès réalisé par les Archives lausannoises en 1950 avec «L’herbe d’octobre», puis en 1982 avec «Les années silencieuses» et encore en 1992 avec «La Punta», beau succès de librairie qui évoque l’éloignement successif d’un couple parti vivre sa retraite en Espagne.

Mais encore «Double», de Daniel de Roulet, raconte comment l’auteur né à Genève a été surveillé et fiché par la police entre 1964 et 1981, et comment son sosie, ex-procureur à Zurich, a été pris pour lui. L’intrigue, qui se double d’une histoire d’amour, est le premier roman sur l’affaire des fiches.

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Sources: notices explicatives réalisées pour Lire à Lausanne par le Service des archives de la Ville

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