AboEntretien du patrimoineCure de jouvence pour les cloches de l’abbatiale de Payerne
Pour restaurer les ferrures sur le joug des sonnailles et des roulements, les trois pièces historiques sont décrochées depuis fin mai.

Les Payernois et Broyards ne l’ont pas forcément remarqué mais, depuis le 24 mai dernier, la vénérable abbatiale de Payerne ne sonne plus tous les quarts d’heure pour annoncer l’heure qu’il est. La raison? Le temps d’un entretien, les cloches sont déposées à même le sol de leur clocher. «Au fil des entretiens annuels, nous avons détecté des signaux d’alerte et cette opération a pour but d’éviter que les dégâts soient irrémédiables», précise Gérard Michel, chef du Service des bâtiments.
Suspendues dans les deux travées de la charpente du beffroi, les trois cloches sont actionnées par des moteurs depuis 1948. Elles marquent normalement tous les quarts d’heure par un, deux ou trois coups, et sonnent le nombre de coups de chaque heure pleine. Leurs sonneries à la volée étaient autrefois mises en mouvement par plusieurs sonneurs qui devaient monter près des cloches pour tirer les cordes. L’étroit et escarpé escalier en colimaçon est toujours le même pour accéder à leur espace. «Cette poutre a été datée de 1121 et l’autre ci-dessous de 1250», explique François Savary, chef de secteur du Service des bâtiments, pendant la montée.
Précautions prises
Conduite par l’entreprise Muff AG, spécialiste campanaire, soit travaillant dans tout ce qui est relatif aux cloches, cette phase d’entretien concerne spécifiquement le joug, la pièce de bois sur laquelle la cloche repose. «Il s’agit de restaurer les ferrures - qui sont les pièces de soutien, pour garantir la stabilité de la cloche - et de remplacer les roulements de pivots pour un vol plus fluide du joug», décrit le technicien Lionel Glassier. Des travaux estimés à 50’000 francs que Payerne finance par le biais de son budget, sans passer par un préavis.
La société Muff mène ces opérations dans ses ateliers sur les pièces payernoises. Il a fallu prendre bien des précautions pour descendre les cloches. Des poutrelles métalliques ont dû être ajoutées dans la charpente pour éviter de l’abîmer et répartir les poids. Personne ne sait quand une telle intervention a été effectuée pour la dernière fois.
«Les battants existants se sont créé une sorte de nid au point de frappe sur la panse, soit la partie la plus large de la cloche.»
Fondu par Pierre Guillet en 1603 à Romont (FR), le bourdon pèse plus de 3 tonnes. La cloche moyenne, dite de 11 heures, et la cloche du feu ou tocsin sont encore plus anciennes. Elles datent de 1577. Elles sont ornées de textes bibliques, dont un extrait du Psaume 95 sur la principale. Sur son vase, on trouve les noms des autorités communales d’alors, comme l’avoyer Josué Gachet (plus haut magistrat de Payerne), le banneret Jean Bondu (détenteur des sceaux et clés) et André Mestral, seigneur de Combremont. Le bourdon et le tocsin sonnent en si quand la cloche de 11 heures répond en ré. Têtes de lions, mascarons ou angelots ornent aussi ces pièces historiques.
Nouveau moteur
En 2022, une première phase d’entretien avait consisté en l’installation d’un nouveau moteur électronique pour un démarrage crescendo du système de balancier. «Une dernière étape devrait suivre avec le remplacement des battants pour améliorer le son. Les battants existants se sont créé une sorte de nid au point de frappe sur la panse, soit la partie la plus large de la cloche», reprend Lionel Glassier. Il en résulte un son agressif lors de la frappe.
Les cloches de l’abbatiale devraient reprendre du service mi-juillet, une fois les opérations actuelles terminées. Il s’agira alors de remettre les ferrures restaurées et de les équilibrer pour que le battant vole de façon droite et donc parfaitement perpendiculaire au joug. L’installation devrait ainsi être pérenne pour les générations futures.
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