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Exotisme en Suisse (41/41)Dans l’éden naturel des Franches-Montagnes

Le district jurassien est préservé du tourisme de masse et de la pression démographique. Il cultive l’art de vivre dans une nature encore sauvage. Le tout à petit prix.

La vallée du Doubs est profonde de près de 500 mètres à certains endroits et offre un panorama sauvage.
La vallée du Doubs est profonde de près de 500 mètres à certains endroits et offre un panorama sauvage.
DR

«Ici, la nature est un personnage à part entière. Elle vit et elle respire. On la ressent avec tous ses sens.» Anouk Duflon a tissé une relation quasi mystique avec sa terre d’adoption. Cette femme originaire des hauts du district de Morges s’est installée dans les Franches-Montagnes il y a plus d’une quinzaine d’années. Elle est aujourd’hui bien placée pour évoquer cette nature préservée, véritable carte de visite du district jurassien. Sous l’égide de sa société Jura Escapades, elle l’arpente avec sa meute de 40 huskies été comme hiver en proposant aux touristes des expériences en communion avec ses chiens, que se soit en randonnée, tirés sur des vélos ou avec des chars attelés. «Il y a de petits bijoux dans les nombreuses forêts autonomes au bord du Doubs, mon terrain de prédilection.»

Panorama digne du Canada

Le panorama le long de la rivière qui fait la frontière avec la France est remarquable. Profonde de 500 mètres, la gorge boisée offre un panorama digne du Canada. Des arbres à perte de vue et très peu de constructions pour défigurer l’aspect sauvage de la vallée. S’il n’y a pas de route qui longe le Doubs, un chemin de randonnée le parcourt. Près de Goumois, un village assis entre les deux pays, le rocher du Singe, une pierre qui a la forme d’un primate de profil, vaut le coup d’œil.

Sur le plateau en dessus de la gorge, un paysage vallonné s’étend à près de 1000 mètres d’altitude, entre La Chaux-de-Fonds et Glovelier. Les champs cultivés alternent avec les bois. Dans les villages, les Franches-Montagnes ont conservé leur identité rurale. Les rares constructions ostentatoires et résolument modernes sont l’œuvre du secteur de l’horlogerie, qui a valu à la région une bonne part de son développement. Ce domaine économique est même intimement lié au monde de la terre. Au XIXe siècle, quand les cultures étaient enneigées, les agriculteurs se reconvertissaient pour faire vivre leur famille. Ils produisaient chez eux des pièces qui étaient ensuite assemblées dans les fabriques de montre à La Chaux-de-Fonds et au Locle.

Le petit musée du Paysan-Horloger au Boéchet entre Le Noirmont et Les Bois éclaire cette histoire de manière interactive. En dessus, le restaurant noté 15 au Gault&Millau est une pause agréable. À midi, le menu entrée, plat, dessert se déguste pour 36 francs. Un rapport qualité-prix imbattable quand on vient de l’arc lémanique.

Le site du Roselet de la Fondation pour le cheval accueille près de 60 chevaux âgés qui finissent leur vie dans l’institution.
Le site du Roselet de la Fondation pour le cheval accueille près de 60 chevaux âgés qui finissent leur vie dans l’institution.
DR/Frank Nordmann

L’agriculture a également apporté un symbole fort des Franches-Montagnes: le cheval qui est omniprésent sur son territoire. «Il est notre Cervin», résume Gaëlle Rion, chef de projet à Jura Tourisme. Exemple de polyvalence, la race est autant une bête capable de travailler aux champs qu’un animal de loisir. «Il est bien dans sa tête et donc facile à monter même pour un débutant, explique Muriel Willi, responsable des relations publiques pour la Fondation pour le cheval au Roselet. Il possède une certaine douceur.»

Le cheval comme produit d’appel

Jura Tourisme ne manque ainsi pas de jouer la carte du cheval comme produit d’appel. L’organe de promotion offre même une balade d’une heure à tous les voyageurs qui passent au moins deux nuits dans la région. Les chemins de fer jurassiens préfèrent le mettre en scène dans une fausse attaque de cavaliers sur le train vapeur ou Belle Époque comme dans un western. Cette activité très prisée par les enfants est organisée de manière régulière pendant la belle saison.

Les chevaux sont omniprésents dans les Franches-Montagnes.
Les chevaux sont omniprésents dans les Franches-Montagnes.
DR/Guy Perrenoud

Parce qu’on l’aime, on en prend soin. À tel point qu’il existe des maisons de repos pour les chevaux à la retraite. La Fondation pour le cheval en possède trois, bientôt quatre. Au Roselet, au siège de l’institution, 60 chevaux finissent leurs jours heureux, accompagnés de quelques poneys et ânes. Les animaux proviennent surtout de Suisse allemande et il y a une liste d’attente de deux ans. Comme dans les établissements médico-sociaux pour les humains, la Fondation mise sur l’intergénérationnel. Un élevage de Franches-Montagnes, dont les poulains sont destinés ensuite à l’hippothérapie, permet d’apporter un peu de jeunesse aux bêtes fatiguées. Le public peut déambuler librement dans les écuries ou observer depuis la terrasse du restaurant le troupeau qui vit sa vie dans un grand parc à ses pieds. «Les Franches-Montagnes sont idéales pour les chevaux qui n’apprécient pas les grandes chaleurs, insiste Muriel Willi, responsable des relations publiques. Il fait ici entre 4 à 5° de moins qu’à Berne par exemple.» En période de canicule, cette différence a toute son importance aussi pour le touriste humain.

«Ce qui définit la région pour moi, c’est la créativité de sa population et son côté chaleureux. Après dix minutes de discussion, vous avez toutes les chances de vous retrouver avec un verre de damassine dans les mains»

Jérôme Rebetez, fondateur de la Brasserie des Franches-Montagnes

Le cheval n’est pas le seul moyen pour profiter de la nature des Franches-Montagnes. Les chemins de randonnées sont nombreux, tout comme les voies cyclables. Les Chemins de fer du Jura louent aussi des trottinettes tout-terrain. Un parcours débute à Saignelégier pour descendre par la fraîche Combe Tabeillon. Une course de près de trois heures pour effectuer 20 kilomètres et 500 mètres de dénivellation négative jusqu’à Glovelier.

Et si c’était de l’exotisme? Jérôme Rebetez, le fondateur de la Brasserie des Franches-Montagnes en est convaincu. «Quand j’étudiais l’œnologie à Changins, je me suis rendu compte de l’image exotique de mon coin de pays. Mais ce qui définit la région pour moi, c’est la créativité de sa population et son côté chaleureux. Après dix minutes de discussion, vous avez toutes les chances de vous retrouver avec un verre de damassine dans les mains. Ici, le concept de places de parc n’existe pas non plus. Nous nous parquons là où il y a de l’espace.» La preuve que la pression de l’automobile y est encore faible.