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Conseils de lectureDe bons bouquins pour s’évader

Se mettre en route, simplement. Cap au Sud. Car, en lisant, l’esprit se balade.

Promenez-vous au loin avec une bonne lecture.
Promenez-vous au loin avec une bonne lecture.
Kinga / Unsplash

Cap sur nulle part en Lada

Deux copains, Maik et Tschick, tous deux âgés de 14 ans, sont mal à l’aise dans leur classe et ils en ont marre. Ils s’enfuient ensemble dans une vieille Lada volée, vers la Valachie. Bien qu’ils ne sachent ni l’un ni l’autre si cela existe réellement. L’auteur hambourgeois Wolfgang Herrndorf, décédé en 2013, a obtenu avec ce récit d’adolescence le Prix de la Littérature pour la jeunesse. Les adultes ne devraient pas s’en formaliser pour autant. Pour eux, ce sera un voyage mi-figue, mi-raisin, un retour à l’époque où le monde semble vous appartenir et seul le présent compte.

Wolfgang Herrndorf: «Goodbye Berlin», Livre de poche jeunesse, 2015

Autour du globe en Triumph Tiger

«En fait, je ne suis pas un si bon motard que ça», prétendait en 1977 le journaliste Ted Simon après avoir passé quatre ans à se trimballer autour du monde sur une vieille Triumph Tiger. Ce fleuron de la littérature de voyage a inspiré des générations de bourlingueurs. Avec ses descriptions très détaillées, Ted Simon nous emmène bien au-delà d’un banal tour à moto. Il donne aux lecteurs une piste de réflexion dynamique: restez curieux de tout,
et allez vous faire votre propre idée du monde. Au pire, depuis votre canapé.

Ted Simon: «Les voyages de Jupiter», Interfolio 2017

Mon père était un homme sur terre et une baleine sur mer

Rien que le titre de ce premier roman de Michelle Steinbeck est alambiqué. Le voyage de son héroïne Loribeth l’est aussi: avec un enfant mort dans sa valise, elle recherche son père disparu, par monts, par vaux et par-delà les océans. Or la fin du voyage (en fait le début aussi) ne joue pas vraiment de rôle dans ce livre de 150 pages. On est captivé par les incroyables rencontres surréalistes de Loribeth, écho des absurdités d’Alice au pays des merveilles. Des pages qui emmènent loin.

Michelle Steinbeck: «Mein Vater war ein Mann an Land und im Wasser ein Walfisch», éditions Lenos, Bâle, 2016 (pas encore traduit en français, versions anglaise et italienne disponibles)

À pied jusqu’en Sicile

«Je bouclais mon havresac à Grimma, et nous partîmes.» C’est ainsi que débute le «Voyage à Syracuse», un grand classique des récits de voyage. L’homme a 28 ans, il est gratte-papier et part sans cesse en vadrouille, à pied. Ses randonnées le conduisent de Vienne à Rome, puis à Naples et en Sicile. Son plat préféré en chemin? Les olives séchées. Au retour, il fait un crochet par Paris. Il pense que «tout irait mieux, si on marchait plus». Pour conclure, il fait un compliment à son cordonnier: les bottes ont tenu le coup.

Johann Gottfried Seume: «Voyage à Syracuse», Presse universitaires Renne, 2011

Une visite en Grèce

«À ma naissance, il n’y avait pas de nom pour ce que j’étais. C’est pourquoi je fus appelé nymphe par les autres.» Circé est différente. Pas aussi puissante que son père, le dieu du soleil Hélios, ni aussi méchante et séduisante que sa mère, la nymphe Persé. La trouvant laide, les frères de Circé bannissent la petite sur une île d’où elle commente les aléas de la mythologie grecque. Elle aura de nombreuses visites, Médée ou Odysseus. Une prose très originale. Un livre qu’on ne quitte pas.

Madeline Miller: «Circé». Pocket, 2019

Plongée dans une autre dimension

«Ma vie n’a été qu’un nid de secrets, de ces secrets qu’il vaut mieux laisser dans l’ombre»: voilà une série fantasy en neuf volumes qui décrit en détail un monde parallèle. On y croise un garçonnet aux pouvoirs surnaturels, qui deviendra homme par la suite. Il peut communiquer avec les animaux et s’immiscer dans les pensées d’autres êtres. Peuplés de personnages éblouissants, ces romans sont une option crédible pour les fans de «Game of Thrones». On plonge ici dans une autre dimension.

Robin Hobb: «La Citadelle des Ombres». Pygmalion, 2012 (fait partie de la saga: L’Assassin royal)

En croisière de luxe

Pourquoi, après le premier jour de gros temps, «un passager sur deux semble s’être coupé en se rasant au même endroit sous l’oreille gauche, même les femmes»? David Foster Wallace passe sept jours sur un somptueux paquebot de croisière dans les Caraïbes. Les bizarreries de cet univers flottant ont paru d’abord dans la revue «Harper’s Magazine». Les Inrocks adorent: «Ce qui ressort, […] c’est l’incroyable don d’observation de l’auteur, capable de capter les détails les plus saisissants, quel que soit le contexte.»

David Foster Wallace: «Un truc soi-disant super auquel on ne me reprendra pas». Au Diable Vauvert, 2005

Les deux senteurs du fleuve

Parti grand braquet, le livre s’assagit et suit le Danube de l’embouchure à la source. S’appuyant 4000 km en quarante-huit jours, deux cyclistes souffrent: rayons cassés, crevaisons, GPS inopérant. Au-delà du biclou servant de fil rouge, le voyageur peint une fresque moderne d’Odessa à Strasbourg: paysans, camionneurs, fêtes, églises, graffiti, conflits, ruines, on scrute l’histoire européenne. Ce tour des Balkans a décroché le Prix Nicolas Bouvier 2019. Du grand art sur un rythme fluvial, histoire de humer les odeurs du beau Danube brun.

Emmanuel Ruben, «Sur la route du Danube», Payot & Rivages, 2019

Le long des rails

Une histoire signée Stephen King, tirée du recueil de romans «Différentes saisons». Même si quatre jeunes gens partent en quête d’un cadavre, elle n’a rien d’horrifique. Cinquante kilomètres à pied, suivant une voie de chemin de fer. Un pistolet fait partie des bagages. Peu de provisions, mais une belle ration d’aventures: sur un pont ferroviaire (on risque sa vie), avec un chien, des sangsues, une bande rivale. Le plus beau moment pour le narrateur de cette histoire, Gordon, est sa rencontre avec un chevreuil.
À lire en écoutant «Stand by Me».

Stephen King: «Le Corps». Albin Michel, 2019

À travers la Terre du Milieu

Bilbo estime que les aventures ne servent à rien, sinon à raccourcir le temps consacré aux repas. Les Hobbits aiment le confort et bougent très peu. Les excités du déplacement n’ont pas bonne réputation. Or, Bilbo se met en chemin. Un magicien veut qu’il récupère un trésor volé par un dragon. Cela lui donne envie de partir. Il va de surprises en déconvenues car, note Tolkien, «quand on cherche, on trouve généralement quelque chose, mais ce n’est pas toujours exactement ce qu’on voulait. Ce fut ce qui se passa en l’occurrence.»

J.R.R. Tolkien: «Le Hobbit». LGF Livre de Poche, 2015