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L’invitéDe l’art d’interpréter les intentions du souverain

René Knüsel revient sur les analyses des résultats des votations du dimanche 27 septembre.

Le peuple se voit attribuer des intentions parfois bien contradictoires à la suite d’un week-end de votations. L’appropriation de la vox populi par les leaders d’opinion est un sport très populaire en Suisse. Gagnants ou perdants s’adonnent au même jeu visant à prendre la parole au nom du citoyen électeur.

Les scrutins du 27 septembre n’ont pas fait exception à la règle, d’autant plus que les sondages prévotations avaient indiqué des tendances peu, voire non confirmées dans les urnes. La tentation de s’emparer des résultats pour en faire ressortir les véritables intentions populaires a chatouillé les perdants de la loi sur la chasse, qui ont vu dans ce résultat l’incompréhension des citadins face aux menaces réelles que les prédateurs, loups et autres lynx, font peser sur l’élevage en montagne.

«La démocratie suisse est ainsi conçue qu’elle oriente les décisions politiques sur la base d’une consultation populaire, même avec un faible écart de voix»

L’envie de l’interprétation s’est également emparée des adversaires du nouvel avion de combat qui, forts d’un soutien inattendu, se sont mis à parler au nom de la courte minorité pour tenter de cadrer la suite des opérations d’achat.

La démocratie suisse est ainsi conçue qu’elle oriente les décisions politiques sur la base d’une consultation populaire, même avec un faible écart de voix. La sagesse et l’expérience veulent toutefois qu’il soit tenu compte de l’opposition et surtout de sa force électorale.

C’est à cet exercice que s’adonnent les leaders politiques, moins pour nier ou contester les résultats que pour tenter d’infléchir les décisions consécutives au scrutin. Le refus de la nouvelle loi sur la chasse donne une indication sur les rapports de force au sein de la population. Il n’offre pas de réponses clés en main aux problèmes concrets que la loi tentait de résoudre. La question sera forcément reprise, mais sur des bases quelque peu différentes.

Le processus de sélection d’un nouvel avion de combat peut se poursuivre, suite au verdict des urnes. Mais la forte minorité qui s’est opposée à l’octroi du crédit aura forcément une voix plus audible lors des réflexions qui vont accompagner le processus de sélection.

Concordance entre partis

L’art et une des finesses du débat démocratique helvétique résident dans l’écoute des arguments contradictoires pour en tirer le meilleur parti et améliorer ainsi les décisions. Mais ils consistent résolument dans leur capacité à interpréter les résultats des votations populaires en termes de rapports de force. C’est aussi une des pratiques indirectes de la concordance entre partis politiques, dont le non-respect, perçu alors comme une forme d’arrogance, finit tôt ou tard par se retourner contre les adeptes de la sourde oreille.

Bonnes ou mauvaises, ces pratiques non écrites ne facilitent pas la compréhension du fonctionnement de nos institutions. Mais elles en lubrifient les rouages politiques au quotidien.