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L’invitéDe l’espoir pour nos cours d’eau

François Turrian se réjouit que des ruisseaux et rivières longtemps canalisés commencent à retrouver un cours naturel.

Il aura fallu du temps pour qu’on change de paradigme dans la gestion des cours d’eau. Enterrés, canalisés, corsetés durant plus d’un siècle, ils ont perdu une grande partie de leurs fonctions biologiques. Notre pays a été le champion des mesures de génie civil censées améliorer la gestion des crues, mais qui se sont révélées de plus en plus contre-productives à mesure de l’amélioration de nos connaissances, de l’aggravation des périodes extrêmes – crues et périodes de sécheresse – et de l’appauvrissement de la biodiversité.

Avec la modification de la loi fédérale sur la protection des eaux, entrée en vigueur en 2011, les conditions-cadres légales et financières pour la mise en œuvre de ce changement de stratégie ont été réunies pour donner enfin l’impulsion nécessaire. Les Cantons et les Communes tiennent désormais le couteau par le manche pour procéder à la renaturation. L’objectif est double: assurer la sécurité contre les crues et rétablir les écosystèmes aquatiques.

«Le canton de Vaud, s’il n’a pas été pionnier en la matière, peut désormais se targuer de belles réussites»

Le canton de Vaud, s’il n’a pas été pionnier en la matière, peut désormais se targuer de belles réussites. Certes, les tronçons concernés sont parfois de taille modeste pour des questions foncières ou en raison de conflits d’usage. Il n’en demeure pas moins que l’impact positif sur le paysage comme sur la diversité biologique est déjà bien perceptible. Depuis 2010, environ 70 projets ont été menés, totalisant environ 30 km linéaires dont 7,6 km remis à ciel ouvert.

Plusieurs ruisseaux, comme celui d’Henniez ou, dernièrement, la Brinaz près de Grandson, ont bénéficié de ces mesures. Mais aussi des tronçons de rivières comme la Venoge ou la Thièle. En attendant le nouveau delta du Rhône dans la réserve des Grangettes, prévu en lien avec la troisième correction du Rhône, le grand chantier valdo-valaisan à venir. À la fin du siècle, 150 km devraient retrouver une part de leur naturalité. Cela signifie qu’il restera tout de même encore 750 km en piètre état écologique!

Efforts et sensibilisation

Il reste un important effort à mener pour sensibiliser la population à l’importance des écosystèmes aquatiques de qualité. Certes, ces actions ont un coût mais, sachant que des cours d’eau naturels et des étangs nous procurent des services essentiels comme l’autoépuration, la filtration ou le rafraîchissement de l’atmosphère, il faut considérer cette politique comme un investissement pour les générations à venir.

En attendant, je me plais à retrouver des ruisseaux vivants: les fleurs jaunes des populages refleurissent les méandres, les poissons retrouvent le goût de se reproduire dans le gravier charrié par le cours d’eau, l’éclair bleu du martin-pêcheur illumine la nature. Ce n’est pas rien, c’est sans doute même essentiel!

1 commentaire
    Nicki

    Merci M. Turrian pour cet article dont j'approuve absolument le contenu. Avoir enterré le Flon était une grave erreur pour la nature et le plaisir des habitants. Il aurait fallu assainir cette rivière au lieu de l'enterrer.

    Il y aurait d'autres exemples, en ville et à la campagne. Vu que ces prochaines années on manquera de plus en plus d'eau à cause du réchauffement, c'est "un peu tard pour bien faire" mais nous dirons qu'il n'est jamais trop tard.