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Création chorégraphiqueDe l’ombre à la lumière, le voyage initiatique du Béjart Ballet

Le BBL renoue avec la scène à l’Opéra de Lausanne avec «Basso Continuum», création de Gil Roman suivie des «7 danses grecques» de Maurice Béjart. Reportage.

Évoluant sur un module mobile, le contrebassiste lausannois Richard Dubugnon partage la scène avec les huit interprètes de «Basso Continuum».
Évoluant sur un module mobile, le contrebassiste lausannois Richard Dubugnon partage la scène avec les huit interprètes de «Basso Continuum».
JEAN-GUY PYTHON

Assis au milieu des gradins, le regard perçant, Gil Roman claque des doigts pour induire un rythme plus soutenu. Au plateau, les danseurs palpitent. L’impatience de renouer avec la scène, le public, l’effervescence des arts vivants. À quelques jours de la première de «Basso Continuum», le directeur du Béjart Ballet règle les derniers mouvements de cette partition pour huit danseurs imaginée avec le contrebassiste lausannois Richard Dubugnon. Ce ballet intimiste éclora vendredi à l’Opéra de Lausanne, suivi des «7 danses grecques» de Maurice Béjart.

Soudain, le contrebassiste s’exclame, brandissant son archet: «Surtout pas avant la note, sinon je vacille!» Le musicien trône sur un module circulaire contrôlé à distance par un technicien qui le fait virevolter de jardin à cour, de l’avant-scène à l’arrière du plateau. «Dès le départ, Gil souhaitait m’intégrer au spectacle, même si je n’étais pas très chaud.» Une belle connivence s’est installée avec les danseurs au fil des répétitions. Ici, un sourire furtif; là, un regard complice. Tantôt fougueuses ou aériennes, tantôt sombres ou mélancoliques, les saynètes forment une mosaïque dont Richard Dubugnon ne donnera qu’une clé de lecture, celle d’un «voyage initiatique de l’ombre à la lumière». Gil Roman n’en dira pas davantage: aux spectateurs de créer leur dramaturgie.

Variation de sonorités

Si les deux artistes laissent un voile de mystère sur ce ballet de trente-cinq minutes, ils nous livrent leur secret de fabrication. Richard Dubugnon se souvient de son tout premier échange avec Gil Roman. «Nous nous sommes rencontrés en 2014 lors de la remise du Prix de la Fondation vaudoise pour la culture. J’avais pris ma contrebasse pour jouer un morceau, je crois que ça lui a plu. On a sympathisé avec un verre de blanc.» Et puis? Il sourit: «J’ai mis cinq ans à oser imaginer un projet avec lui. Je suis venu le voir l’an dernier, à un moment de ma vie où je ressentais un besoin de renouer avec mon instrument. Je lui ai suggéré de créer un petit format avec une contrebasse et une pédale Loop, qui permet de faire de la polyphonie et d’ajouter des rythmes.» Finalement, les parties de boîte rythmique ont été enregistrées.

«C’était nouveau pour moi car c’était spontané. Je venais aux répétitions, j’improvisais sur une musique et Gil réglait des pas»

Richard Dubugnon, contrebassiste et compositeur

Brodée au fil d’improvisations, la partition scénique déploie une variation de sonorités baroques, de jazz, de funk, de disco ou de flamenco, collage de compositions originales et d’emprunts à Bach ou à Giovanni Bottesini. «J’utilise beaucoup de couleurs différentes avec mon archet», image le contrebassiste. «Richard me proposait des extraits, je retenais tel ou tel morceau et je posais des pas de deux, puis des pas de quatre, puis un ensemble», raconte Gil Roman. «C’était nouveau pour moi car c’était spontané, complète le contrebassiste. Je venais aux répétitions, j’improvisais sur une musique et Gil réglait des pas. Je crois que j’ai emmené les danseurs vers d’autres horizons.» Le chorégraphe, lui, n’a consenti aucune concession au Covid: les corps s’effleurent et s’entrelacent. Mais, confie-t-il, les répétitions ont bien sûr souffert du confinement: «Nous avons tout arrêté, puis repris les entraînements avec des masques, en séparant les gens au maximum. Quand nous avons repris les répétitions, nous avons commencé par les solos. J’ai laissé les danseurs libres de porter le masque ou pas.»

Il est 17 h passées, la répétition arrive à son terme. Un détail, encore, à régler: la sortie de Richard Dubugnon sur sa capsule amovible. Trop lent, il faut reprendre. La scène est cocasse: demi-tour, le technicien compte neuf mesures et lance la machine. Le contrebassiste égraine ses dernières notes et quitte la scène.

Lausanne, Opéra
Du 2 au 11 oct.
www.opera-lausanne.ch