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En streaming
Débarquement coréen en séries

«Agency», un K-drama en seize épisodes pour parcourir les marches du carriérisme d’entreprise.
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La sériephilie prend parfois des voies mystérieuses. Depuis quelques mois, les plateformes alignent les K-dramas, surnom des séries coréennes, avec une générosité a priori inépuisable. La vogue s’est intensifiée depuis avril dernier, quand Ted Sarandos, big boss de Netflix, annonçait avoir conclu un accord avec le président sud-coréen, Yoon Suk Yeol, visant à investir 2,5 milliards de dollars durant les quatre prochaines années. L’investissement double le budget misé à l’ouverture de Netflix en Corée en 2016.

Financement de nouvelles séries, films, scénarios inédits… et exploitation d’un stock de titres qui déferlent en ce moment permettent d’annoncer 34 séries en 2023. Cet effort répond à une tendance: 60% des usagers ont regardé une K-drama en 2022. Les 130 séries sud-coréennes disponibles sur la plateforme rivalisent en nombre avec les productions espagnoles (52 financées par Netflix) et pourraient pallier le défaut de livraison lié à la grève des scénaristes et acteurs hollywoodiens.

«Ces K-dramas méritent-ils plus d’attention qu’un bol de nouilles lyophilisées?»

Après les stupidités américaines balancées par Silvio Berlusconi dans les années 80 sur la Cinq, il y aurait de quoi craindre l’intoxication. Et même quand la séduction massive prend une résonance culturelle indéniable de type «Bollywood»… À la manière de la culture K-pop aux scores astronomiques, qui y exporte d’ailleurs ses parangons de juvéniles éphèbes et de demoiselles en détresse, ces K-dramas méritent-ils plus d’attention qu’un bol de nouilles lyophilisées?

Depuis «Parasite», de Bon Joon-ho, Palme d’or à Cannes en 2019, sa série «Snowpiercer», ou encore les éclats cinématographiques de Park Chan-wook ou Kwon-taek, difficile pourtant de rejeter en bloc ce style aventureux. Ainsi, en 2021, la planète entière se mettait à jouer à une macabre marelle en sautant dans l’enfer de «Squid Game».

Aperçus anthropologiques

Désormais, loin de se résumer à des bluettes niaises ciblées sur les ados, les K-dramas manifestent une créativité inattendue dans tous les genres, du rouge sang au rose bonbon. Très codifiée, la vague désormais labellisée «hallyu» donne un aperçu quasi anthropologique de la société coréenne. Au hasard, pas une série sans une scène de gastronomie locale souvent symbolique. Les chaussures jouent aussi souvent un rôle crucial, indicateur de prestige social, etc.

Mieux, dans leurs dernières productions, les studios coréens semblent développer une critique acerbe des travers et malédictions modernes, inégalités de la justice ou de la médecine, de l’accès à la propriété, de la persistance des castes, des abus de pouvoir. Mais comme le sexe, jamais explicite dans ces séries mais souvent moteur des scénarios, tout s’exprime au deuxième degré. La poésie et la beauté, même décalées, doivent triompher. Voir l’usage fréquent d’adages détaillant le programme: «Atrocement scandaleux et brutalement glamour» façon Andy Warhol pour, par exemple, «Celebrity». Vérification en six musts.

«The Agency»

La carriériste Go A-In, incarnée par Lee Bo-Young.

D’une intelligence redoutable et d’une beauté parfaite, Go A-In (Lee Bo-Young) racle les parquets des conglomérats avec des escarpins taillés pour la gagne. Et pourtant, l’ambitieuse, née dans la pauvreté, brimée par un système macho, rallie en authentique fille de pub qui garde encore un peu de morale. En seize épisodes, d’autres lignes au féminisme décalé autorisent des giclées de dinguerie satirique. Voir l’héritière de la boîte amoureuse de son chauffeur, aux pétages de plombs filmés «à la coréenne» avec une expressivité jouissive.

Netflix, 16 x 60’.

«Celebrity»

«Tu l’as vu mon sac Chanel?» Park Gyu-young dans «Celebrity».

Une styliste taille sa marque parmi de richissimes influenceuses de la mode. Là encore règne la manipulation. La série expose les likes fictifs, l’hypocrisie de rigueur, les photomontages jusqu’au «dark fake» et autres habitudes de ces rois des réseaux sociaux. Ici encore, l’ascension sociale est posée sans états d’âme, avec un recours au cinéma fantastique astucieux. De quoi frémir avec l’idole Seo A-ri, qui évoquait déjà les tendances suicidaires de la jeunesse dans «It’s Okay not to be Okay». La brunette est annoncée dans «Squid Game 2».

Netflix, 12 x 37-53’.

«Queenmaker»

«Queenmaker» avec, à g., Kim Hee-ae et, à dr., Moon So-ri.

Un bijou de K-drama qui valorise de formidables inconnues mais véritables superstars en Corée, les guerrières mûrissantes Kim Hee-ae et Moon So-ri. Glissant du burlesque à la tragédie, le duo bataille pour gagner la mairie de Séoul. Tous les coups sont permis, entre vieux clans au régime quasi féodal, politiciens corrompus, odieux sexistes, etc. À ces travers anciens se mêlent les stratégies modernes, manipulation des réseaux sociaux, inondation de fake news, etc. «Queenmaker» installe sa stratégie avec un peu de lenteur mais accroche jusqu’au bout, multipliant les pièges inédits.

Netflix, 11 x 65-70’.

«Crash Landing on You»

La belle idylle de «Crash Landing on You» se déroule en Suisse.

Précédant la K-dramamania, cette série impacte le tourisme suisse depuis 2019. En effet, les amours miraculeuses d’une parapentiste milliardaire sud-coréenne et d’un officier de l’armée nord-coréenne prennent le bon air d’Iseltwald, dans le canton bernois, notamment au bord du lac de Brienz. Le ferry accostant d’Interlaken, l’héritière fondant au son du piano de son chevaleresque Roméo, le tableau est rejoué sans cesse par les fans. Au point que la Municipalité exige «5 francs en frais de selfie» à l’entrée du débarcadère…

Netflix, 16 x 70-110’.

«Black Knight»

La dystopie de «Black Knight».

Avec «Snowpiercer» et d’autres titres dystopiques, les réalisateurs coréens ont prouvé un sens du visionnaire furieusement renouvelé. En 2071, sur une planète asphyxiée, 1% de la population survit dans une hiérarchie sociale stricte. Seuls les livreurs peuvent naviguer entre les castes. Ces chevaliers de la société de consommation, dotés de numéros pour patronymes, se rebellent. Malgré un caractère prévisible, la recette fonctionne dans une grisaille monochrome nuancée.

Netflix, 6 x 45-51’.

«Squid Game»

En attendant la deuxième fournée de «Squid Game»…

Le jeu monstrueux du calamar a lancé des tentacules viraux sur 94 pays, vu durant 1,65 milliards d’heures, cité aux Golden Globes, Emmys, etc. Là encore, forte résonance sociale avec le dur quotidien coréen, engouement des réseaux et TikTok, triomphe planétaire en 2021. La règle? Pour gagner le butin de 35 millions de francs, 456 concurrents disputent des joutes mortelles jusqu’à extinction des effectifs. Son créateur, Hwang, a longtemps retardé une deuxième saison. Annoncée à l’automne, cette suite génère d’incessantes polémiques, notamment sur l’absence de personnages féminins au casting. Un premier teaser laisse voir le héros N° 456 (Lee Jung-jae), l’agent masqué (Lee Byung-Hun) et le policier (Wi Ha-jun.

Netflix, 9 x 32-63’.