
Julien Culet: oui, stop à l’hypocrisie
N’en déplaise aux protecteurs des animaux, la Suisse a besoin de renouveler ses abattoirs. Manger de la viande séduit toujours une majorité d’entre nous, malgré l’essor du véganisme ou du végétarisme, et le steak de soja est encore loin d’avoir pris l’ascendant.
Au contraire, la réalité est que l’on se tourne toujours plus vers le poulet. En effet, si la quantité globale de viande consommée par chaque Suisse est en légère baisse selon les derniers chiffres disponibles – soit -2,1% entre 2021 et 2022 – ce n’est pas le cas de la volaille. Elle a augmenté de 1,4% à la même période pour atteindre plus de 133’000 tonnes. Et deux tiers de cette viande sont suisses.
Nous devons donc assurer cette production indigène, qui comporte bien des avantages. Les normes sont plus strictes en Suisse qu’ailleurs. Elles assurent une meilleure alimentation et une qualité de vie plus favorable pour les animaux destinés à l’abattage, en comparaison de nos voisins. Et, bien évidemment, avoir de la viande suisse permet aussi de réduire les émissions de CO2 liées au transport.
Alors stop à l’hypocrisie. Si nous voulons manger de la viande locale, il faut bien abattre des animaux, élevés dans ce but. Nous devons donc avoir les infrastructures nécessaires.
Virginie Lenk: non, notre rapport à la viande change
Les abattoirs, c’est comme les centrales nucléaires, personne n’a envie d’habiter à côté. L’odeur, les caquètements, le ballet des camions à l’aube, je comprends la révolte des opposants. Le circuit court, c’est bien, mais abattre 30 millions de poulets chaque année aura forcément un impact écologique, ne fût-ce que sur l’eau, alors que la région agricole en manque déjà certains étés.
Ces méga-abattoirs sont à mon avis surtout en contradiction avec une époque qui prône le manger moins de viande, l’abattage local, le bien-être des animaux. Même en Suisse, les cultures alimentaires évoluent. On se revendique flexitarien. On veut son poulet, mais on est aussi d’accord d’en manger moins et de meilleure qualité.
L’éternelle rengaine des viandards contre un soi-disant discours des riches bobos citadins est absurde. Il n’y a pas besoin d’être un ayatollah du véganisme pour comprendre qu’une salade de lentilles est plus saine que des nuggets sauce BBQ. Et que payer au paysan d’à côté le poulet du dimanche au juste prix lui permettra, à lui aussi, de s’en sortir à la fin du mois.
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Le débat de la rédaction – Un superabattoir a-t-il encore sa place en Suisse?
Plusieurs associations animalistes et écologistes ont cherché à convaincre samedi les habitants de s’opposer au projet de Saint-Aubin (FR).