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Exotisme vaudois (2/41)Debout sur les poteaux de «Koh Lanta» sur Léman

Organisés tout l’été sur les hauts de Lutry, les Cobalt Kid’s Camps font la joie des scouts modernes de 7 à 16 ans en leur apprenant débrouillardise et solidarité.

Les poteaux – clin d’oeil à l’épreuve la plus mythique de l’émission à succès de TF1 –  ne sont pas plantés dans le sable du Pacifique, mais dans un champ bien de chez nous.
Les poteaux – clin d’oeil à l’épreuve la plus mythique de l’émission à succès de TF1 – ne sont pas plantés dans le sable du Pacifique, mais dans un champ bien de chez nous.
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On teste son courage et son équilibre sur toutes sortes d’obstacles.
On teste son courage et son équilibre sur toutes sortes d’obstacles.
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Oui, il y a aussi des moments de repos, d’écoute et d’échange. Les enfants nouent souvent des amitiés très fortes lors des épreuves du camp.
Oui, il y a aussi des moments de repos, d’écoute et d’échange. Les enfants nouent souvent des amitiés très fortes lors des épreuves du camp.
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Pas de lagon turquoise, mais une piscine; ni de palmiers à perte de vue, les sapins c’est bien aussi. Pas de doute, on n’est pas sur un des lieux de tournage paradisiaques de l’émission de survie «Koh Lanta», mais dans un paysage bien plus familier. L’action se déroule en Suisse, plus précisément à la Croix-sur-Lutry, dans un terrain de trois hectares entièrement sécurisé qui accueille tout au long de l’année les amateurs de paintball à l’enseigne de Cobalt Project.

Mais l’été (chaque semaine dès le 6 juillet et au moins jusqu’au 10 août), la «map», comme ils l’appellent, soit tout ce territoire, devient le terrain de jeu et surtout d’apprentissage de jeunes filles et garçons âgés de 7 à 16 ans.

Incursions dans le monde des jeux vidéo

Kid’s Camps, c’est en quelque sorte la rencontre entre l’émission à succès de TF1 et un camp de scouts modernes, avec quelques incursions dans le monde des jeux vidéo. On y inculque les mêmes valeurs de confiance en soi, de débrouillardise, d’organisation, d’observation et de respect de la nature, mais ici on ne se tire pas dans les pattes et on n’élimine personne autour du feu de camp nocturne. Non, on fonctionne tous ensemble et des binômes sont formés entre plus jeunes et plus âgés pour que chacun apprenne de l’autre.

«Cette année, nous allons évidemment aussi parler de la pandémie, des gestes barrières. Ça fait aussi partie de l’autodéfense.»

Adrien de Meyer, le boss de Cobalt Project

«L’idée de ces camps, qui fêtent leurs 4 ans, vient de ma fille Mila, qui en avait 9 à l’époque, explique Adrien de Meyer, le boss de Cobalt Project. Comme elle passait ses vacances avec moi, elle s’est dit qu’on pourrait occuper la map et y faire plein d’activités constructives et pas combatives. Et depuis elle me propose à chaque fois des modules différents. Deux escape games (ndlr: ces missions où il faut sortir d’un endroit en résolvant des énigmes en un temps imparti), une plus physique, avec des exercices purement mécaniques, l’autre plus intellectuelle, le logiciel sur mesure utilisé pour le paintball où il faut être hyperstratégique, une rencontre avec des instructeurs de la police ou des champions juniors de taekwondo… Cette année, nous allons évidemment aussi parler de la pandémie, des gestes barrières. Ça fait aussi partie de l’autodéfense.»

Une «nounou» en pantalons militaires

La taille et la physionomie des lieux permettent à l’organisation d’accueillir autant de jeunes cet été que les années précédentes. Soit dans des groupes d’environ dix garçons et filles, histoire que les moniteurs puissent tous les connaître personnellement et cerner leurs caractères et leurs besoins. Véritable nounou en pantalon militaire, Nelly veille sur tout ce petit monde et rapidement tous trouvent leurs marques, qu’ils rentrent chez eux chaque soir (580 fr. avec un bus organisé pour aller chercher puis ramener à domicile ceux qui n’habitent pas trop loin), passent une nuit en mode survie (680 fr.) ou toute la semaine sous tente en immersion totale (1060 fr.)

Les journées sont très bien remplies, avec toujours la même volonté de rendre l’enfant autonome, de lui apprendre de nouvelles choses, comme faire du feu, construire un abri ou même sortir seul du coffre d’une voiture. Cette dernière activité, présentée sous forme de jeu pour ne pas non plus évoquer de manière trop précise d’éventuelles situations d’enlèvement.

Un saut dans le vide

Cela dit, vaincre sa peur est l’un des premiers challenges du camp. Les enfants sont invités à sauter depuis une structure sur un énorme matelas de pompiers. Ils n’y sont évidemment pas obligés, mais tous finissent par se jeter dans le vide et souvent par recommencer, d’un peu plus haut. Un shot d’adrénaline qui booste la confiance en soi et unit immédiatement un groupe dont les membres vont très vite apprendre à fonctionner ensemble. Les ateliers, organisés essentiellement dans la nature – toujours à l’intérieur des 30’000m² du terrain de Cobalt Project – mais aussi à l’intérieur, sont tour à tour axés autour de l’analyse de son environnement, de la solidarité, de la recherche de solutions dans une situation extraordinaire, etc.

«Même si nous avons un excellent restaurant et qu’on va de toute façon les faire manger, on veut leur mettre de la nourriture à disposition au début de la semaine et ce sera à eux de gérer leurs réserves.»

Adrien de Meyer

«Cette année, nous aimerions aussi les intéresser à leur alimentation, s’amuse Adrien de Meyer. Même si nous avons un excellent restaurant et qu’on va de toute façon les faire manger, on veut leur mettre de la nourriture à disposition au début de la semaine et ce sera à eux de gérer leurs réserves. Ils vont tenter de cuisiner, de marier les aliments et aussi de réduire le plus possible le gaspillage.»

On apprend à conduire une voiture

Il y aura aussi une bonne dose d’activités qui font rêver la plupart des gamins, comme monter dans un véhicule blindé — «On leur apprend aussi à conduire une voiture en même temps que quelques rudiments de mécanique», précise Adrien de Meyer — ou faire une partie de paintball. Mais, attention, il ne s’agit pas de bêtement se tirer dessus avec des billes de peinture. Il y a une mission à remplir, des postes à trouver, des stratégies à adopter. Et, partout à Cobalt Project, l’exigence, au niveau sécuritaire et sanitaire, est extrêmement élevée. La preuve, la police vient régulièrement y faire des stages tout au long de l’année.

Les enfants repartent changés

«J’ai mis dans ces camps tous mes rêves de gosse, s’amuse l’inventeur-organisateur-patron, qui ne laisse aucun détail au hasard. Certains parents sont surpris quand on leur dit que leurs enfants vont se peindre le visage pour se camoufler, conduire une voiture ou tirer sur leurs copains. Les participants, eux, sont ravis de retrouver par exemple toutes les références de leur jeu de console favori dans un coin de la map. Oui, on y a mis des personnages de «Fortnite», et donc ils y jouent tout en ayant une activité physique et pas avachis sur le canapé! À la fin de la semaine, les parents constatent que leurs enfants ont changé. Qu’ils ont gagné en confiance, en sociabilité et en débrouillardise.»