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Phénomène musical en centre-villeDéferlante K-Pop, quand la Corée fait danser Genève

La musique coréenne explose à l’échelle mondiale. En ville, des groupes de fans n’hésitent plus à partager leur passion avec le grand public.

 Vidéo: Frédéric Thomasset

Quand on les écoute parler, on a l’impression que tout le monde a déjà mis les pieds en Corée. La conversation est à peine entamée que les références réservées aux initiés fusent. «Moi je suis plutôt Gangnam avec mes tenues chics urbaines.» Soit. «Et moi plutôt Hongdae avec mon look sexy cute.» On prend note, on feint la compréhension avant de finalement demander. «Ce sont des quartiers de Séoul, bien sûr! Ils ont tous leurs styles associés.» Première leçon du jour et le show n’a même pas encore commencé.

Devant le bâtiment du Credit Suisse, à deux pas de la place de Bel-Air, Patricia, Júlia, Dafne, Andrea et Yonah s’affairent aux derniers préparatifs avant de se lancer. Réglage de l’enceinte, mise en place d’un petit périmètre réservé aux danseurs ou encore dernières consignes à la camerawoman, les membres du District Crew connaissent visiblement la chanson. «On a commencé à danser sur de la K-pop – musique contemporaine coréenne – en public en 2019. Depuis, on a eu le temps de se roder.»

Le groupe genevois de reprise K-Pop Disctrict Crew en plein show à deux pas de la place Bel-Air.
Le groupe genevois de reprise K-Pop Disctrict Crew en plein show à deux pas de la place Bel-Air.
©Pierre Albouy

Carrément «Not Shy»

Au programme du jour, le morceau «Not Shy» – Pas timide – du groupe de filles coréen Itzy. Un titre qui fait sens quand on sait que les Genevoises âgées de 16 à 20ans se produisent en plein centre-ville et aux heures de pointe. «Nous sommes fières de notre passion et souhaitons la partager, explique Dafne. Alors oui, ce n’est pas commun. Oui, le passant lambda n’y comprendra peut-être pas grand-chose. Mais c’est notre manière à nous de participer à un mouvement mondial qui nous tient à cœur.»

Sur la place, ils sont finalement une cinquantaine à suivre le spectacle. Et si l’événement a tout d’un rassemblement communautaire, quelques néophytes se laissent séduire par la musique entraînante et une chorégraphie exigeante exécutée à la perfection. «C’est comme ça que le groupe Itzy danse dans la vidéo, se félicite Patricia. Nous essayons de reproduire au mieux.»

Chaque performance est filmée et viendra garnir la collection du groupe sur sa chaîne YouTube.
Chaque performance est filmée et viendra garnir la collection du groupe sur sa chaîne YouTube.
©Pierre Albouy

Au milieu des dédoublements et des chassés-croisés des danseurs, Kenza, une membre du District Crew laissée au repos – ils sont une vingtaine au total – explique: «Les morceaux de K-pop s’appuient sur une chorégraphie très poussée. C’est dans l’ADN du genre. Si bien que la sortie de chaque clip s’accompagne souvent d’un tutoriel de danse en vidéo. Pour nous, c’est idéal. Nous pouvons proposer rapidement des reprises de bonne qualité. Quant aux maisons de disques, elles peuvent s’appuyer sur un réseau réactif qui participe à la diffusion des nouveaux titres.»

130’000 vues sur YouTube

Avec des vidéos pouvant atteindre les 130’000 vues sur YouTube, on peut dire que le District Crew remplit pleinement son rôle. D’autant plus qu’à Genève, ils sont loin d’être les seuls. Ce jour-là, deux membres du Abyss Crew sont d’ailleurs venues «sonder la concurrence». Précision des mouvements, tenues affichées ou encore placement de la caméra, tout y passe. Verdict: «C’est excellent! Elles sont supersynchros.»

Et si le District Crew peut prendre des airs de rival, il apparaît surtout comme une source d’inspiration pour une formation qui vient de se créer. L’Abyss Crew n’a que quelques mois, mais ses membres n’hésitent déjà plus à investir les différentes places de la ville. Une saine émulation qui s’étend d’ailleurs à tout le milieu genevois de la K-pop, qui compte aujourd’hui une dizaine de groupes actifs.

Les chorégraphies K-Pop sont dynamiques. Entre les prises les danseurs reprennent leur souffle et sortent les ventilateurs.
Les chorégraphies K-Pop sont dynamiques. Entre les prises les danseurs reprennent leur souffle et sortent les ventilateurs.
©Pierre Albouy

Surfer sur la deuxième vague

C’est d’ailleurs peut-être bien là la nouveauté. Si la vague coréenne – appelée Hallyu – existe depuis plus de vingt ans, elle n’a jamais été aussi visible. Observateur privilégié du mouvement, l’animateur parisien de soirées spécialisées dans la K-pop DJ Dinh raconte: «Comme toutes les nouvelles tendances, la musique coréenne a grandi dans un premier temps auprès d’une communauté d’initiés qui vivaient leur passion entre eux. Je parle des années 2000. Aujourd’hui une nouvelle génération a repris le flambeau. Elle est beaucoup plus décomplexée, bien plus partageuse. Elle bénéficie du travail de ses aînés qui ont aidé à rendre la K-pop accessible et souhaite maintenant faire le pont avec le grand public.»

«Aujourd’hui la nouvelle génération de fans de K-Pop est beaucoup plus décomplexée, bien plus partageuse»

DJ Dinh

Une aubaine pour les artistes et la Corée en général, qui ne cessent de s’appuyer sur ces succès musicaux pour développer l’image du pays à l’étranger. Dans les plus hautes sphères de l’État, la K-pop est reconnue comme une arme de séduction puissante et intègre volontiers les stratégies d’influence à l’échelle mondiale. Et chaque nouveau record de diffusion réalisé par un groupe conforte un peu plus le pays dans sa politique.

Selon l’Institut d’étude coréen Hyundai, le seul groupe BTS rapporterait au pays 3,6milliards de dollars par an en retombées économiques. Mieux, le boys band aurait drainé à lui seul 800’000 touristes dans le pays en 2017, soit 7% du nombre total de visiteurs pour l’année. Kenza et Laura sont elles aussi fans du groupe. Elles n’ont pas 20ans et se sont déjà rendues à deux reprises à Séoul.

Devant Credit Suisse, les cinq membres de District Crew dansent depuis maintenant plus d’une heure. Elles s’encouragent et se corrigent: «Ryujin bouge plus comme ça», «Dans le clip, Yeji met plus d’énergie!» Au milieu du public, une amie filme au smartphone. Des plans très serrés, visant à mettre en valeur à tour de rôle chacune des danseuses. Une vidéo de fan de fans de K-pop en quelque sorte qui viendra rapidement nourrir le buzz sur Instagram. Le circuit de diffusion va loin. Très loin. Et c’est tout le genre musical qui résonne des réseaux sociaux jusqu’à la place de Bel-Air.

2 commentaires
    Persepolis

    Et vive l'appropriation culturelle !