Depardieu rend visite à Barbara, trente ans après
Lorsque le truculent comédien chante la «Dame en noir», le pathos refait surface, retenu par ce qu'il faut de sobriété.

On entend d'abord le piano, délicates notes déroulant la gamme émouvante d'une mélancolie sans âge. Un accordéon croise dans le lointain, si ténu qu'il se confond avec l'écho. Et puis «Gégé» pose ses gros doigts sur le souvenir délicat de la «Dame en noir». Un ours, un ogre, un géant gargantuesque dans le répertoire de Barbara! Au premier coup d'œil, l'idée fait assez peur. Il y a comme une inadéquation complète entre les deux caractères. Gérard Depardieu, l'excès, le coup d'éclat, le timbre tonitruant. Barbara, la raison, la netteté, la passion jusqu'au dernier souffle. Mais c'était oublier le lien ancien qui relie les deux monstres sacrés de la scène française. Barbara, disparue en 1997, à l'âge de 67 ans. Depardieu, qui aura 69 ans à la fin de 2017. Et remiser trop vite le talent du truculent comédien. Qui chante ici comme il déclame et parle.
Le résultat s'avère d'une beauté précieuse. Point tant de postures dramatiques surjouées ici. Ni de cet embarras qu'on ressent souvent lorsque, ravi d'écouter un acteur pousser la chansonnette, l'auditeur relève, déçu, l'abîme technique qui sépare ces deux métiers. Voilà ce à quoi on échappe. Depardieu chante Barbara ravive comme rarement ce répertoire qu'on croyait inatteignable. Et c'est peu dire qu'il y en a eu, des tentatives (lire ci contre).
On vous donne le programme, jamais aussi consensuel lorsqu'on s'attaque à pareil chansonnier: Une petite cantate, L'aigle noir, Nantes, Ma plus belle histoire d'amour, Dis, quand reviendras-tu?, Göttingen… Pourtant, il y a autre chose de caché derrière le convenable hommage. Vous rappelez-vous L'île aux mimosas Un thème de Lily Passion, ce spectacle musical enregistré en public en 1985, signé Barbara et Luc Plamondon. Un machin un peu théâtral, un peu trop grandiloquent aussi, dans lequel on retrouvait la fabuleuse chanteuse, le souffle court déjà (elle décédera onze ans plus tard). Avec à ses côtés, pour lui donner la réplique, celui qu'elle qualifiait d'«amant aux mille bras»: Gérard Depardieu. Elle, la diva amoureuse. Lui, l'assassin transi.
«Elle chante, il tue, ils s'aiment», résumaient les médias d'alors. Non sans remarquer la présence au soir de la première du Tout-Paris au grand complet, Jack Lang, Christophe Lambert… Autre époque, autres stars. Autre style également. Car qui voudrait encore de Lily Passion, de ses synthétiseurs ronflants, de ses fumigènes, de ses tenues de scène évoquant un space opera de série Z? Le présent album a le mérite de digérer cette période pas nécessairement la plus formidable de Barbara, pour en garder quelque chose de séduisant. L'île aux mimosas donc, mais aussi Mémoire, mémoire deviennent si simples et belles ainsi accompagnées d'un piano. Celui de Gérard Daguerre, qui connaît bien l'histoire; les synthés, sur scène en 1986, c'est lui qui en jouait. Ce n'est peut-être pas le meilleur pianiste au monde, certes. Mais l'essentiel y est.
Voilà donc «Gégé» qui chante doucement, hurlant parfois, frémissant avec tact en comédien surrodé. Mais si l'album est vraiment convaincant, c'est grâce à ce qu'il charrie de naturel. Or, Depardieu et Barbara, qui semblaient n'avoir rien en commun, partagent finalement tendresse et sensualité. «J'avais reconnu ta voix, ta drôle de voix, ta brisure de voix qui me griffe», lançait jadis Depardieu à Barbara. Trente ans après Lily Passion, le comédien, pour compléter l'exercice, se rendra à son tour sur scène pour chanter Barbara, à Paris, aux Bouffes du Nord, du 9 au 18 février.
«Depardieu chante Barbara»Because Music, sortie le 10 février.
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