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Lutte contre la précaritéDes «casiers solidaires» pour les SDF à Renens

Sur l’espace public, dix armoires avec cadenas offrent aux démunis un endroit où mettre leurs affaires. Elles se doublent d’un accompagnement social.

Karine Clerc, municipale en charge de la cohésion sociale à Renens et Jean de Dieu, aumônier de la pastorale de rue catholique de Renens, pour le projet « casiers solidaires »
Karine Clerc, municipale en charge de la cohésion sociale à Renens et Jean de Dieu, aumônier de la pastorale de rue catholique de Renens, pour le projet « casiers solidaires »
 © 24 HEURES /Jean-Paul Guinnard

C’est un concept né à Lisbonne qui fait des émules en région lausannoise. Les «casiers solidaires» ont fait leur apparition dans la capitale portugaise en 2015 pour permettre aux SDF de mettre leurs affaires à l’abri des vols et des éléments. Plusieurs villes s’en sont inspirées en France et en Belgique, mais depuis cet été, c’est au tour de Renens, où la Commune a installé dix armoires vertes sur l’espace public, non loin de la Salle de spectacles. Ce n’est toutefois pas une première dans le coin, puisque le quartier du Vallon, à Lausanne, en fait discrètement l’expérience depuis 2017 déjà (voir encadré).

Une demande de la rue

Les casiers renanais sont officiellement accessibles depuis début septembre moyennant une petite consigne de 5 francs et la signature d’un contrat d’usage afin d’obtenir un cadenas. Déjà, deux d’entre eux sont occupés, mais ce n’est qu’un début. «Cela correspond à une demande qui revient souvent parmi les personnes avec qui je travaille», commente Jean de Dieu, aumônier de la pastorale de rue de Renens, à qui la Ville a confié la gestion des armoires. «Ce sont par exemple les femmes en situation précaire hébergées au Foyer Saint-Vincent, dont j’assure la gestion. Mais il y a aussi tous ceux qui vivent en structure d’accueil d’urgence de nuit. Ils doivent souvent trouver un endroit pour leurs affaires en journée.»

«Très souvent, les personnes qui tombent dans l’itinérance ne demandent rien. C’est l’opportunité de créer un contact afin de les orienter selon leurs besoins»

Karine Clerc, municipale en charge de la Cohésion sociale à Renens

«L’identité d’une personne réside aussi dans les objets qu’elle possède», commente Karine Clerc, municipale popiste en charge de la Cohésion sociale à Renens, qui porte le projet. Pour elle, la démarche aura donc un aspect humain au-delà du coup de pouce pratique. «Il fallait mettre en place un accompagnement social et l’aumônerie de rue a répondu à notre appel pour le prendre en charge. Très souvent, les personnes qui tombent dans l’itinérance ne demandent rien. C’est l’opportunité de créer un contact afin de les orienter selon leurs besoins.» Tout près des casiers solidaires, au N° 34 de l’avenue du 14-Avril, Jean de Dieu tient déjà tous les mardis une permanence, qui servira désormais de point de contact. «Je me rends disponible pour écouter», sourit laumônier, précisant que laccueil sera comme toujours non confessionnel.

Bientôt d’autres lieux?

«Pour l’instant, il s’agit d’un projet pilote que nous allons évaluer pendant six mois, détaille Karine Clerc. Si l’expérience est positive, l’objectif serait d’installer ce type de casiers à d’autres endroits de la ville en partenariat avec d’autres associations.» À l’heure actuelle, le nombre de sans-abri que compte l’Ouest lausannois reste difficile à évaluer, observe l’élue. «Pour le canton de Vaud, on parle de 250 à 300 personnes. S’il y a vraiment un besoin ici, ce projet nous permettra de mieux l’évaluer et de faire remonter l’information.»

Ces dernières années, la possibilité de créer un hébergement d’urgence pour sans-abri dans l’Ouest lausannois a été un sujet brûlant, les structures lausannoises étant régulièrement débordées, selon plusieurs acteurs de terrain. «Pour linstant, nous agissons plutôt en soutien à ces structures en mettant à disposition un logement temporaire pour certains bénéficiaires. Mais nous avons peu de moyens», souffle Karine Clerc, interrogée sur l’évolution de cette réflexion à Renens. L’élue n’en révèle pas moins un autre projet en gestation. «Nous menons une étude en contact étroit avec des femmes en situation d’itinérance pour mieux comprendre leurs besoins et y répondre. C’est un réel problème, auquel le Canton se montre également sensible.» Selon les résultats, un hébergement destiné aux femmes pourrait se créer.