AboParc automobile suisseDes élus partent à la chasse aux voitures «fantômes»
Plusieurs dizaines de milliers de véhicules non immatriculés échappent aux statistiques officielles. Une motion a été déposée à Berne pour y remédier.

Il y a actuellement plus de 4,7 millions de voitures immatriculées en Suisse. Or le nombre réel d’automobiles présentes dans notre pays pourrait être bien plus important si on prenait en compte celles qui ne roulent pas. Une motion a été déposée à Berne afin d’obtenir des chiffres plus complets et ainsi savoir combien de véhicules se trouvent vraiment sur le territoire national.
Le texte a été écrit par le conseiller aux États Philippe Bauer (PLR/NE). D’après lui, estimer le nombre d’automobiles qui ne sont pas en circulation serait utile pour deux raisons: «Sous l’angle économique, cela représente potentiellement une valeur importante, que ce soit sur les parkings des garagistes ou pour les particuliers. Et sous l’angle écologique, nous avons tendance à trop valoriser l’acquisition de véhicules neufs et détruire des voitures qui pourraient encore rouler plusieurs années.»
Rentabiliser sa voiture
La motion fait suite au livre «Halte au gaspillage automobile», publié ce printemps et écrit par le conférencier neuchâtelois Lucien Willemin. Celui-ci appelait à ne pas renouveler inutilement son véhicule. En effet, si les nouveaux modèles émettent moins de CO₂, leur production est trop coûteuse d’un point de vue environnemental par rapport à ce bénéfice. Il vaudrait donc mieux garder sa voiture quelques années de plus et rentabiliser encore davantage son propre coût de production. Quelque 200 garagistes ont soutenu l’appel de Lucien Willemin.
«Nous avons tendance à trop valoriser l’acquisition de véhicules neufs et détruire des voitures qui pourraient encore rouler plusieurs années.»
Pour avoir une idée du nombre de véhicules concernés, Philippe Bauer cite les chiffres de la fondation Auto Recycling Suisse. Ce serait ainsi 64’000 voitures qui auraient disparu des statistiques sur la seule année 2019. On ne sait pas si elles sont garées sans plaques quelque part, si elles ont été détruites ou si elles ont été exportées à l’étranger. «En extrapolant sur dix ans, cela correspond à 640’000 voitures, ce qui est l’équivalent du parc automobile d’un très gros canton», illustre le conseiller aux États.
Avoir une vue plus précise permettrait de sensibiliser les particuliers. «On pourrait mieux inciter les gens à garder leur voiture un peu plus longtemps ou leur dire qu’il y a actuellement tant de véhicules qui cherchent preneur», imagine Philippe Bauer.
Recensement possible
Ce dernier estime également que ce comptage ne serait pas difficile à mettre en place. D’après lui, il suffirait que les services cantonaux des véhicules laissent dans leur base de données la voiture qui a été désimmatriculée. Elle en serait supprimée lors de sa destruction ou de sa vente à l’étranger, par exemple. «L’estimation prendra sans doute du temps, mais elle finira par se faire puisqu’on change de voiture assez souvent», indique Philippe Bauer.
«Je trouve la démarche de recensement intéressante afin de savoir combien de véhicules sont concernés, ce qui en est fait et combien partent finalement à l’étranger.»
La conseillère aux États Lisa Mazzone (Verts/GE) fait également partie des signataires de la motion. L’élue écologiste souhaite surtout davantage de transparence. «Je trouve la démarche de recensement intéressante afin de savoir combien de véhicules sont concernés, ce qui en est fait et combien partent finalement à l’étranger, explique la sénatrice genevoise. Il serait bien d’avoir une vision claire de la situation.» Lisa Mazzone nuance toutefois son soutien quant à l’appel à garder son automobile le plus longtemps possible: «Je reste favorable au passage à l’électrique, aux transports publics, voire au vélo.» Elle ajoute toutefois qu’elle y voit une possibilité d’analyser le potentiel de conversion de voitures thermiques en électriques.
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