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Histoire des corrections du RhôneDes inondations à répétition et des efforts longtemps vains

Depuis des siècles, les Valaisans tentent de protéger la plaine contre les crises du fleuve.

Les réparations de la digue rompue près de Sion lors des inondations de fin septembre 1920.
Les réparations de la digue rompue près de Sion lors des inondations de fin septembre 1920.
Schnegg/«La Patrie Suisse»

La première mention d’une inondation en Valais provient de la Chronique de Marius d’Avenches, le premier évêque de Lausanne, qui évoque des débordements du Rhône survenus en octobre 580. On sait également qu’en 1086, la fonte des neiges provoqua une inondation de toute la plaine. Plus près de nous, chaque siècle a droit à plusieurs épisodes. Les annales retiennent les hautes eaux particulièrement dramatiques de 1338, 1469 et 1521.

En 1546, suite à des débordements de la Dranse l’année précédente, la Diète, organe dirigeant du Valais, se préoccupe de rectifier le cours du Rhône entre Riddes et Martigny et demande une modification de celui de son affluent. Des inondations importantes sont également signalées en 1620 et 1640, cette dernière ne laissant que trois ponts en place.

«Avec des arbres, des piquets, des fascines, de la terre et du gravier, on construit des digues visant à repousser le fleuve de l’autre côté de la vallée»

Le Rhône déborde à nouveau de façon destructrice en 1713 et 1778, puis encore en 1834, 1839 et 1860, cette dernière crue détruisant non seulement les récoltes, mais aussi plusieurs villages. Jusqu’à cette date, la lutte contre les caprices du fleuve est essentiellement l’œuvre des Communes riveraines, avec la contribution de leurs consœurs de montagne. Avec des arbres, des piquets, des fascines, de la terre et du gravier, on construit des digues visant essentiellement à repousser le fleuve de l’autre côté de la vallée. Sans plan d’ensemble, ce qui mène à des catastrophes: il suffit d’un point faible pour que l’eau s’engouffre et prenne les digues à revers.

À partir de 1862, le Canton et la Confédération mettent la main au porte-monnaie et des digues parallèles, empierrées du côté de l’eau, sont élevées. Des travaux corrigent le cours du fleuve afin d’en diminuer les courbes et d’augmenter la vitesse du courant. Reste que ces digues résistent mal aux crues les plus importantes: elles cèdent huit fois entre 1866 et 1948, année où un véritable lac se crée entre Saxon et Martigny. La deuxième correction du Rhône, entre 1936 et 1961, vise à les renforcer tout en augmentant la force du fleuve, afin qu’il évacue vers le Léman le limon et le gravier qui tendent à combler son cours.

À Châteauneuf, à 2 km à l’ouest de Sion, alors que l’eau reflue, un homme montre avec son bâton la hauteur atteinte par l’inondation de septembre 1920, que l’on distingue également sur le mur par la couleur foncée due à l’humidité.
À Châteauneuf, à 2 km à l’ouest de Sion, alors que l’eau reflue, un homme montre avec son bâton la hauteur atteinte par l’inondation de septembre 1920, que l’on distingue également sur le mur par la couleur foncée due à l’humidité.
«La Patrie Suisse»

L’endiguement du Rhône et l’assainissement des zones humides permettent le développement de l’agriculture intensive comme la création de zones industrielles et résidentielles. Mais en 2000, alors que désormais 70% de la population valaisanne vit en plaine, les inondations d’octobre montrent cruellement que le Valais n’est toujours pas à l’abri des ruptures de digue et des débordements. Sans compter qu’il faut envisager les crises du futur en lien avec le changement climatique.

Les travaux de la troisième correction du Rhône, dite R3, ont débuté en 2009 près de Viège. Pour un coût total de 3,6 milliards de francs, dont deux tiers couverts par la Confédération, ils s’étaleront sur vingt ans, combinant renforcement des digues, abaissement du fond et élargissement du fleuve. «À l’image de ce qu’ont fait nos ancêtres, il s’agit de travaux d’une génération au service des générations futures», a déclaré le conseiller d’État Jacques Melly, chef du Département valaisan de la mobilité, du territoire et de l’environnement.