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Activité en ligne croissanteDes jeux vidéo «gratuits» piègent les joueurs

Des spécialistes des addictions et de la protection des consommateurs réunis à Lausanne mettent en garde: le monde des jeux d’argent contamine l’univers des gamers.

L’industrie des jeux d’argent en ligne est en train de contaminer l’univers des gamers, adeptes de jeux vidéo. Un appel à des mesures de régulation a été lancé mercredi à Lausanne par des spécialistes de l’addiction et la Fédération romande des consommateurs.
L’industrie des jeux d’argent en ligne est en train de contaminer l’univers des gamers, adeptes de jeux vidéo. Un appel à des mesures de régulation a été lancé mercredi à Lausanne par des spécialistes de l’addiction et la Fédération romande des consommateurs.
KEYSTONE/Gaetan Bally

L’univers des gamers est peuplé de passionnés. Ils explorent, souvent en réseau d’adeptes, des jeux vidéo qui forment un univers culturel riche et favorisant les rencontres sociales. Ce phénomène mondial est aussi générateur de revenus: le secteur des jeux vidéo crée des bénéfices qui dépassent ceux de l’ensemble des chaînes de télévision réunies, rappelle Jean-Félix Savary, secrétaire général du Groupement romand d’études des addictions (GREA).

Source à exploiter

L’attrait financier est donc important. Pour certains acteurs du monde du jeu, les gamers représentent une source à exploiter. Réunis mercredi à Lausanne, des spécialistes des dépendances ainsi que la Fédération romande des consommateurs (FRC) ont émis une mise en garde contre une pratique croissante: la contamination du «gaming» par le «gambling», c’est-à-dire par les jeux d’argent ou les casinos en ligne.

Lever un obstacle ou trouver des informations pour gagner sont des comportements normaux pour les gamers. Mais ils doivent de plus en plus payer pour arriver à leurs fins. Tout un système de microtransactions est en train de se mettre en place. C’est ce que constatent les auteurs d’une étude sur le sujet, Luca Notari, d’Addiction Suisse, et Christophe Al Kurdi, du GREA.

«Conquérir un public jeune»

«Depuis peu, les jeux d’argent en ligne ressemblent à s’y méprendre à n’importe quel jeu vidéo gratuit. Il s’agit pour l’industrie des jeux d’argent de conquérir un public plus jeune et plus féminin en utilisant les mêmes recettes éprouvées que celles des jeux vidéo. Ces similitudes sont de nature à favoriser la confusion et les fausses croyances chez les joueurs les plus vulnérables», relèvent les auteurs.

«L’exploitation des données des joueurs permet de connaître leurs vulnérabilités et leurs points faibles. Les conditions générales sont peu claires et les joueurs ne savent pas à quelle sauce ils vont être mangés»

Sophie Michaud Gigon, secrétaire générale de la Fédération romande des consommateurs (FRC)

Les stratégies qu’ils décrivent sont multiples. Elles vont de la simple incitation – personnaliser un avatar, toucher un bonus lorsque des amis sont contactés – à la manipulation: introduction de loteries, simulation de jeux d’argent et exploitation des données des utilisateurs. «L’exploitation des données des joueurs permet de connaître leurs vulnérabilités et leurs points faibles. Les conditions générales sont peu claires et les joueurs ne savent pas à quelle sauce ils vont être mangés», s’insurge Sophie Michaud Gigon, secrétaire générale de la FRC.

Mesures de régulation

Samuel Bendahan, économiste du Département de comportement organisationnel des HEC, à Lausanne, compare ce système à celui de l’obsolescence programmée. «On pourrit l’expérience des joueurs pour en tirer de l’argent», résume-t-il. Un appel à des mesures de régulation est lancé aux milieux politiques avant la prochaine session des Chambres fédérales. «Jusqu’à maintenant, le parlement n’a fait qu’affaiblir les propositions du Conseil fédéral», regrette la FRC, par la voix de Sophie Michaud Gigon.

Les parlements cantonaux devront se prononcer ces prochains mois sur l’application de la nouvelle loi fédérale sur les jeux d’argent acceptée par le peuple suisse en juin 2018. Auront-ils les moyens d’intervenir dans ce domaine? De façon restreinte mais, relève Jean-Félix Savary, ce serait l’occasion d’un débat de société. «Les loteries ne servent pas qu’à soutenir des activités sociales et culturelles. Elles présentent aussi des difficultés en ce qui concerne le jeu excessif.»