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Carte blancheDes panneaux solaires sur le château de Chillon?

Martin Killias demande un plus grand respect des toits des monuments et sites protégés.

Les énergies renouvelables sont devenues une industrie d’une importance certaine. Les avantages écologiques du courant produit sur son propre toit ne sont pas en doute, quoique plusieurs questions, telle la possibilité de stocker cette énergie ou de la produire quand elle est le plus nécessaire, soit pendant les périodes faiblement ensoleillées comme en hiver, attendent encore des solutions.

Malheureusement, la promotion des énergies renouvelables semble souvent se heurter à la protection de sites et de monuments historiques. Car les toits intacts, couverts de tuiles traditionnelles et sans interruption par des lucarnes ou autres installations, font partie de leur attrait.

Dès les premières apparitions de ces innovations technologiques, certains de leurs promoteurs semblent avoir adopté le point de vue que la protection des monuments est le plus important des obstacles à surmonter. Le législateur les avait en partie suivis, en adoptant des règles dans la loi révisée sur l’aménagement du territoire qui donnent une certaine priorité aux installations énergétiques sur les aspects «esthétiques», soit la protection des toits traditionnels dans les sites protégés. Seuls les objets d’importance «nationale» ou éventuellement «cantonale», contrairement aux innombrables objets «régionaux», devraient profiter d’une certaine priorité face aux panneaux solaires.

«Les promoteurs des énergies solaires continuent à se battre pour placer leurs produits sur des toits d’une beauté souvent remarquable»

L’ironie de tout ce zèle à défigurer les sites et monuments historiques au profit des énergies renouvelables se situe au niveau des proportions. En parcourant le Plateau, et même les montagnes suisses, on aperçoit de plus en plus de tels monuments «décorés», alors que d’innombrables toits d’industries, de hangars de grands distributeurs, voire d’ensembles locatifs récemment construits, restent bizarrement exempts de telles installations.

Comment expliquer cette bizarrerie? Confrontés à la question, les responsables répondent souvent que la rentabilité ne justifie guère l’investissement nécessaire pour placer des panneaux solaires sur ces nouveaux immeubles pourtant de très grandes dimensions. Vous avez lu juste, la rentabilité! Et les promoteurs des énergies solaires continuent à se battre pour placer leurs produits sur des toits d’une beauté souvent remarquable, parce que le souci de les préserver pèse bien peu face aux impératifs de la sacro-sainte rentabilité!

Des compromis à trouver

La solution devrait logiquement se trouver au niveau des compromis bien inspirés par le sens commun. Même dans les sites protégés, il est parfois possible de placer des panneaux solaires sur des petits annexes ou des toits à visibilité réduite. Au-delà de tels aménagements pratiques, il ne faudrait surtout pas oublier les proportions: selon les données de l’Office fédéral de la statistique, seuls 3,5% des bâtiments existant en Suisse sont formellement protégés et peut-être 10% d’entre eux figurent à l’inventaire des bâtiments provisoirement préservés. C’est bien peu, notamment en tenant compte de la surface souvent modeste de leurs toitures, par rapport aux nouvelles constructions.

Alors, pas de raison de défigurer la cathédrale de Lausanne, le château de Chillon, voire Romainmôtier, pour faire tourner jour et nuit quelques ascenseurs dans nos gares et aéroports. Le fanatisme, c’est de faire fi de toute proportion, le bon sens, c’est de faire les choix en les prenant en compte.