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Débat public«Des zizis dessinés, il y en avait déjà à la préhistoire»

À Carouge, Zep et Léonie Bischoff évoquent le rapport à la sexualité dans la bande dessinée. Un dialogue épatant pour clore en beauté un Salon du livre 2020 réussi.

Dans le lobby du fameux hôtel BD à Carouge, Zep et Léonie Bischoff, qui vient de consacrer un très beau roman graphique à Anaïs Nin, ont échangé autour du sexe en dessin, un thème qui se retrouve dans leurs albums respectifs.
Dans le lobby du fameux hôtel BD à Carouge, Zep et Léonie Bischoff, qui vient de consacrer un très beau roman graphique à Anaïs Nin, ont échangé autour du sexe en dessin, un thème qui se retrouve dans leurs albums respectifs.
Magali Girardin

Bilan positif. Repensée pour pouvoir s’adapter aux contraintes sanitaires, la formule 2020 du Salon du livre a séduit un public disséminé aux quatre coins de la ville. «Beaucoup de gens nous ont remerciés, enthousiastes», indique au bout du fil Maud Couturier, porte-parole de la manifestation. «Les capacités d’accueil réduites ont permis un rapport plus intime avec les auteurs. Il y a eu de vrais échanges.» À l’image de ceux entre le duo Leïla Slimani-Raphaël Enthoven, invités d’honneur plébiscités aux Salons, dimanche en fin de matinée. Ou du dialogue fructueux, quelques heures plus tard entre Zep et Léonie Bischoff, dans le lobby de l’Ibis Styles, le fameux hôtel BD, à Carouge. Une conversation à bâtons rompus autour d’un thème commun aux deux auteurs: le rapport à la sexualité dans la bande dessinée.

Zep: «Le sexe est un sujet très riche, central dans nos vies.»
Zep: «Le sexe est un sujet très riche, central dans nos vies.»
Magali Girardin

Face à la trentaine de spectateurs masqués qui entourent la grande table où se déroulent les débats, Zep ouvre les feux en dessinateur rodé à la représentation graphique des galipettes en tous genres. Dans «Titeuf» de manière allusive, et plus directement à travers sa série «Happy Sex» ainsi que dans son «Guide du Zizi sexuel» tout récemment remis au goût du jour, le Genevois n’a jamais craint d’aborder frontalement le désir, l’érotisme, voire la pornographie. «Le sexe est un sujet très riche, central dans nos vies, source parfois d’engueulades et de conflits, de rires aussi. Dans «Happy Sex», je ne m’impose aucune censure et c’est vrai que je ne mets pas de guéridon devant les personnages. Toutefois, ce n’est pas une BD réalisée dans le but d’exciter le lecteur. Il y a un plaisir enfantin à dessiner des gens tout nus. Représenter un sexe possède un côté hyperjubilatoire. Et puis des zizis, il y en avait déjà sur les murs des hommes des cavernes!»

Léonie Bischoff : «C’est beau, un corps nu.»
Léonie Bischoff : «C’est beau, un corps nu.»
Magali Girardin

À l’autre bout de la pièce, Léonie Bischoff sourit et acquiesce. Avec son roman graphique récemment paru, «Anaïs Nin. Sur la mer des mensonges», la Genevoise établie de longue date à Bruxelles a signé l’un des albums les plus réussis de la rentrée, réinventant au crayon à mine multicolore la pionnière de la littérature érotique. Déjà réimprimé à quatre reprises, le livre séduit incontestablement, pour le plus grand bonheur de son autrice, presque aussi sollicitée que Zep au moment des dédicaces. «C’est beau, un corps nu. Dans ses journaux, Anaïs Nin parle de sexe ouvertement, mais de manière imagée. J’ai essayé de rester au plus près de son ressenti. Pour le coup, moi j’ai mis des guéridons devant mes personnages. J’ai cherché à ce qu’on ressente un trouble, avec un érotisme qui se situe dans tout le corps, et pas seulement dans les parties génitales.»

«Il y a un plaisir enfantin à dessiner des gens tout nus. Représenter un sexe est assez jubilatoire.»

Zep, auteur

Davantage que le cinéma, qui reste finalement souvent plutôt pudique, la bande dessinée serait-elle le média approprié pour parler de sexualité? Léonie Bischoff en est convaincue: «La distance induite par le dessin permet de sortir du réalisme.» Zep abonde: «Dans la BD, on trouve tous les degrés de l’imaginaire. Sur les choses de l’amour, il existe des mangas quasi chirurgicaux tout comme des récits complètement oniriques.» On se hâtera de les lire tant que les librairies restent ouvertes…

1 commentaire
    Dall'Aglio Andrée

    ... et des zizis et leurs consorts dans l'art de la céramique, p.ex : mayas, incas, et artistes dans bien des cultures, au nord, au sud, à l'est et à l'ouest du monde !