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L’invitéDésolé de le rappeler, l’argent ne pousse pas sur les arbres

Christophe Reymond scrute le choix qu’ont fait les États de s’endetter massivement.

Confrontés aux dépenses vertigineuses engendrées par leur décision de confiner la population et l’économie, les États ont fait le choix de s’endetter massivement. Un choix très contraint en vérité, parce qu’ils n’ont pas d’autres sources de financement à disposition. Une augmentation des impôts, dans le contexte actuel, serait économiquement suicidaire et psychologiquement ravageuse.

Dans l’opinion publique, le phénomène n’émeut pas vraiment. On entend plus de voix s’élever pour réclamer des aides plus nombreuses ou plus substantielles que de citoyens s’inquiétant des milliards engagés.

Ces milliards, il faudra pourtant bien les trouver quelque part car la majorité des aides (celles qui servent à payer les indemnités de chômage partiel ou pour les indépendants, celles destinées au sport, à l’armée, aux crèches, à la culture) prennent la forme de versements à fonds perdu de la Confédération. Or cet argent, la Suisse ne l’a pas dans ses caisses, même si ses finances publiques sont en meilleure situation que bien d’autres.

«Même quand on emprunte à des taux très favorables, il faut finir par rembourser ses dettes»

Les centaines de milliards dont tous les pays du monde vont avoir besoin pour assurer ces dépenses imprévues ne tombent pas du ciel. Ils sont obtenus sur les marchés financiers qui souscrivent aux emprunts des différents États, c’est-à-dire par les banques, les compagnies d’assurances, les caisses de retraite qui collectent et gèrent à long terme l’épargne de leurs clients. Il en résulte une concurrence entre les États, avec le risque de voir des prêteurs très sollicités et en position de force pour exiger des taux d’intérêt plus élevés.

Pour de nombreux pays, il s’agit d’un risque très concret car il existe des différences de coûts sensibles lorsqu’il s’agit d’accéder au crédit. L’Allemagne et la Suisse empruntent à 10 ans à -0,5%, les États-Unis à 0,7%, l’Italie à 1,8%, le Mexique à 6%. Les fourmis pourront donc absorber plus facilement leur endettement que les cigales, qui devront débourser plus pour les intérêts de leur dette, comprimant par là même les autres postes de leur budget. On ajoutera que, cigales ou fourmis, toutes devront rembourser, même la Suisse au «bénéfice» de taux d’intérêt négatifs. Le contribuable n’a qu’à bien se tenir.

Pas de miracle

Certains petits malins estiment pouvoir contourner l’obstacle en appelant à mobiliser la Banque nationale et ses fameux bénéfices. Mais sauf à faire chauffer la planche à billets pour imprimer de la monnaie de singe, distribuer des bénéfices implique de les réaliser. Soit de vendre des actifs en devises pour racheter du franc suisse, l’exact inverse de ce que fait depuis des années la BNS pour limiter l’appréciation du franc.

La morale de tout cela est finalement assez simple: il n’y a pas de miracle. Même quand l’argent que l’on emprunte est gratuit, il faut finir par le rembourser.