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Chronique judiciaireDeux petites terreurs d’Yverdon devant les juges

Le duo s’amusait à violenter gratuitement fêtards et passants dans les rues du Nord vaudois. Une affaire a failli faire un mort sur la place d’Armes.

La plupart des faits ont eu lieu tard dans la nuit, sur fond d’alcool et d’effet de groupe, parfois au cœur même d’Yverdon.
La plupart des faits ont eu lieu tard dans la nuit, sur fond d’alcool et d’effet de groupe, parfois au cœur même d’Yverdon.
Allenspach Olivier

«Vous étiez au mauvais endroit au mauvais moment? Non, ceux qui l’étaient, c’est ceux qui ont eu le malheur de croiser votre chemin», et le procureur Gabriel Moret d’égrener une longue liste de noms de quidams passés à tabac et détroussés. Dont un handicapé, un soir dans un train régional, tiré hors de sa chaise roulante. S’y ajoutent quelques larcins et menaces de mort via Snapchat (la jeune plaignante a toutefois retiré sa plainte).

Lundi, à l’Hermitage, le Tribunal correctionnel de l’arrondissement de la Broye et du Nord vaudois jugeait deux jeunes yverdonnois, H. S. et A. D., habitués aux violences bêtes et gratuites. Comme mineurs puis comme adultes, ils faisaient partie d’une bande de petits délinquants actifs ces dernières années. Sur fond d’alcool et de fumette, la triste équipe occasionnelle a déjà fait parler d’elle: deux de ces jeunes frappes ont été condamnés en février dernier, notamment pour avoir participé aux mêmes agressions. L’un d’eux a récemment perdu son appel contre son expulsion du territoire.

Tout juste 18 ans au moment des faits, H. S., suspecté par le procureur d’avoir joué un rôle actif dans son entourage, comparaissait notamment pour cette double agression de février 2019. Au sortir d’un bistrot, ils agressent un senior portugais, le cognent avec un lourd bois de chantier et le laissent pour mort au sol. La victime s’en est tirée avec un traumatisme crânien, deux fractures au visage et quelques plaies. Cinq heures plus tard, c’est un fêtard rentrant chez lui qui est roué de coups, dans la cour du Collège du Cheminet.

H. S. et le second accusé du jour, A. D., qui sort alors tout juste de 400 jours de détentions pour braquage, remettent ça en novembre 2019, lors d’une sombre embrouille entre buveurs («trois bouteilles de rosé de la Coop pour ma part», précise H. S.), qui a failli laisser un cadavre. Raccompagnant une amie, un noctambule également aviné répond aux provocations du groupe stationné sur la place d’Armes et fait mine de vouloir se défendre. Il finira roué de coups au sol, et percé de trois coups de couteau par un autre mineur. La victime parviendra à s’éloigner avant de s’effondrer, ne devant son salut qu’à l’arrivée des secours. Le temps pour les accusés de se retrouver au bistrot d’en face, avant de s’enfuir. «Les caméras vous montrent le frapper tellement fort que votre basket s’envole! J’ai dû regarder les images dix fois pour y croire», assène le procureur à H. S. «Vous avez joué avec sa tête comme avec un ballon», ajoute l’avocate du rescapé.

La défense a plaidé l’effet de groupe, de l’alcool, et essayé de démonter plusieurs chefs d’inculpation, dont l’omission de prêter secours. «J’ai pas cru qu’il l’avait planté, vraiment. Le couteau n’avait pas de traces», répète H. S. «J’ai cru qu’il était tombé à cause de l’alcool, ajoute A. D. Je me bagarre jamais moi.»

Tous deux issus de parcours mouvementés (un placement au SPJ et des beaux-pères violents pour H. S.), les accusés demandent à pouvoir se racheter, indemniser les victimes, poursuivre un suivi psy et reprendre leur formation professionnelle. À voir. Le procureur demande respectivement 42 et 36 mois de prison ferme, ainsi que la révocation du premier sursis d’A. D., qualifiant leur culpabilité de «très lourde» et leur capacité d’introspection de «déplorable».