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ÉtudeDistribution contrastée des étrangers en Suisse

Une étude de chercheurs genevois indique que les étrangers vivant en Suisse habitent principalement dans les grandes villes et leurs environs, notamment le long du lac Léman.

Les rives du Léman accueillent une forte présence étrangère, selon l’étude publiée dans la revue Social Change in Switzerland.
Les rives du Léman accueillent une forte présence étrangère, selon l’étude publiée dans la revue Social Change in Switzerland.
AFP

La proportion d’étrangers est la plus faible à Röthenbach dans l’Emmental bernois, avec 2,1%, et la plus élevée à Crissier, près de Lausanne (62,4%). Les étrangers sont surreprésentés dans les grandes villes et leurs environs, notamment le long du lac Léman et du lac de Zurich, selon une étude de chercheurs genevois publiée dans la revue Social Change in Switzerland.

Jonathan Zufferey et Philippe Wanner, de l'Université de Genève, ont examiné la distribution spatiale de la population étrangère. Ils ont utilisé deux «indices de ségrégation» mesurant la proportion d’une population donnée – en l’occurrence des groupes nationaux - parmi les 10’000 (analyses cantonales) ou 100’000 personnes (analyse nationale) les plus proches au niveau géographique.

Cette proportion est ensuite comparée avec celle de l’ensemble du canton ou de la Suisse et permet d’indiquer si le groupe étudié est sur- ou sous-représenté dans le voisinage. Les données utilisées sont issues du registre de population de l’Office fédéral de la statistique au 31 décembre 2014, indique un communiqué de la revue publié mardi.

Les résultats montrent une forte présence étrangère dans les grands centres urbains et dans des régions suburbaines proches des centres économiques, telles que les rives du lac Léman ou du lac de Zurich. D’autres phénomènes de concentration apparaissent dans les régions alpines du Valais (Verbier ou Zermatt) et des Grisons, expliquées à la fois par la domiciliation d’étrangers aisés et la présence de travailleurs étrangers dans le domaine du tourisme.

Français et Portugais

Au niveau national, les Français sont les plus ségrégués. Ce niveau élevé de ségrégation s’explique par le fait qu’ils sont concentrés en Suisse romande, pour des raisons liées à la proximité linguistique, culturelle et géographique. Seule exception, une présence française émerge dans la région zurichoise, probablement liée à des opportunités professionnelles.

La ségrégation est aussi relativement élevée pour les Portugais, concentrés en Suisse latine en raison des affinités de langage, ainsi que dans les Grisons.

Les Nord-Américains, une population peu nombreuse en Suisse, montrent un indice similaire, pour une raison qui n’a rien à voir avec des facteurs linguistiques ou culturels. Cette concentration est observée dans les grands centres urbains, où sont localisées les possibilités d’emploi pour ces ressortissants généralement hautement qualifiés.

Les nationalités présentant un niveau intermédiaire de ségrégation sont les Turcs (avec une concentration en Suisse orientale) et les Allemands (surreprésentés sur un axe Est-Nord-Est). En revanche, les Italiens présentent un faible indice de ségrégation au niveau macro-régional et sont domiciliés d’une manière équilibrée sur le territoire, même si certains regroupements s’observent dans la région tessinoise, lémanique, et dans le nord de la Suisse.

Distribution cantonale contrastée

Un autre constat apparaît au niveau cantonal lorsque la ségrégation est mesurée à partir des 10‘000 personnes les plus proches. La distribution des différentes nationalités est très contrastée: Allemands et Français se trouvent en priorité dans les régions linguistiques respectives.

Alors que les Portugais sont majoritairement dans des cantons francophones, les Turcs se retrouvent principalement dans les cantons alémaniques. Les Italiens sont majoritairement localisés au Tessin et à Zurich.

Quant aux Nord-Américains, plus de la moitié vit dans les trois cantons de Zurich, Vaud et Genève. Ces profils s’expliquent à la fois par la proximité linguistique et par les opportunités professionnelles.

Dans le cas des Français, le niveau élevé de ségrégation à l’échelle nationale ne se vérifie pas à l’échelle des cantons, à l’exception de Zurich et Berne.

Effets de réseau

Les Portugais et les Turcs ont un indice de ségrégation au niveau régional moyen, mais présentent des indices de ségrégation élevés à l’intérieur de pratiquement tous les cantons. Cela pourrait s’expliquer par une concentration dans les quartiers présentant des logements relativement bon marché, selon les auteurs.

Pour les Turcs, on peut s’interroger sur l’existence d’effets de réseaux, qui pousseraient les nouveaux membres à s’établir dans l’entourage immédiat de la diaspora. Ces résultats interrogent également sur d’éventuelles pratiques discriminatoires sur le marché du logement, soulignent les auteurs.

Les analyses croisant le canton et le groupe national montrent que la ségrégation est la plus forte dans les deux groupes situés aux extrêmes en termes de ressources sociales et financières: les Turcs et les Nord-Américains, et ceci dans pratiquement tous les cantons.

Enfin, ces résultats démontrent surtout que le niveau de ségrégation est plus important lorsqu’il est calculé à l’échelle nationale plutôt qu’à l’échelle locale.

Cela découle des caractéristiques de la Suisse, dont le territoire comprend quatre régions linguistiques, des régions de plaine et de montagne, une mixité entre communes rurales et urbaines et des activités économiques relativement variées.

ATS/NXP