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Expo au château de NyonDix photographes face à leurs «(Horizons)»

La nouvelle exposition de Focale révèle de fortes impressions furtives, provoquées par un monde qui s’arrête. Jusqu’au 21 février.

Neuchâtel, printemps 2020. «Un champ de bataille où l’imaginaire enfantin le dispute au surréalisme ambiant», selon Guillaume Perret.
Neuchâtel, printemps 2020. «Un champ de bataille où l’imaginaire enfantin le dispute au surréalisme ambiant», selon Guillaume Perret.
Guillaume Perret

Les parenthèses enferment un titre qui promettait le voyage ou tout au moins une échappée vers une ligne, au loin: «(Horizons)» contient ainsi à lui seul le merveilleux paradoxe de l’art quand il découle, entre autres, de contraintes. Dix photographes de l’association Focale – avec la collaboration de treize amateurs – en ont fait l’expérience pour leur nouvelle exposition collective, à découvrir au château de Nyon, jusqu’au 21 février prochain.

À l’aube du printemps 2020, alors que les rues se muaient brusquement en décors postapocalyptiques, ils ont braqué leur appareil sur le monde pour y révéler, par-delà le semi-confinement imposé, les beautés cachées; si proches et si inédites, tant le regard évolue quand tout dégénère. L’angoissante pandémie aura ici été le moteur des artistes, les invitant à replonger dans un horizon qui semblait limité, mais sans limite, au fond.

Nouvelles perceptions

Sur un étage du château, aucun nom n’accompagne les clichés (ils n’apparaissent que dans le descriptif). Laissant les matières résonner simplement entre elles, sans barrières; on y croise l’intime et le collectif – silencieux dans les espaces publics. «La bataille de l’imaginaire», une série du Neuchâtelois Guillaume Perret, superpose au mur la double vie d’une forêt, quand elle accueille le fils apaisé, endormi au sol.

Plus loin le jeune pose en explorateur, caché derrière la table du jardin, là «où l’imaginaire enfantin le dispute au surréalisme ambiant», écrit le photographe. C’est guitare à la main et plume d’Indien à l’oreille qu’il retrouvera sa mère, telle une «fiction mise en place pour conjurer les peurs».

«Je réalise que si je veux continuer à prendre des photographies intéressantes, cela sera dans mon appartement.»

François Schaer, photographe, membre de l’association Focale

Rester cloîtré chez soi laisse apparaître autrement les forces vitales, comme dans la «Parenthèse» de Sarah Carp, basée à Yverdon-les-Bains, qui effleure la frontière avec la mise en scène. Garçon au regard masqué par la mousse du bain, rêveuse couchée au fond d’une armoire, ou petits pieds emmêlés aux câbles de luminaires sur le plancher: l’artiste conjugue ici une énergie mélancolique et plus explosive quand, au jardin, les gosses se culbutent sur le gazon.

Delphine Schacher, née à Nyon, fait dialoguer, dans son «Journal de veille», les mots découpés de la presse – décortiquant les effets de la pandémie – avec l’observation de son petit en devenir. Enfin «Il fait scandaleusement beau presque tous les jours», dans l’objectif de François Schaer, qui propose avec sa série «Le voyage immobile» un regard aiguisé sur les rayons lumineux qui découpent ses murs, à l’intérieur, au gré du temps qui passe. Et se laissant envoûter par un porte-savon en gros plan, «je réalise que si je veux continuer à prendre des photographies intéressantes, cela sera dans mon appartement.»

«Vivre le quotidien seule avec deux petites filles n’est pas chose facile, écrit Sarah Carp. J’ai utilisé la photographie pour sortir de la réalité, jouer avec mes filles et faire ressortir ce que l’enfance a de magique.»
«Vivre le quotidien seule avec deux petites filles n’est pas chose facile, écrit Sarah Carp. J’ai utilisé la photographie pour sortir de la réalité, jouer avec mes filles et faire ressortir ce que l’enfance a de magique.»
Sarah Carp
Images réalisées dans l’appartement de François Schaer, à Genève.
Images réalisées dans l’appartement de François Schaer, à Genève.
François Schaer
Neuchâtel, printemps 2020. Fragments de vie durant un confinement familial.
Neuchâtel, printemps 2020. Fragments de vie durant un confinement familial.
Guillaume Perret
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La vie est une scène

Et tout devient sujet à la mise en récit. Les objets de tous les jours s’affranchissent de leur fonction première, pour devenir un spectacle noir et blanc de contrastes. Xavier Voirol en fait l’expérience avec sa cafetière italienne, déformée par l’objectif grand angle, scrutant avec son bec l’œil du photographe. Tout est prétexte à la dramatisation du quotidien, avec ses «clins d’œil complices ou aigre-doux, pour dire le temps de se raconter, pour parler des autres et des heures», écrit-il en guise d’accompagnement.

Il y en a pour tous les goûts. Avis aux amateurs de films d’horreur: un peignoir s’improvise fantôme, les escaliers en colimaçon mènent tout droit aux portes de l’enfer et une simple ombre s’affiche dans un coin, telle une présence inquiétante. Ou comment s’attacher aux moindres détails pour en faire de véritables héros.

Puisque enfermé tout devient aussi spectacle, on plongera dans les arcanes de la Toile avec les clichés du Genevois Niels Ackermann. Prenant au mot les consignes de la Confédération qui priait tout le monde de s’adapter au télétravail, l’artiste s’est pris au jeu, littéralement, scrutant en ligne les caméras de surveillance accessibles à tous, à travers le monde; en dévoilant aussi bien les curiosités d’un jardin vaudois que celles d’un restaurant à Séoul.

Xavier Voirol dramatise les objets du quotidien avec des jeux d'ombres et de lumières.
Xavier Voirol dramatise les objets du quotidien avec des jeux d'ombres et de lumières.
Xavier Voirol
Niels Ackermann a littéralement télétravaillé: en utilisant des images de caméras de surveillance, accessibles au public, glanées sur la Toile.
Niels Ackermann a littéralement télétravaillé: en utilisant des images de caméras de surveillance, accessibles au public, glanées sur la Toile.
Niels Ackermann
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Château de Nyon. Jusqu’au 21 février 2021. www.chateaudenyon.ch. www.focale.ch