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Opinion

La chronique de Rosette Poletti
«Dois-je oser dire non pour bien fêter Noël?»

Yverdon, 01 novembre 2018, Rosette Poletti, proche aidante et chroniqueuse du Matin dimanche, qui fête ses 80 ans. ©Florian Cella/24Heures
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«Pendant toute mon enfance, Noël signifiait donner, partager, aider, dire oui, être tout à tous, comme mes parents. Cette manière d’envisager Noël ne m’a jamais quittée, à tel point qu’au cours des années, Noël et Nouvel-An sont devenus des fêtes qui n’en étaient plus tant elles comportaient de stress. Alors, après des évènements de vie pénibles, cette année j’ai décidé de penser aussi à moi et de dire non à ce que je ne voulais plus. J’ai commencé, mais j’ai peur… J’ai surtout peur de blesser des gens que j’aime…»

Oser prendre soin de soi

Voilà une décision importante et courageuse! Prendre le risque de dire non, surtout après tant d’années sans pouvoir le dire et, en plus, au moment des Fêtes. Notre correspondante souhaite avoir des conseils, je crois qu’il peut être intéressant de bien comprendre ce que peuvent être les sources de la peur parfois ressentie dans ce nouveau chemin.

Pourquoi dit-on oui alors qu’on souhaiterait dire non? Tout d’abord, il y a l’exemple des parents, l’influence de l’éducation, bien sûr, donner, aider, partager, tout cela peut émaner des valeurs familiales et des croyances religieuses. On est donc accepté, acceptable si l’on est fidèle à ces valeurs, à ces comportements et on ressent de la culpabilité si on y déroge. Si on se sent coupable, on a peur d’être rejeté, on craint la pression sociale de son groupe; peu habitué à s’affirmer, on n’est pas toujours prêt à «rompre l’harmonie». Sur le plan professionnel, on peut avoir peur d’être mal vu ou mal noté par ses supérieurs.

Se défaire des pensées erronées

Tous ces aspects, liés à la difficulté de s’affirmer, reposent aussi sur une communication interne avec soi-même qui gagnerait à être modifiée, car elle se base sur des pensées erronées, qui se traduisent ainsi:

- On pense en termes de «tout ou rien»: «Je me suis toujours fait avoir, je ne sais pas dire non!» La réalité est autre: à certains moments, je n’ai pas su dire non et je vais me préparer à l’exprimer plus souvent.

- On généralise: «Lorsque je prends une décision, je ne sais pas m’y tenir! En regardant ma vie, je me rends compte que parfois j’ai tenu jusqu’au bout et d’autres fois j’ai changé d’idée en cours de route.»

- On filtre les informations: «J’avais décidé de ne pas aller fêter Noël chez mes amis, cela les a beaucoup fâchés. J’aurais peut-être dû y aller un moment, car une personne présente à la fête a dit que je leur avais manqué.» Cela aussi peut être une remarque positive!

- On saute aux conclusions: «Je suis sûre qu’ils n’accepteront jamais!» Prédire que les choses vont mal aller, c’est se mettre en condition pour faire en sorte qu’elles aillent mal en effet. La manière dont on pense et dont on communique avec soi-même est si importante! Elle précède nos actions et nos comportements.

Le dalaï-lama dit: «Sème un acte, tu récolteras une habitude, sème une habitude, tu récolteras un caractère, sème un caractère, tu récolteras une destinée.»

Choisir de dire oui ou non, c’est prendre le contrôle de sa vie. C’est déterminer ce que l’on veut pour soi, ce qui est essentiel pour soi, déterminer aussi ce que l’on demande aux autres en leur donnant la liberté de leur choix et, finalement, c’est envisager ce à quoi il faudra renoncer. On ne peut pas tout avoir et choisir, c’est toujours renoncer à quelque chose. Voilà ce qui rend si complexe parfois de prendre sa vie en main!

Faire part de sa décision

Lorsqu’on fait part d’un choix, d’une décision, il s’agit de l’exprimer directement et clairement aux autres, toujours avec respect et bienveillance: «Ton invitation m’a touchée et je t’en remercie. Malheureusement, j’ai un autre plan pour Noël cette année, je sais que tu peux comprendre.»

Il ne faut surtout pas hésiter et s’exprimer avec une voix assurée. Ce n’est pas une bonne idée que de se justifier trop abondamment, on peut donner une brève raison si on le souhaite, selon la personne et son degré de proximité avec nous. Aux gens très proches, si cela semble opportun, on peut parler de notre nouvelle décision et expliquer que l’on ne veut pas continuer à vivre en oubliant de prendre soin de soi et risquer un jour d’être en «burn-out». Là encore, éviter d’être dans le tout ou rien.

Pendant longtemps, on n’avait pas compris que la capacité de manifester de la compassion envers les autres n’était possible que lorsqu’on était capable de s’en manifester à soi-même. L’une des premières étapes est de choisir librement lorsqu’on veut dire oui ou non. Il s’agit donc d’être bienveillant envers soi-même, de s’écouter, de comprendre que l’on fait partie de la famille humaine et que l’on est relié aux autres.

Quelle belle décision pour Noël et pour la nouvelle année!

À vous, chère correspondante, nous souhaitons plein de succès dans votre nouvelle aventure, et à chacun de vous, amis lecteurs, des Fêtes lumineuses malgré les difficultés et les incertitudes, et que vous puissiez connaître un peu de paix et de joie…

À lire: «Apprendre à dire non», Corinne Dupré (Studyrama-Pro); «Le jour où je me suis aimé pour de vrai», Serge Marquis (Points); «Mon cahier d’autocompassion en pleine conscience», Christophe Germer et Kristin Neff (De Boeck Supérieur).