Le Concours de Genève intronise deux rois

ClassiqueAu terme d’une finale de piano de très grande tenue, le jury a décidé de ne pas départager le Français Théo Fouchenneret et le Russe Dmitry Shishkin. Récit d’un épilogue haletant.

Le Français Théo Fouchenneret (à g.) et le Russe Dmitry Shishkin, premiers prix ex æquo du concours.

Le Français Théo Fouchenneret (à g.) et le Russe Dmitry Shishkin, premiers prix ex æquo du concours. Image: ANNE LAURE LECHAT

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Comment départager les deux grandes promesses qui viennent de fouler la scène du Victoria Hall? Faut-il ériger à tout prix l’un sur la plus haute marche et accepter ainsi de recaler l’autre, tout aussi méritant? Voilà les questions que tout un monde – le public très nombreux et les membres du jury – s’est posé jeudi soir à l’issue d’une haletante finale de piano du Concours de Genève. Alors que les trois derniers rescapés de la compétition viennent tour à tour de déployer leurs atouts et leurs armes, les discussions entre mélomanes se sont très vite cristallisées autour de ce nœud cornélien, dans les espaces cachés où siègent les jurés, mais aussi dans le foyer et sur le parvis de la salle genevoise. En tendant l’oreille, on cueille une seule évidence, éclatante: le Thaïlandais San Jittakarn, passé en premier en présentant le «Concerto N°3 op. 37» de Beethoven, est loin de tenir la corde. Doté d’un toucher sensible d’une grande fluidité, paré aussi d’une musicalité certaine, son jeu a semblé manquer cruellement de nerf et d’épaisseur physique. Les pronostics proférés ici et là l’écartent donc du sacre.

Honnêteté et rigueur musicale

Reste alors à se déterminer sur le Russe Dmitry Shishkin et le Français Théo Fouchenneret. L’un a impressionné par la virtuosité, par le regard acéré et précis porté sur le «Concerto N°3» de Prokofiev; l’autre a ébloui par le calme et la maturité dont il a fait preuve dans le «Concerto N°3» de Bartók. Quatre heures ou presque après le début de cet épilogue de la compétition, tout le monde reprend place dans la salle: le verdict approche, le jury a fini par trancher. En décidant… de ne pas trancher tout à fait. Les deux favoris reçoivent ainsi, des mains du président du jury, le pianiste Joaquín Achúcarro, et du secrétaire général du concours, Didier Schnorhk, le premier prix. À savoir 20 000 francs, une montre Breguet – sponsor principal de la manifestation – et un accompagnement logistique substantiel qui aidera à faire éclore leurs carrières de solistes. Quant à San Jittakarn, il repart de Genève comme prévu, avec le troisième prix.

«Il faudrait inscrire le Concours au Patrimoine mondial de l’humanité», commente entre-temps sur la scène un président du jury rieur. «Il y a tant de grandes figures qui sont passées par ici, et cette année encore a été fantastique, avec un niveau renversant des concurrents finalistes. Nous qui sommes du métier savons ce que cela veut dire.» L’ovation du public qui accompagne le verdict ne fait au fond que confirmer la pensée du vénérable pianiste espagnol. On ne pouvait pas raisonnablement couronner un candidat sans faire tort à l’autre. D’autres jurés, ceux des prix annexes, se sont chargés d’être plus tranchants. Dans les distinctions parallèles, le Russe a presque tout cannibalisé: le Prix du jeune public, des étudiants et celui, très significatif, du public.

Alors que tout est dit, que la salle se vide et que les lauréats posent pour les premières photos, on rencontre le pianiste Cédric Pescia, qui a participé à tout le processus de sélection. Depuis l’écrémage des 248 inscrits au départ (un record), dont il a fallu visionner les vidéos, aux 41 retenus, qu’il a suivis depuis le 29 octobre. Ce qu’il retiendra des deux lauréats? «Dmitry Shishkin a été un pianiste flamboyant, d’une grande honnêteté et rigueur musicales. J’ai perçu dans son jeu un mélange de chaleur et de froideur, quelque chose qui tient d’une certaine tradition russe. Quant à Théo Fouchenneret, il a fait lui aussi preuve d’une grande rigueur, à quoi s’ajoutent la générosité et la chaleur. Mais au-delà de leurs prestations finales, nous avons primé des musiciens que nous avons appris à connaître et qui se sont révélés complets et brillants dans d’autres répertoires.»

«Fier de l’OSR»

Plus tard encore, alors que les fidèles du concours fêtent l’épilogue au foyer du Victoria Hall, Didier Schnorhk souffle enfin après un marathon exténuant. «Il y a plusieurs raisons d’être heureux ce soir, s’exclame le secrétaire général. Tout d’abord parce que je vais pouvoir présenter ailleurs, lors de nombreux concerts et récitals, deux musiciens de très grande qualité. Et je suis fier aussi d’avoir pu compter sur une formation, l’Orchestre de la Suisse romande, et sur un chef, Peter Oundjian, particulièrement inspirés. Les membres du jury ont été bluffés par cette qualité.»

Le Concours de Genève clôt ainsi un de ses volets. Un autre, celui consacré à la clarinette, occupera les mélomanes jusqu’au 14 novembre. Au Victoria Hall, l’heure est aux salutations. Les jurés se séparent et se promettent de garder le contact. Joaquín Achúcarro a lui aussi gagné un prix: «En deux semaines, je me suis fait plein de nouveaux amis. De vieux nouveaux amis.»

Concours de Genève, compétition de clarinette, finale le 14 nov. au Bâtiment des Forces Motrices avec l’Orchestre de Chambre de Genève, Pierre Bleuse (dir.). Rens. www.concoursgeneve.ch

Créé: 09.11.2018, 16h54

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