Comment Israël et le Hamas deviennent des alliés de circonstance

L’armée israélienne tue une vingtaine de chefs du Jihad islamique palestinien, tenu responsable de l’escalade militaire des derniers jours, mais épargne le Hamas.

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À première vue, le scénario de l’escalade militaire des derniers jours entre Israël et les groupes armés de la bande de Gaza est le même que d’habitude. Un assassinat ciblé, une pluie de roquettes en riposte, les représailles de l’aviation israélienne, une médiation et l’annonce d’un cessez-le-feu. À une différence près: cette fois, le fauteur de troubles, l’obstacle principal à une trêve de longue durée, c’est le Jihad islamique palestinien (JIP). Le double idéologique du Hamas dans sa volonté de remplacer Israël par un régime islamique, mais en désaccord sur les priorités, plaçant la lutte armée avant toute chose.

Que le Hamas ne soit pas tenu comme responsable de facto des violences émanant de la minuscule bande de terre côtière est une première depuis 2007 – date de la prise de Gaza par le mouvement islamiste. Les raids israéliens ont d’ailleurs scrupuleusement épargné ses positions, visant à la place celles du JIP et tuant une vingtaine de ses chefs, enlevant ainsi une épine du pied au chef du Hamas à Gaza, Yahya Sinwar. Un changement de doctrine inédit qui semble entériner l’idée d’une coopération tacite entre Israël et le Hamas, les (ex-) meilleurs ennemis.

«La stratégie israélienne démontre que le Hamas respecte les accords de cessez-le-feu passés, explique Tareq Baconi, chercheur à l’International Crisis Group et auteur du livre «Hamas Contained: The Rise and Pacification of Palestinian Resistance». Et ce malgré les efforts déployés par Israël pour continuer de diaboliser le mouvement dans le même temps, afin de cacher une relation de plus en plus prévisible et stable entre les deux parties.»

Précisons-le, les deux factions palestiniennes sont loin d’être désunies: le Hamas n’a pas condamné les quelque 460 roquettes lancé par le Jihad islamique mais s’est contenté de les regarder, se plaçant objectivement en allié d’Israël. En cause? La crainte d’un engrenage incontrôlable ou le retour des assassinats ciblés de la part d’Israël. «Une nouvelle guerre n’est pas dans notre intérêt», précisait Yahya Sinwar l’an dernier, dans un entretien au journal israélien «Yedioth Aharonoth».

Pour le chef du Hamas, laisser Tsahal (l’armée israélienne) abattre des commandants de sa faction sœur est loin d’être une preuve d’amour pour Israël. Mais Yahya Sinwar est un homme pragmatique qui a de l’ambition. Il se taille un costume sur mesure, celui d’un futur grand leader palestinien, capable de prendre la place de Mahmoud Abbas, persuadé que le mouvement qu’il dirige peut s’imposer dans les urnes, tant à Gaza que dans les Territoires occupés, lors des hypothétiques élections législatives. Pour ce faire, il doit consolider son emprise dans l’enclave palestinienne, et une nouvelle guerre à Gaza l’en empêcherait.

Une stratégie qui sied parfaitement à Benyamin Netanyahou. Pour l’actuel premier ministre israélien, plus la division est grande entre l’Autorité palestinienne et le Hamas, plus la probabilité d’avoir un interlocuteur crédible pour négocier des accords de paix s’éloigne. Au moment où celui que l’on surnomme «Bibi» se bat pour rester premier ministre, espérant que Benny Gantz échoue à former un gouvernement, il a tout intérêt à préserver son image de Monsieur Sécurité. Car, les yeux rivés sur Gaza, les Israéliens sont plus préoccupés par les tirs de roquettes que par les tractations politiques de son adversaire.

Créé: 15.11.2019, 23h08

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