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«Monnaie pleine»: Oser ou ne pas oser l’utopie

Pour la génération des «millenials», l’opinion d’un Mark Zuckerberg compte sans doute bien davantage que celle d’un Bill Gates ou a fortiori de vieilles barbes du siècle dernier comme Milton Friedman ou James Tobin. Tous ont pourtant en commun de s’être prononcés, d’une manière ou d’une autre, en faveur du principe d’un revenu universel. En Suisse, où l’on a les pieds sur terre et la tête très peu dans les nuages, l’idée a été rejetée en juin de l’année dernière par 76,9% des votants appelés à s’exprimer sur l’initiative «Pour un revenu de base inconditionnel».

Une autre idée, moins partageuse mais tout aussi utopique, sera prochainement soumise au peuple. Elle a pour nom «Pour une monnaie à l’abri des crises: émission monétaire uniquement par la Banque nationale!», en abrégé «Initiative monnaie pleine». Comme son nom ne l’indique pas ou du moins pas directement, elle vise à mettre un terme à la création monétaire ex nihilo par les banques, phénomène généralement mal compris du public et même des étudiants de première année en économie dans la tête desquels le corps professoral s’évertue à faire entrer la sentence contre-intuitive selon laquelle les crédits font les dépôts et non l’inverse. Ce privilège extraordinaire, né du fait que l’on a trouvé un jour commode de confier ses liquidités à des banques plutôt que de les conserver par devers soi (et permis du même coup l’extension du crédit et la multiplication de la monnaie), a ses bons et ses mauvais côtés.

Le bon côté, c’est que les dépôts bancaires sont d’un maniement pratique, permettent toutes sortes d’opérations quasi instantanées (transferts, virements, retraits), et sont – ou en tout cas étaient jusqu’à tout récemment – rémunérés. Le mauvais côté, c’est que les déposants ne sont que très partiellement protégés contre le risque de défaut bancaire, dans le cas en particulier où les banques auraient abusé de leur faculté de faire crédit et se retrouveraient en situation d’insolvabilité pour avoir trop prêté à des débiteurs incapables d’honorer leur dette. Cet inconvénient au niveau des personnes se traduit, à celui de l’économie dans son ensemble, par un risque parfois élevé de crise ou de krach conduisant tout droit à une récession ou même à une dépression, comme il s’en est produit en 1929 ou, plus récemment, en 2008.

D’où l’idée de «monnaie pleine», c’est-à-dire de monnaie exclusivement constituée de monnaie de banque centrale ou, si l’on préfère, de monnaie, fiduciaire (les billets et les pièces en circulation) ou scripturale (les dépôts), qui serait uniquement émise par la BNS. Diverses variantes de la même proposition, souvent qualifiée de «narrow banking», ont déjà été exposées dans le passé, notamment aux Etats-Unis (cf. le «plan de Chicago» de 1933). Elles entendent toutes séparer strictement l’activité de gestion des dépôts – le trafic des paiements en jargon helvétique – de l’activité de crédit, qui elle serait financée par l’emprunt.

«Jamais vu nulle part», «trop hasardeux», «pourquoi changer ce qui marche bien»: les réactions de rejet ont fusé de toutes parts, et l’initiative «monnaie pleine», bientôt soumise sans contreprojet au peuple, rejoindra celle de revenu universel aux oubliettes de la Feuille fédérale. L’une comme l’autre auraient pourtant mérité que l’on s’y arrête un instant, ne serait-ce que pour rêver d’une Suisse pour une fois en avance sur son temps.

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