AboBasketballComment le Valaisan Kyshawn George s’est ouvert les portes de la NBA
Le Chablaisien est le troisième Romand à rejoindre la ligue américaine après Thabo Sefolosha et Clint Capela. Récit d’une trajectoire singulière.

Dans son costume sur mesure couleur ivoire et sa chemise en soie vert clair, il a fait rebondir le ballon à son nom au milieu du Barclay’s Center de Brooklyn. Pas sûr que Kyshawn George ait fait ça pour la caméra ou qu’il avait une envie pressante de travailler son dribble de la main gauche. Il savait qu’il devait être repêché en fin de 1ᵉʳ tour, mais sans doute fallait-il y voir un moyen d’évacuer la pression après une attente insoutenable et 2 h 30 à être assis sur une chaise en attendant qu’on l’appelle.
La délivrance à sa table, avec ses parents Deon et Sophie, son grand frère Jamal, ses deux amis d’enfance montheysans Malyk Rebetez et Robin Frossard, est tombée à 22 h 46, heure américaine. «Avec le 24e choix de la draft, les New York Knicks sélectionnent Kyshawn George», a lancé le patron de la NBA, Adam Silver. Dans la foulée, le Chablaisien de 20 ans apprenait qu’il allait devoir enlever sa casquette parce que Washington, une franchise en reconstruction, avait récupéré ses droits: direction la capitale des États-Unis, avec un contrat de deux ans garanti. Le rêve d’une vie.

Pas de PlayStation
À plus de 6000 km de New York, c’est toute la grande famille du BBC Monthey-Chablais, son club formateur, qui s’est réunie toute la nuit dans une petite salle de l’École de Commerce et de Culture Générale à Monthey. Présent sur place assez tôt dans la soirée, Cristian Pottier, le fils de Claude, le nouveau président du club valaisan, aurait normalement dû être au lit puisqu’il avait un dernier examen à 9 h à Yverdon jeudi. Mais il n’aurait raté le grand moment de l’un de ses meilleurs amis pour rien au monde.
«Je devais avoir 8 ans quand je l’ai rencontré, rembobine celui qui vient de signer avec l’équipe première, en faisant défiler les photos de l’époque sur son natel. Il avait deux années de moins, était surclassé, mais tout le monde voyait qu’il était déjà au-dessus du lot. C’est lui qui nous menait à la victoire.» Devant le bâtiment, Art Berisha et Hugo Esposito débarquent. Comme Cristian, ils sont des anciens coéquipiers et des amis proches. Ils passeront leur nuit sur la table dédiée aux hot-dogs, bras dessus bras dessous.

À quelques mètres de là, Suzanne, la grand-maman, est pensive. Dans son t-shirt blanc de Miami, l’équipe universaire de Kyshawn cette saison en NCAA, la mère de Sophie piaffe d’impatience. Puis lâche prise. «Petit, il n’arrêtait pas de répéter qu’il voulait aller en NBA, narre-t-elle. Dans le quartier, tout le monde l’appelait «boum boum». Il jouait toute la journée, ça ne s’arrêtait jamais. Il avait à peine fini ses devoirs qu’il était dehors.» Cristian Pottier confirme. «C’est vrai qu’il a parlé de la NBA assez tôt. Je me souviens que les mercredis après-midi, il ne jouait pas à la PlayStation. Il allait plutôt faire des centaines de tirs.»
Le père et la chance
La réussite de Kyshawn George réside dans son talent et son éthique de travail, forcément, mais aussi dans la façon dont il a été accompagné par sa famille et son club. «Je crois bien qu’il a toujours été coaché par son père», rigole Nicolas Oberholzer, le Team Manager du BBC Monthey. Canadien, Deon George a évolué au Reposieux entre 2001 et 2007, remportant un championnat et deux coupes de Suisse. Il s’est ensuite investi dans le mouvement junior, suivant son fils aîné à travers les équipes. «Il a vraiment été comme un second père pour nous, résume Cristian Pottier. Une année, nous nous étions même retrouvés au Canada. Il nous a fait grandir et nous a appris les règles de la vie, que ce soit sur ou en dehors du parquet.»

Pour arriver au sommet, du moins à la NBA, il faut aussi une part de chance. À des moments-clés de sa jeune carrière, le meneur de jeu valaisan a brillé par son opportunisme. Il y a notamment eu ce match de Coupe de France avec Chalon, à l’automne 2022, où il s’était révélé à 19 ans. «On a vu un tout jeune gamin qu’on va voir très longtemps sur les parquets à haut niveau», avait noté Rémy Valin, un coach adverse époustouflé. Un meneur de jeu de cette taille-là avec son envergure, sa maîtrise… Pendant 17 minutes, on a vu un gamin très très fort. Très, très fort…»
Le conseil de Capela
Ce soir-là, Kyshawn avait aussi été propulsé sur le parquet plus longtemps que prévu parce que les titulaires du poste étaient absents. Un scénario identique s’est produit à Miami cette saison et il en a profité pour s’illustrer – 8 points de moyenne et 41% à 3 points – avec les Hurricanes sur un petit temps de jeu – 17 minutes. De quoi convaincre les franchises de s’intéresser à lui et accélérer le processus. «À 20 ans, il faut foncer. Moins tu réfléchis, mieux c’est, nous disait Clint Capela ce printemps. J’espère qu’il a conscience qu’il est déjà un joueur incroyable, qu’il est là où il doit être. Il doit penser qu’aucun joueur de cette draft n’est meilleur que lui. J’espère qu’il aura cette mentalité.»
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Dix ans jour pour jour après le pivot genevois et dix-huit ans après le Vaudois Thabo Sefolosha, Kyshawn George est le troisième Suisse à s’ouvrir les portes de la NBA. «Quand je le présentais aux autres lorsqu’il était enfant, que je disais que c’était mon petit-fils et qu’il jouait au basket, il s’énervait et criait qu’il n’était pas petit.» Aujourd’hui annoncé à 2,03 m, le Chablaisien n’a, paraît-il, pas encore fini de grandir. Dans tous les sens du terme.
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