Passer au contenu principal

L’horlogerie en difficultéDubois Dépraz, figure d’un monde horloger qui encaisse la crise

Pierre Dubois, son patron, espère que le redressement des exportations horlogères, après la chute des premiers mois, se poursuive. La solidité financière de l’entreprise et les RHT lui offrent une marge de manœuvre.

Le Lieu, le 18 octobre 2016.
Pierre Dubois, directeur général de l’entreprise de sous-traitance horlogère Dubois Dépraz.
Le Lieu, le 18 octobre 2016.
Maxime Schmid/LMD

Forte de 340 collaborateurs, dont 300 à la vallée de Joux, la société de sous-traitance horlogère Dubois Dépraz n’échappe pas à la crise provoquée par le coronavirus. La mécanique bien huilée de sa croissance, ces dernières années, s’est soudainement enrayée, dans le sillage des exportations de ses grands clients, toutes des marques prestigieuses du Swiss made. Mais son directeur général, Pierre Dubois, ne tire pas la sonnette d’alarme. Après une année 2019 record, son entreprise familiale indépendante est solide financièrement et le soutien des prestations de l’assurance chômage, avec les réductions d’horaire de travail (RHT), doit lui permettre de passer le cap.

Tel est le message qu’il délivre aujourd’hui, mais sans l’assurance du patron qui parle de la qualité de ses produits. Ce qui fait tanguer ses certitudes, ce n’est pas seulement la seconde vague de la pandémie – pour lui la crise sanitaire sera résolue avec l’arrivée d’un traitement – mais plutôt, sur le plan économique, le jeu dangereux que se livrent États-Unis, Hong Kong et Chine. Guerre commerciale et contentieux politique se jouent dans un tunnel dont on ne voit pas le bout. Sans oublier l’élection américaine de tous les dangers. Or, rappelle-t-il, ils représentent les trois principaux marchés des exportations horlogères suisses!

Records en Chine

La valeur des achats enregistrée en Chine, désormais marché principal dans le monde du secteur alors qu’il était encore troisième fin 2019, a surpassé fin août le résultat atteint l’an dernier à la même période. La hausse était de 45% sur ce seul mois. Et même depuis le début de l’année, ce marché progresse de 1,6% par rapport à 2019. Il ne s’agit pas d’une croissance miraculeuse: si les montants bondissent pour le troisième mois d’affilée, c’est en raison du rapatriement d’une grande partie des achats effectués auparavant à l’étranger par les voyageurs chinois. Dès lors, Hong Kong, ex-numéro un, est en chute libre, de -48% depuis le début d’année (encore -16,4% en août). Quant aux États-Unis, qui restent le second marché d’exportation, il a chuté de plus de 24% en valeur entre janvier et août, mais «seulement» de 4% en août.

«On est gentiment en train de se rapprocher d’une certaine normalité»

Pierre Dubois, directeur général de Dubois Dépraz

Sur l’ensemble du marché mondial, la baisse des exportations suisses s’est ralentie à -12% en août par rapport à 2019 (1,3 milliard de francs sur ce mois). Pierre Dubois y voit un signe encourageant confirmant que le choc initial se résorbe peu à peu, même s’il faut rester prudent: «On est gentiment en train de se rapprocher d’une certaine normalité.» Son entreprise, dit-il, est en ligne avec les chiffres du secteur. La baisse globale des exportations, de plus de 30% enregistrée jusqu’à maintenant en 2020, pourrait s’amoindrir à -25% sur toute l’année, ce qui correspond à peu près à la baisse de chiffre d’affaires prévue chez Dubois Dépraz. Tout en précisant que «les entreprises horlogères n’évoluent pas toutes à la même vitesse. Des marques ont moins souffert que d’autres, le recul des ventes se situant probablement dans une fourchette entre 15% et 40%.»

Après les mesures de confinement dictées par le Conseil fédéral, mi-mars, les quatre sites de la société vaudoise – deux au Lieu, un aux Charbonnières et un à Arch (BE) – sont restés fermés complètement durant six semaines. La reprise du travail s’est faite grosso modo en deux équipes. Les mesures de RHT ont été dégressives jusqu’en septembre où le rattrapage des commandes a nécessité un effectif complet. Mais en octobre, indique le directeur général, il a fallu réintroduire les RHT, le travail se limitant à près de 90%. «Sur l’ensemble de l’année, la moyenne des réductions d’horaire devrait correspondre plus ou moins à la baisse du chiffre d’affaires, en tenant compte du fait que, pour bénéficier des indemnités, nous avons dû nous séparer des employés temporaires.»

23 places de travail perdues

Ainsi Dubois Dépraz a perdu à ce jour 23 postes de travail durant la crise, relève Pierre Dubois. Actuellement, assure-t-il, il n’y a aucun plan de réduction d’effectifs, même s’il ne s’engage pas pour les prochains mois. «Nous avons un assez bon volume de travail jusqu’à la fin de l’année, dit-il. Mais le début de l’an prochain manque de consistance. Nous recevons pas mal de demandes d’offres. C’est déjà bon signe. Mais entre l’offre et la commande, il y a un certain délai. De même entre la commande et la livraison. On ne mesurera donc pas l’impact avant mars ou avril 2021.» Comme sous-traitant, il craint toutefois une forte pression sur les prix, même si ça repart, car certains concurrents pourraient être tentés de prendre des parts de marché. «C’est la règle en période de crise», admet-il.

L’entreprise de la Vallée, qui a un peu ralenti ses investissements – 3 à 4 millions cette année contre 5 en 2019 – compte aussi sur ses nouveautés pour rallier ses clients. Elle en a une cinquantaine dans les secteurs du moyen et haut de gamme horloger, mais elle réalise près de 90% de son chiffre d’affaires avec une dizaine d’entre eux. Pierre Dubois voit cette crise comme un accident. «Il y a des dégâts, mais cela se répare.» Même si son entreprise de sous-traitance est presque exclusivement active dans le secteur de l’horlogerie, il n’envisage pas pour l’heure de changer d’orientation par une importante diversification.