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Jouer avec les mots«D’une pierre 4 coups» invite à voyager dans le langage

Pourquoi fait-il un froid de canard chez les Romands, de chien chez les Tessinois et de Sibérie dans les Grisons? Explications.

«Quand quelque chose ne nous regarde pas, je parle de choux («Non sono cavoli nostri»); les conseillers fédéraux Berset et Parmelin évoquent les oignons («C’est pas nos oignons»); quant aux conseillères fédérales Amherd, Keller-Sutter et Sommaruga et au conseiller fédéral Maurer, ils mêlent la bière au débat («Das ist nicht unser Bier»)», observe en préface le conseiller fédéral Ignazio Cassis. De conclure: «Se comprendre requiert ainsi une bonne dose de curiosité et un «pizzico d’amore» pour les autres langues». Dans le passionnant et quadrilingue «D’une pierre 4 coups», les expressions des quatre langues officielles se décortiquent avec un humour constant. La plupart du temps, les gags foisonnent même avec profusion dans cette comparaison des usages.

Marine Borel, auteur de la partie francophone du livre, le conseiller fédéral Cassis et Nicole Bandion lors de la présentation de «D’une pierre 4 coups».
Marine Borel, auteur de la partie francophone du livre, le conseiller fédéral Cassis et Nicole Bandion lors de la présentation de «D’une pierre 4 coups».
QUADRILINGUES / DR

Nicole Bandion a l’idée de ce concept en 2018, alors que la Valaisanne polyglotte sillonne la Suisse de Zurich à Lugano pour mener dans les écoles la «Settimana della Svizzera italiana», une manifestation qui vise à célébrer la diversité culturelle. Pour didactique, l’entreprise prend souvent un tour cocasse, la linguiste et son équipe – Marine Borel pour la supervision de la partie française –, ne se contentant pas de comparer les variations «maraîchères» d’expressions, elle y associe d’ailleurs des dessinateurs locaux à l’esprit farceur, Kati Rickenbach, Pia Valär, Wazem, Ivan Art.

Le dessinateur Ivan Art face à la complexité d’illustrer l’expression «Il n’y a pas un chat»… pas un chien en italien, pas un cochon en allemand!
Le dessinateur Ivan Art face à la complexité d’illustrer l’expression «Il n’y a pas un chat»… pas un chien en italien, pas un cochon en allemand!
DR / IVAN ART

Cette atmosphère ludique s’explique au fond par la souplesse de la langue – et les usages grivois ne manquent pas dans cet ouvrage. Mais la versatilité se matérialise dans tous les domaines avec une fantaisie souveraine. Les auteurs recrutés dans toute la Suisse remarquent d’ailleurs que «les traducteurs automatiques ne touchent plus le puck».

Tomber dans les pommes… l’expression vient-elle de l’ancien verbe «se pâmer» ou du 19e s., quand on parlait d’«être dans les pommes cuites» pour désigner la fatigue?
Tomber dans les pommes… l’expression vient-elle de l’ancien verbe «se pâmer» ou du 19e s., quand on parlait d’«être dans les pommes cuites» pour désigner la fatigue?
CARO / DR

Et d’aligner des expressions courantes propres à désarçonner: «Tomber dans les pommes» vient-il du verbe ancien «se pâmer» ou de la métaphore usitée au XIXe siècle, «Être dans les pommes cuites» signifiant «être fatigué»? Comme le remarque le Dr Mathias Picenoni, de l’Université de Fribourg, aucun programme informatique ne peut mouliner «l’invention spontanée des locuteurs et locutrices».

«À l’origine, la formule «Il n’y a pas un chat», évoquait la chatte, soit le sexe féminin.»

Nicole Bandion, linguiste

Ainsi de l’expression «Il n’y a pas un chat». Son sens actuel est déjà dérivé: «Il n’y a personne». Mais à l’origine, note Nicole Bandion, la formule évoquait la chatte, soit le sexe féminin. Au XVIIIe siècle, les mufles arrivant dans une pièce où aucune créature ne les séduisait, déclaraient: «Pas un chat». Inutile de couper les moustaches en quatre pour approfondir un autre mystère: en italien, l’expression parle de chien, en allemand, de cochon. Plus d’une cinquantaine d’expressions sont ainsi décryptées, pour ne plus jamais avouer n’y «comprendre que dalle».

Parfait contrepoint à ce savoureux exercice, une plongée dans le récent «Dico romand» (Éd. Favre), qui associe Henry Suter, un physicien genevois employé au CERN passionné par le patois romand du val d’Aoste à la Savoie, et Mathieu Daudelin, un Québécois venu étudier à l’ECAL. Comme la démonstration que la langue ne connaît pas de frontières.

«D’une pierre 4 coups – Expressions idiomatiques comparées dans les 4 langues nationales», dirigé par Nicole Bandion, Ed. SalvioniEdizioni, 278 p.

www.quadrilingues.ch

1 commentaire
    P. Milraux

    Heureusement qu'un livre vient de paraître sur le sujet de donner des noms d'animaux pour décrire les choses, ceci va être interdit dans ces prochains années car portant préjudice au respect dû pour tout animal.

    Souvent, c'est pour dire des choses négatives et qui ne sont pas vraies pour l'animal en question.