Eaux minéralesL’eau d’Henniez contient bien des résidus de pesticides
Sur dix marques analysées par la RTS lors d’un test, quatre ont présenté divers résidus: Henniez, San Pellegrino, Swiss Alpina et Valser.

«Avec les filtres, nous étions à 0, donc nous pouvions capter tous ces résidus, mais notre procédé n’était pas conforme. Aujourd’hui, on est en règle, mais notre eau peut contenir d’éventuelles traces de résidus.» Directeur de Nestlé Suisse, Eugenio Simioni ne faisait pas mystère, début février, sur la raison pour laquelle Nestlé Waters avait installé une filtration de son eau minérale naturelle Henniez, jusqu’en 2022. Pour savoir quelles traces de résidus comportent nos eaux minérales, les émissions «ABE» et «On en parle» de la RTS ont fait analyser dix marques commercialisées en Suisse.
Dévoilés entre mardi et mercredi, les résultats montrent que les marques Aproz, Rhäzünser, Denner, Cristallo, Evian et Saskia respectent l’ordonnance fédérale mentionnant que «l’eau minérale naturelle doit se distinguer par sa pureté originelle». Par contre, Valser contient des traces de PFAS, des polluants éternels, tandis que Swiss Alpina et San Pellegrino affichent des résidus de microplastiques.
Enfin, Henniez fait office de mauvais élève de ces eaux «contaminées», les tests ayant révélé des métabolites de deux pesticides, le chlorothalonil et le chloridazone. «Ces résultats nous sont connus et correspondent aux contrôles que nous effectuons», commente Christian Richard, chimiste cantonal vaudois, qui rappelle que l’eau minérale vaudoise reste conforme au droit alimentaire.
Toujours conforme
«L’eau minérale naturelle Henniez peut être consommée sans aucune crainte. Nos produits sont contrôlés par les autorités cantonales, et par nos équipes qualité qui effectuent en moyenne 200 tests par jour», rappelle Nestlé Waters face à ces résultats. La multinationale mentionne que les teneurs mesurées correspondent à «une goutte dans une piscine olympique de 2,5 millions de litres».
Nestlé Waters rappelle aussi que «les avancées scientifiques en matière de tests permettent de détecter, à des niveaux de plus en plus bas, des traces chimiques présentes dans l’environnement». Alors que l’utilisation du chlorothalonil, considéré comme potentiellement cancérigène, a été interdite par la Confédération en 2019, un seuil de tolérance de 0,1 µg/l (microgramme par litre, soit un millionième de gramme par litre) a été fixé.

Aussi au village
Outre l’eau minérale, les équipes d’«On en parle» sur RTS La Première ont également effectué des prélèvements dans l’eau du robinet de la commune d’Henniez. Il en ressort que les quatre mêmes métabolites de chlorothalonil et de chloridazone ont été mesurés, mais dans des quantités supérieures.
«Ces valeurs n’ont pas été fixées par rapport à la toxicologie, mais par principe de précaution, selon les limites de détection. Elles sont donc très protectrices et il n’y a pas de risque à consommer cette eau», précisait Patrick Eder, chimiste cantonal genevois, dans le reportage. La commune broyarde, qui se base sur deux études indépendantes, a répondu de son côté que son eau est conforme.
Tout cela pourrait toutefois prochainement changer. Producteur du chlorothalonil, Syngenta avait fait recours contre l’interdiction et la dangerosité décidée par la Confédération. Durant la procédure, l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) ne pouvait pas revoir ses prescriptions sur la question. Le Tribunal fédéral ayant tranché contre Syngenta, les instances cantonales imaginent un changement avec une limite désormais fixée à 0,1 µg/l pour tous les métabolites d’un pesticide. «Nous sommes dans l’attente des directives de l’OSAV», confirme Christian Richard.
Connexion ou filtration
Comme chez plusieurs distributeurs d’eau potable du plateau suisse affichant des résidus actuellement conformes, la Commune d’Henniez devra probablement trouver des solutions pour passer sous le seuil. Cela peut être des connexions de réseaux permettant un mélange des eaux ou le traitement des micropolluants, notamment par le biais de filtration au charbon actif. Soit le système que Nestlé Waters avait mis en place. Mais une eau de source doit être exempte de substances générées par l’activité humaine.
«Nous prenons la protection des sources très au sérieux, mais des traces de pesticides provenant de pratiques agricoles et industrielles historiques peuvent persister dans un environnement plus large», note la multinationale suisse, qui rappelle ses programmes ECO-Broye et AgrEauConseil. Reste à savoir combien d’années seront nécessaires pour éliminer totalement les résidus de chlorothalonil dans les eaux souterraines. «L’OFCO (ndlr: Office de la consommation) n’a ni les éléments ni les compétences lui permettant de l’estimer», conclut le chimiste cantonal vaudois.
Vous avez trouvé une erreur?Merci de nous la signaler.




















