En 2015, une banque privée sur dix a péri

Gestion de fortune A l’occasion de son bilan des banques privées, KPMG réitère sa prévision: près du tiers d’entre elles sont vouées à disparaître sous peu.

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L’écrémage à l’œuvre dans la banque de gestion privée suisse va encore s’accélérer. En dix ans, les établissements de «private banking» helvétiques sont déjà passés de 181 instituts en 2005 à 117 en juillet dernier, soit une perte de plus d’un sur trois. Quelque 10% des banques privées du pays n’ont pas survécu à 2015.

KPMG, qui présentait ce jeudi son étude annuelle sur la branche, a reconduit sa prédiction lancée l’an passé: 30% des banques de gestion de fortune suisse disparaîtront ces prochaines années.

Environnement difficile

Que se passe-t-il? En fait, on assiste à la vérification du fameux dicton de Warren Buffett. Le fameux investisseur américain multimilliardaire avait une fois lâché que «c’est quand la mer se retire qu’on voit qui se baigne nu».

En l’occurrence, le reflux de la mer dont il est question dans la branche est dû à des conditions de marché difficiles. Les taux d’intérêt sont bas, le marché des devises est exigeant, et la Bourse peu porteuse. Sans parler de la fin du secret bancaire suisse et globalement de nouveaux standards de transparence fiscale.

A cela s’ajoute la situation politico-économique actuelle qui incite plutôt à thésauriser qu’à investir. Du coup, les clients bancaires détiennent une part toujours plus importante de leur fortune sous forme de liquidités dans leur banque. Adieu, alors, commissions de courtage et autres recettes perçues dès que la clientèle achète des produits financiers.

Voici pour la mer. Quant aux baigneurs, il faut savoir que les deux tiers des 87 établissements étudiés par KPMG (ndlr: hors Credit Suisse, UBS, Pictet, Lombard Odier, Mirabaud et Credit Agricole Suisse) sont contrôlés par des étrangers. Ces établissements «reflètent encore pour beaucoup, dans leur organisation et leur savoir-faire, la situation prévalant avant la fin de l’argent gris, où tout le monde voulait créer sa banque en Suisse, et où il n’était pas nécessaire de faire un grand effort pour recevoir de l’argent à gérer», a expliqué Christian Hintermann, responsable de l’étude du côté de KPMG.

La situation a changé. Et ce qui compte avant tout, «c’est que les banques privées soient focalisées et conséquentes par rapport à la clientèle qu’elles veulent servir», a pour sa part ajouté Philipp Rickert, responsable des services financiers auprès de KPMG.

La vague arrive sur Genève

Dès lors, le fameux argument de la taille critique en termes de masse sous gestion n’est pas vraiment pertinent. Christian Hintermann a souligné à ce propos que «les banques performantes sont aussi celles avec moins de 10 milliards de francs sous gestion».

Quoi qu’il en soit, pour Philipp Rickert, un certain nombre d’établissements «ont manqué le moment où ils pouvaient se vendre encore à un bon prix et ne vont pas survivre». Surtout dans un contexte où les établissements étudiés n’ont pas réussi à gagner de nouveaux clients. L’afflux net d’argent frais à gérer n’a pas augmenté en une année. Il baisse maintenant auprès des établissements romands, principalement basés à Genève, alors qu’ils sont autrement plus performants que les Zurichois. «Genève est maintenant touché par la vague de régularisation, de France et d’Amérique du Sud, alors que Zurich l’a été bien avant avec l’Allemagne», selon Christian Hintermann.

Créé: 25.08.2016, 21h00

Manque d’équité

Le consultant KPMG évalue l’état des forces des banques privées suisses au moment où ces dernières se trouvent de plus en plus confrontées à une concurrence, peu équitable, d’établissements américains.

«Les Etats-Unis sont la nouvelle Suisse.» Ce propos récent de l’avocat genevois David Wilson, associé de l’étude Schellenberg & Wittmer, s’inspire d’une réalité: la patrie d’Abraham Lincoln n’est pas astreinte à l’échange automatique de renseignements en matière fiscale (EAR). Le Congrès ne s’est en effet pas prononcé sur la ratification de cet accord.

Du coup des sociétés, dans le Nevada, le Delaware ou le Dakota du Sud, attirent les fortunes de «non-US persons» – les non-contribuables aux Etats-Unis – afin qu’elles puissent échapper aux appétits de leur propre fisc.

L’ex-secret bancaire helvétique semble donc avoir franchi l’Atlantique. «Il existe des inégalités dans la réciprocité des obligations sur l’EAR», déplore l’Association suisse des banquiers. P.RK

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