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A 50 ans, le WEF 2020 voudrait se réinventer

Les organisateurs du «World Economic Forum» (WEF) cherchent à gommer l'image d'un «club des riches» pour cette 50e édition qui débute mardi matin.

L'édition 2020 s'ouvre officiellement mardi matin.

Ne plus être seulement un «speed dating» ou un «grand cirque» de la mondialisation mais se muer en centre de propositions sur l'avenir de la planète: le forum de Davos, quinquagénaire, veut se réinventer, mais le peut-il seulement?

Les organisateurs du «World Economic Forum» (WEF) cherchent à gommer l'image d'un «club des riches» convergeant en janvier en jet privé vers la douillette station de ski des Grisons.

Pour l'édition 2020, la cinquantième, qui s'ouvre officiellement mardi matin, ils invitent, outre de jeunes activistes comme Greta Thunberg, l'un des initiateurs du mouvement «Occupy Wall Street», Micah White.

Sur internet, l'Américain explique que sa participation «sera certainement suicidaire pour (sa) réputation» mais plaide pour une «difficile alliance» entre activistes et élite.

«speed dating»

Depuis l'organisation en 1971 à Davos par l'économiste allemand Klaus Schwab d'un austère «Symposium européen de management», la population mondiale est passée de 3,7 à 7,7 milliards de personnes, dont plus de la moitié utilisent internet.

La planète se réchauffe, la part de la Chine dans le PIB mondial a au moins quintuplé, la guerre froide a pris fin sans que n'émerge un nouvel ordre mondial. «À partir de 1989, on a été incapable de qualifier le monde d'après», pour citer l'historien Pierre Grosser.

Le «symposium» est devenu «une sorte de speed dating» de responsables politiques et économiques, décrit pour l'AFP Pierre Moscovici, ancien ministre français puis commissaire européen.

Patrons, princes, présidents

La semaine prochaine, Klaus Schwab, 81 ans, accueillera le président américain, la chancelière allemande, la présidente de la Commission européenne, les patrons de Microsoft, Google, Total, BlackRock...

Il en coûte entre 59'000 francs et 590'000 aux acteurs économiques pour être membre ou partenaire du «World Economic Forum», géré par une organisation privée de droit suisse, ce qui donne le droit d'aller à Davos. A moins d'être invité gracieusement par les organisateurs.

Sur les trottoirs verglacés se sont pressés Nelson Mandela, Shimon Perez, Yasser Arafat, Bill Clinton, des présidents, des princes et des dignitaires religieux. Et des stars: en 2005, Sharon Stone y a collecté près d'un million de dollars en quelques minutes pour une oeuvre humanitaire.

Mais le «Davos Man» par excellence - malgré la fréquentation de femmes comme Christine Lagarde, patronne de la BCE, les «Davos Women» sont minoritaires - reste le grand patron.

Celui qui, pour quelques jours, tombe la cravate et, entre deux rendez-vous d'affaires, débat de l'«empowerment» ou de la «sustainability», ces concepts positifs et vagues dont Davos raffole.

Carlos Ghosn, «Davos Man» par excellence

Carlos Ghosn, polyglotte aux trois passeports sillonnant le monde dans son jet, a été un «Davos Man» très assidu, jusqu'à son arrestation au Japon puis sa fuite rocambolesque au Liban.

Il serait caricatural de voir dans la chute de l'ancien patron de Renault et Nissan un mauvais augure, mais la question de la pertinence de Davos est posée chaque année.

Mohamed El-Erian, ancien patron du puissant fonds Pimco, a appelé à «repenser» l'événement afin que les participants ne s'y rendent plus seulement «pour voir et être vus», mais pour des débats de fond.

Klaus Schwab, auquel tous les habitués de Davos reconnaissent un entregent phénoménal, a mis depuis quelques années déjà à l'agenda le climat et les inégalités, invitant des activistes et des ONG, avec une volonté «sincère» d'enrichir le débat, selon Pierre Moscovici.

Alors que sa succession reste incertaine, il veut faire de son Forum un centre d'expertise incontournable et a déjà entrepris d'essaimer sur d'autres continents. Mais la devise officielle du WEF - «Voué à l'amélioration du monde» - hérisse toujours les pionniers du mouvement altermondialiste, qui avaient lancé en 2001 à Porto Alegre un «contre-Davos», le Forum social mondial, en perte de vitesse depuis.

«Grand cirque»

«Si j'allais à Davos, ce serait derrière les cordons de police» pour manifester, pas comme invité de ce «grand cirque», assène Maxime Combes, de l'ONG Attac. Pour le Français, la «clairvoyance» de Davos «ne se traduit pas du tout en changement des comportements».

Autre choix pour Winnie Byanyima, ancienne directrice exécutive de l'ONG Oxfam, qui produit chaque année un rapport très suivi sur les inégalités, et qui représente aujourd'hui l'Onusida.

Venue pour la première fois à Davos en 1996, l'Ougandaise avait été «frappée» alors de voir «des salles remplies d'hommes blancs d'un certain âge. Cela a changé dans une certaine mesure», mais pas assez selon elle.

«Partenaires qui s'ignorent»

«C'est exactement l'endroit où il faut aller se confronter à l'élite mondiale», déclare à l'AFP Winnie Byanyima. «Convertir les gens, ce n'est pas mon affaire mais en tant qu'activiste je dois réclamer le pouvoir pour ceux qui n'en ont pas. Je ne suis ni naïve ni cynique.»

Cet étrange défilé à Davos d'opposants au libéralisme devant la fine fleur du capitalisme, Emmanuel Carrère l'a particulièrement bien cerné.

Dans un récit publié en 2016, l'écrivain français raconte quatre jours passés au milieu des puissants, avec causticité et aussi une certaine candeur: «Une des forces du Forum, nous l'écrivons sans ironie, est de souhaiter entendre ses adversaires, leur accorder un espace et réfléchir avec eux. Le problème, c'est que du coup il estime n'avoir pas d'adversaires, ou que les adversaires sont des partenaires qui s'ignorent.»

(AFP)

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