Coup de chaleur sur le marché du gaz naturel

GaznatLes recettes de la société qui approvisionne toute la Suisse occidentale ont chuté de 11% à cause de la météo

Le président, Philippe Petitpierre (à g.), et le directeur de Gaznat, René Bautz.

Le président, Philippe Petitpierre (à g.), et le directeur de Gaznat, René Bautz. Image: DR

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Les consommateurs de gaz naturel craignaient les effets de la guerre civile en Ukraine sur les livraisons en Europe. Non seulement il n’en était rien l’an dernier, mais en plus le marché a été bouleversé par deux éléments d’une toute autre nature: la chute des prix du pétrole, qui s’est répercutée sur ceux du gaz, ainsi que la météo, si clémente que 2014 se présente comme l’année la plus chaude depuis le début des mesures en 1864.

Les résultats de Gaznat, la société qui approvisionne la Suisse occidentale, en sont le fidèle reflet. Les quantités de gaz naturel qu’elle a vendues ont chuté de 15,7% par rapport à 2013, totalisant 9009,8 GWh, a indiqué hier l’entreprise basée à Vevey. Or, estime celle-ci, si on gomme ce facteur de coup de chaleur, la consommation était pratiquement identique à 2013.

Presque tout pour le poêle

Le directeur général, René Bautz, précise que près de 95% de la distribution de gaz naturel est destinée au chauffage. La production d’électricité par cette source d’énergie a, elle, fortement diminué à cause de la baisse des tarifs du KWh. Quant au carburant de véhicules, il représente encore moins de 1%.

«Mais on aimerait augmenter cette part, remarque le directeur. Car le gaz naturel pourrait jouer un rôle important dans la baisse du CO2 et des particules.» La réduction les émissions de CO2 est d’environ 25% en comparaison de l’essence. René Bautz rappelle qu’en Suisse, le gaz naturel contient actuellement 20% de biogaz (aux propriétés identiques).

La baisse du chiffre d’affaires qui résulte de la diminution des ventes d’énergie en 2014 atteint ainsi 19% (à 525 millions de francs)! Malgré cela, Gaznat a enregistré un bond du bénéfice net de 28%, soit 11,8 millions, qui s’explique par la force du franc pour les importations, ainsi que par la sensible baisse des coûts d’achat des produits pétroliers.

Afin de se positionner dans le scénario de transition énergétique, d’ici à 2050, Gaznat (qui appartient à 37,5% aux Services industriels de Genève et 27% à la Commune de Lausanne) aimerait que le Conseil fédéral mise sur le développement de la cogénération et du couplage chaleur-force qui produisent chaleur et électricité. De telles installations peuvent remplacer les chaudières dans les immeubles.

Facile à stocker

Alors que le processus de libéralisation du marché du gaz est en marche, ce qui entraîne une plus grande volatilité des prix, Gaznat veut pousser les décideurs à reconnaître les avantages du gaz naturel dans l’exploitation des ressources. En particulier ses capacités importantes de stockage, qui permettent d’activer des installations de production électrique lors des pics de consommation ou dans les périodes de faible production des énergies renouvelables (solaire et éolien). La société est ainsi engagée sur des projets de stockage du gaz dans des cavernes de granit dans les Alpes, notamment valaisannes. A noter que pour l’heure, ses réserves sont stockées en sous-sol en France voisine.

Une nouvelle guerre froide énergétique

Président de Gaznat, Philippe Petitpierre n’en démord pas. Le marché mondial de l’énergie est en train de basculer et l’Europe, donc la Suisse, pourrait être la victime de la nouvelle guerre froide énergétique qui oppose les Etats-Unis et la Russie. Il relève que les premiers sont désormais premiers producteurs mondiaux de pétrole brut et en passe de l’être pour le gaz, grâce aux schistes.

«Nous assistons à des manœuvres à enjeux commerciaux et stratégiques majeurs des grands Etats pour maintenir leur suprématie. Comme nous l’avons déjà démontré, et ainsi que plusieurs analystes l’ont relevé, les Etats-Unis cherchent à utiliser leurs atouts que sont le gaz de schistes et le charbon bon marché pour au final accroître leur influence au détriment de l’Europe», affirmait hier Philippe Petitpierre lors de l’assemblée générale de Gaznat.

Bien que les livraisons russes, inscrites dans des contrats à long terme, soient garanties, le fournisseur romand a des craintes pour l’indépendance énergétique à long terme de l’Europe. Le président n’hésite pas à parler de «grande manipulation» au sujet de la crise ukrainienne. Pour lui, il est impératif de tout mettre en œuvre pour accroître le rôle de la filière gaz dans la phase de transition énergétique «dont nous pensons qu’elle durera encore plusieurs dizaines d’années».

Il en appelle notamment aux cantons pour donner leur feu vert au gisement lacustre de Noville, qui donne toutes les garanties de sécurité, selon lui, et qui pourrait représenter un volume de gaz naturel pour alimenter la Suisse entière jusqu’à une durée de vingt-cinq ans. (24 heures)

Créé: 13.06.2015, 09h50

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