«Credit Suisse court des risques»

InterviewProfesseur de droit à l'Université de Genève et spécialiste en gouvernance, Henry Peter déplore ce qui semble un manque d’anticipation dans la com de la deuxième banque du pays.

Henry Peter, professeur de droit à l’Université de Genève et expert en gouvernance d’entreprise.

Henry Peter, professeur de droit à l’Université de Genève et expert en gouvernance d’entreprise. Image: DR

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Des soupçons, de plus en plus difficiles à assumer, pèsent sur Credit Suisse. En décembre, il s’agissait d’ex-collaborateurs pris en filature. Dimanche dernier, nouvelle révélation dans l’hebdomadaire alémanique «SonntagsZeitung»: des agents de la deuxième banque du pays se seraient infiltrés dans le système informatique de Greenpeace. Dans ce contexte, le conseil d’administration devrait se réunir mardi. Henry Peter, professeur de droit à l’Université de Genève et expert en gouvernance d’entreprise, s’interroge déjà: «Du fait de ses maladresses en matière de communication, il est à craindre que Credit Suisse coure de véritables risques réputationnels.» Entretien.

Lundi matin, vous indiquez sur RSR 1 que l’hebdomadaire alémanique «SonntagsZeitung» rapportait dimanche des faits qui pourraient se révéler pénalement relevants au sujet de Credit Suisse. Qu’entendez-vous par là?

Encore faut-il que les faits rapportés soient effectivement avérés. Ce n’est pas encore le cas. Sous cette réserve, je rappelais que les opérations d’infiltration dans des systèmes informatiques, ou de hacking, ne sont pas en soi autorisées. À ce titre, l’article 143 bis du Code pénal suisse apparaît comme la disposition pertinente. Celle-ci condamne, depuis 1997, quiconque s’introduit sans droit, au moyen d’un dispositif de transmission de données, dans un système informatique appartenant à autrui. Sur plainte, il peut être puni jusqu’à 3 ans de prison ou d’une peine pécuniaire. De tels actes, s’ils sont confirmés, peuvent aussi être attaqués sur le plan civil, au regard des dommages qu’ils causent.

À vos yeux le comble, si les faits sont réalisés, ce serait que Credit Suisse invoque l’état de nécessité pour justifier son comportement. Cette exception permet de légitimer une action qui serait en principe punie par la loi. Que voulez-vous dire par là?

C’est évidemment une boutade. Il serait en effet cocasse que Credit Suisse recoure en sa faveur à l’argument que douze activistes écolos ont eux-mêmes utilisé contre cette banque le mois dernier, auprès du Tribunal de première instance, à Lausanne. Ils ont ainsi obtenu l’acquittement après une partie de tennis commise en novembre 2018, dans des locaux de Credit Suisse.

Plus sérieusement. Estimez-vous que Credit Suisse a failli ces derniers temps en termes de bonne gouvernance?

Nous avons eu connaissance ces derniers mois d’une série de problèmes à l’interne, concernant quelques-uns des cadres les plus importants de l’entreprise. Maintenant les nouveaux problèmes de la deuxième banque du pays s’étendent au-delà du cercle de ses propres responsables. Ils touchent en plus une organisation à vocation écologiste, au moment où les questions d’environnement deviennent très sensibles.

Certes. Mais, dans tout cela, où résident les manquements de Credit Suisse en matière de bonne gouvernance?

Des accidents isolés sont toujours possibles. Mais, en l’occurrence, des incidents délicats s’accumulent dans le cadre de cette grande banque. Au-delà des aspects juridiques ou de licéité, l’accumulation et la répétition de soupçons en viennent justement à créer de véritables risques réputationnels. Or la maîtrise de ceux-ci joue un rôle déterminant dans les perspectives de la bonne gouvernance de toute société.

D’autres faiblesses dans la crédibilité de Credit Suisse?

Des maladresses, certes. Celles-ci résident notamment dans ce qui semble être une relative absence d’anticipation dans la communication. Celle-ci devrait pourtant être prioritaire en présence d’événements d’importance significative et ayant tendance à se répéter.

Les médias laissent souvent penser que des têtes doivent tomber. Celle du président du directoire, Tidjane Thiam, ou celle du président du conseil d’administration, Urs Rohner. Voire les deux! Est-ce un prix à payer pour servir la cause de la bonne gouvernance?

Cette évaluation, puis la décision qui en découle, appartiennent au conseil d’administration. Elles s’avèrent, à ce stade, probablement aussi urgentes que délicates.

Créé: 03.02.2020, 15h45

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