Des légumes sonnent à votre porte

AlimentationLes «paniers de légumes» livrés directement à domicile se multiplient en Suisse romande.

Depuis dix ans, Denis Pache écoule ses produits directement vers le consommateur.

Depuis dix ans, Denis Pache écoule ses produits directement vers le consommateur. Image: DOMINIC FAVRE

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Ne les cherchez plus! Ce n’est pas dans les grandes surfaces que vous trouverez des cardons épineux cet automne. Mais dans les paniers des frères Pache, propriétaires de la ferme du Taulard sur les hauts de Lausanne. Depuis dix ans, Denis et Samuel tablent sur un mode de distribution alternatif: la livraison régulière de fruits et légumes par paniers, directement auprès du consommateur.

En Suisse romande, ce modèle remporte un franc succès. Grâce à l’initiative de paysans et d’environ 80 coopératives et associations, entre 7000 et 10 000 Romands reçoivent régulièrement leurs paniers.

S’ils n’ont pas opté pour le bio, les frères Pache privilégient la diversité à la monoculture intensive sur leurs huit hectares de fruits et légumes. 80% de la production passe par la vente directe. Par les marchés à la ferme, les stands en ville de Lausanne et la livraison, chaque semaine, de 140 paniers chez des particuliers.

Partager les risques du maraîcher

«Les modèles historiques d’agriculture contractuelle de proximité (ACP) ont démarré en Suisse romande dans le tournant des années 1980. Avec des coopératives militantes qui désiraient sortir des systèmes marchands traditionnels», explique Julien Vuilleumier, doctorant en anthropologie.

Les Jardins de Cocagne à Genève et la Clef des Champs à Courgenay (JU) étaient de vrais pionniers dans ce domaine. «Les coopérateurs, en proposant à l’avance un financement via l’achat de parts sociales et d’abonnements annuels, partagent les tâches et surtout les risques du maraîcher. Ils s’engagent avec lui à long terme», détaille l’anthropologue.

Un gage de stabilité pour l’agriculteur, qui résout ainsi ses problèmes de liquidité: les investissements – pour les semis, les machines – se voient facilités. Si le mouvement est resté marginal les premières décennies, il a connu une résurgence au début du millénaire. Peut-être à cause des scandales alimentaires qui ont secoué l’Europe.

Des modèles associatifs se sont alors développés, en proposant également un processus intégré, de la culture à la distribution. L’association conclut des contrats, d’une part avec un ou plusieurs exploitants, et d’autre part avec des consommateurs.

La demande pour l’ACP est particulièrement forte à Genève, où dix à quinze initiatives coexistent. Si, durant vingt ans, les candidats aux Jardins de Cocagne devaient patiemment rester sur des listes d’attente, le marché est aujourd’hui saturé. D’où l’émergence d’offres plus flexibles (lire ci-dessous).

A Lausanne, des initiatives locales se multiplient: Les Jardins du Nord, du Flon, d’Ouchy. Christelle Joly copréside Le Jardin Potager et collabore avec l’agriculteur bio Gilles Roch. Elle partage le même constat: «Il nous est devenu difficile de recruter de nouveaux coopérateurs.

Mais, avec en moyenne 400 abonnements, nous sommes rentables. Et, selon nos statuts, nous reversons 1% de notre chiffre d’affaires – soit environ 5000 francs par an – à des projets solidaires ou sous forme de prêts gratuits pour notre agriculteur.»

Moins cher que faire ses courses

A côté de son geste de solidarité, le consommateur de «paniers» peut compter sur de nombreux avantages: un lien personnel avec le producteur, qui remplace le plus exigeant des labels de traçabilité, une réduction des déchets d’emballage et la découverte de nouveaux légumes au fil des saisons.

De nombreuses coopératives incluent d’ailleurs un livre de recettes pour dépanner le citadin, perplexe face à ces topinambours, panais et autres radis noirs.

Un autre gain, plutôt inattendu: des prix plus avantageux que dans la grande distribution. Une enquête menée en septembre 2014 par les émissions A bon entendeur et On en parle l’a révélé: sur onze paniers examinés, quatre se révèlent entre 10% et 30% moins chers que dans le commerce de détail. Et cinq sont même de 30% à 50% moins onéreux.

Christelle Joly explique la bonne performance du Jardin Potager: «Avec un seul poste fixe à 50%, nos charges salariales sont minimes. L’emballage se fait directement à la ferme par nos coopérateurs, qui s’engagent à travail­ler entre trois et quatre demi-jours par an. Ils se chargent notamment de la mise en panier des légumes. Et effectuent divers travaux aux champs: désherbage, récolte etc.»

Des employés du domaine de Gilles Roch se chargent de leur côté du transport vers des points de distribution, soit chez des particuliers, soit dans des commerces. Quant aux frères Pache, ils organisent eux-mêmes le transport avec leurs employés en livrant vers des points de collecte.

Expansion possible du modèle

L’élan militant des années 1980 demeure, avec parfois des résonances politiques. De nombreux coopérateurs s’engagent actuellement pour l’initiative fédérale sur la souveraineté alimentaire lancée par le syndicat paysan Uniterre. Et, en parallèle, un pragmatisme commercial s’est développé, permettant la création d’une véritable filiale supplémentaire de distribution.

«Les attentes des consommateurs ont été prises en compte», commente le chercheur Julien Vuilleumier. Selon lui, une expansion du modèle est encore possible dans certaines régions, même si, proximité oblige, il faut compter sur la collaboration d’un agriculteur local.

Ainsi, le cardon, un légume emblématique à Genève, notamment lors des fêtes de fin d’année, pourra poursuivre sa conquête du pays romand.

Nouveaux acteurs dans ce marché juteux

Signe du succès des «paniers», de nouvelles initiatives veulent convaincre au-delà du cercle des clients «engagés». En offrant une plus grande flexibilité dans l’offre. La Belle Bleue, qui est basée à Neuchâtel mais distribue sur toute la Suisse romande, et Espace Terroir, dans le canton de Genève, permettent de passer commande en ligne, de façon personnalisée en choisissant les légumes et les quantités.

De nouveaux intermédiaires de distribution privés se créent donc. En s’éloignant des projets initiaux de solidarité paysanne. De quoi faire grincer les dents de Denis Pache. «Pour moi, cela ne rentre pas dans l’ACP. Ils trompent le consommateur, car ce ne sont rien de moins que de nouveaux commerçants.» Christelle Joly se montre également sceptique face à des modèles «qui proposent moins de traçabilité et qui, même lorsqu’ils proposent du bio, ne font pas toujours dans la proximité».

Les grands distributeurs ont aussi senti le vent tourner. Leurs dernières campagnes publicitaires vantent la non-discrimination des légumes et la production locale. Leurs plates-formes en ligne proposent maintenant aussi l’envoi de paniers de légumes.

Reste que la «proximité» qu’ils offrent est parfois à prendre au sens large. «En Suisse, une perception forte subsiste: les aliments seraient de proximité et les standards plus élevés que dans l’Union européenne. C’est en partie vrai. Mais cela permet aussi aux grandes surfaces de récupérer ces initiatives à l’origine marginales», résume Julien Vuilleumier.

Le débat entre respect des principes fondateurs et ouverture à de nouveaux clients a également tiraillé la Fédération romande de l’agriculture contractuelle de proximité (FRACP), l’association faîtière du secteur. Celle-ci a décidé d’accepter les producteurs non bio, dans le but de fédérer un plus grand nombre de projets.

Mais tous doivent respecter les principes d’une charte. Si la fédé­ration ne peut compter que sur des moyens limités, elle permet un échange d’expériences entre les initiatives. Et des stands communs pour faire connaître le concept, comme lors du dernier Tour de Romandie. (24 heures)

Créé: 09.09.2015, 18h24

Nouveaux acteurs dans ce marché juteux

Signe du succès des «paniers», de nouvelles initiatives veulent convaincre au-delà du cercle des clients «engagés». En offrant une plus grande flexibilité dans l’offre.

La Belle Bleue, qui est basée à Neuchâtel mais distribue sur toute la Suisse romande, et Espace Terroir, dans le canton de Genève, permettent de passer commande en ligne, de façon personnalisée en choisissant les légumes et les quantités.

De nouveaux intermédiaires de distribution privés se créent donc. En s’éloignant des projets initiaux de solidarité paysanne. De quoi faire grincer les dents de Denis Pache. «Pour moi, cela ne rentre pas dans l’ACP. Ils trompent le consommateur, car ce ne sont rien de moins que de nouveaux commerçants.» Christelle Joly se montre également sceptique face à des modèles «qui proposent moins de traçabilité et qui, même lorsqu’ils proposent du bio, ne font pas toujours dans la proximité».

Les grands distributeurs ont aussi senti le vent tourner. Leurs dernières campagnes publicitaires vantent la non-discrimination des légumes et la production locale. Leurs plates-formes en ligne proposent maintenant aussi l’envoi de paniers de légumes. Reste que la «proximité» qu’ils offrent est parfois à prendre au sens large. «En Suisse, une perception forte subsiste: les aliments seraient de proximité et les standards plus élevés que dans l’Union européenne. C’est en partie vrai. Mais cela permet aussi aux grandes surfaces de récupérer ces initiatives à l’origine marginales», résume Julien Vuilleumier.

Le débat entre respect des principes fondateurs et ouverture à de nouveaux clients a également tiraillé la Fédération romande de l’agriculture contractuelle de proximité (FRACP), l’association faîtière du secteur. Celle-ci a décidé d’accepter les producteurs non bio, dans le but de fédérer un plus grand nombre de projets. Mais tous doivent respecter les principes d’une charte. Si la fédé­ration ne peut compter que sur des moyens limités, elle permet un échange d’expériences entre les initiatives. Et des stands communs pour faire connaître le concept, comme lors du dernier Tour de Romandie.

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