Donald Trump: «Ce n'est pas le moment d'être pessimiste»

DavosLe président américain a défendu le modèle américain et fustigé les «prédicateurs de l’apocalyse». Il avertit le reste du monde: il veut renégocier tous les traités.

Au patron du WEF Klaus Schwab qui évoque l’urgence climatique, le président américain répond croissance économique.

Au patron du WEF Klaus Schwab qui évoque l’urgence climatique, le président américain répond croissance économique.

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«L’Amérique est de retour (America is back) et j’ai eu raison», a dit en substance Donald Trump, à Davos. Mardi, l’homme que les caméras suivent comme une rock-star a joué sur deux tableaux. Le premier était ennuyeux. Alors que la présidente de la Confédération, Simonetta Sommaruga, et le patron du WEF, Klaus Schwab, tenaient des propos graves sur l’avenir de la Terre et du climat, Donald Trump s’est lancé dans un long monologue de chiffres économiques, tous positifs.

En clair, les États-Unis sont les meilleurs, le pays absorbe 25% des investissements internationaux pour le seul premier semestre 2019. «Vous vous rendez compte?» Dans la salle, les économistes sourient. Les chiffres sont certes spectaculaires, mais de là à s’en attribuer tout le mérite… Bref, les États-Unis triomphent. «Le temps du scepticisme est terminé, les entreprises affluent de nouveau aux États-Unis [...]. Le rêve américain est de retour, plus fort que jamais.» Alors qu’il parle, une jeune femme distribue discrètement une feuille, contestant en partie ce bilan.

Discours de campagne

Car visiblement, Donald Trump s’adressait d’abord à ses électeurs. Il est en campagne pour sa réélection. Et sa cible, ce sont les cols-bleus, tous ces ouvriers qui ont perdu leur emploi en raison d’accords commerciaux mal gérés par les administrations précédentes.

Voilà le lien qu’on redoutait dans les milieux économiques. Les États-Unis veulent renégocier tous les traités que le locataire de la Maison-Blanche juge déséquilibrés. Il se fait insistant quand il déclare qu’il ne tolère plus que des usines délocalisent et revendent à bas prix des biens aux ménages américains. Donald Trump en est intimement convaincu. Le modèle «US» est le meilleur car il est fondé sur l’optimisme, la libre entreprise, des baisses d’impôts et une lutte acharnée contre la bureaucratie. Sa réélection empêcherait les «socialistes de détruire son pays». Voilà pour les Américains.

Gaz de schiste: «la» solution

Malin, il n’ignore pas qu’il est à Davos et qu’on l’attend sur le climat, mot qu’il ne prononcera jamais. «Nous devons rejeter les éternels prophètes de malheur et leurs prédictions d’apocalypse.» La phrase est destinée à Greta Thunberg. Et comme s’il voulait flatter l’orgueil de la vieille Europe qu’il sait très inquiète de son inaction sur les questions climatiques, Donald Trump rendra hommage au génie de la Renaissance, au symbole de Notre-Dame de Paris, qui a résisté au feu et qui sera reconstruite avec une plus «grande magnificence».

À ce moment-là du discours, on comprend où il veut en venir. Contrairement au reste du monde, les États-Unis ne remettent pas en doute les bienfaits de la croissance, et encore moins les énergies fossiles. Il cite l’indépendance énergétique retrouvée de son pays grâce au pétrole et au gaz de schiste. Et propose carrément à l’Europe de s’approvisionner en gaz liquéfié made in US. Au passage, il lance une autre pique à tous les prévisionnistes qui avaient prédit la surpopulation mondiale dans les années 60 ou la fin du pétrole au début des années 90.

Un monde des contraires

En clair, l’Amérique de Donald Trump oppose au reste du monde son modèle de développement. Son discours a suscité des réactions, notamment des ONG. Selon la directrice exécutive de Greenpeace, Jennifer Morgan, le président américain «s’est concentré sur le commerce et l’économie», une attitude qui est «une anomalie en ce temps d’urgence climatique. Il a dû échapper au président qu’on ne peut pas faire d’argent sur une planète morte.» Donald Trump aura fait une seule concession. Il a annoncé que les États-Unis se ralliaient à l’initiative du WEF qui vise à planter un milliard d’arbres d’ici à 2030.

Dans le hall central du WEF, tous les écrans traitent du changement climatique. Sur la place de l’église de Davos, de jeunes activistes viennent d’arriver et déploient leurs banderoles, accueillis par deux dames âgées qui leur ont préparé des biscuits et du vin chaud. C’est tout Davos. Un monde des contraires.

Créé: 21.01.2020, 21h19

Simonetta Sommaruga a évité la langue de bois

Le discours courageux de la présidente

Les discours des présidents de la Confédération au WEF sont polis, bien équilibrés mais, avouons-le, rarement percutants. Mais mardi, en ouverture du WEF, la présidente de la Confédération a brisé la langue de bois, avec des mots forts: «Le monde est en feu. Les conséquences pour les êtres humains et la nature sont désastreuses», a-t-elle lancé devant les participants, en référence notamment aux récents incendies en Amazonie et en Australie. «Nous ne pouvons nous tenir de côté et regarder.» Lorsque les intérêts économiques sont placés au-dessus de la nature», l’effet sur l’économie elle-même est négatif. Pour soutenir son message, elle a diffusé pendant deux petites minutes un film montrant l’agonie insoutenable des abeilles aspergées de pesticides sur les amandiers. Si les lieux n’étaient pas mentionnés, tout le monde a compris qu’il s’agissait de la Californie.

Le message était on ne plus explicite, quelques minutes avant que le président Donald Trump ne prenne la parole. La conseillère fédérale en charge de l’Environnement a averti en ombre chinoise l’orateur qui devait lui succéder. Certaines «émotions» utilisées pour des raisons politiques l’inquiète. Et de cibler les discours qui divisent, l’esprit «de vengeance». Klaus Schwab, le patron du WEF, s’est livré lui aussi à un plaidoyer «contre le cynisme» et la paralysie face aux enjeux posés par le climat. Ces deux discours resteront des moments forts dans l’histoire de Davos.

Apparemment, le discours courageux de Simonetta Sommaruga n’a pas fâché Donald Trump. À 16 heures, il a rejoint la présidente de la Confédération pour une «bilatérale». En ouverture devant la presse conviée à la rencontre, la présidente semblait plus détendue. Elle a fait sourire l’assistance en expliquant qu’en Suisse la présidence se joue en alternance, dans un respect mutuel des sexes et des langues.

Si la presse n’était pas autorisée à suivre les débats, Donald Trump a précisé qu’il veut un accord commercial avec la Suisse, selon les propos de Simonetta Sommaruga rapportés par l’ATS. Les discussions sont encore exploratoires. Donald Trump a aussi affirmé qu'il considérait que la Suisse avait aidé à la désescalade avec Téhéran. En revanche, les positions sont clairement divergentes sur le climat. La présidente suisse a déploré le retrait américain de l'Accord de Paris. Réponse de Donald Trump: il se dit opposé non pas au climat mais à cet arrangement. Outre Mme Sommaruga, les conseillers fédéraux Guy Parmelin, Ueli Maurer et Ignazio Cassis étaient présents à la rencontre. P.VE.

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