En 15 ans, le nombre de sociétés cotées à Zurich a chuté d’un tiers

Marchés financiersQuelques-unes des plus prestigieuses corbeilles occidentales ne séduisent plus guère les sociétés.

La place boursière de Zurich n’échappe pas au mouvement de baisse du nombre d’entreprises cotées.

La place boursière de Zurich n’échappe pas au mouvement de baisse du nombre d’entreprises cotées. Image: Keystone

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Le cinéma, la télévision, la littérature nous ont souvent offert le spectacle d’agents de change fébriles à la Bourse de Paris et de brokers euphoriques à Wall Street. Ou inversement. Le son de la cloche de la Bourse de New York reste en outre gravé dans les mémoires de tant d’êtres humains ne prêtant pas la moindre attention aux marchés financiers. Les cotations en Bourse perdent cependant beaucoup de leur attractivité. Notamment aux États-Unis et en Europe occidentale. Zurich n’est pas épargnée. Les exigences légales, notamment en matière de transparence, dissuadent de plus en plus les entrepreneurs du XXIe siècle.

Quelques chiffres éloquents. Le nombre de sociétés cotées à la Bourse suisse, SIX Swiss Exchange AG, a diminué d’un tiers au cours des quinze dernières années (voir infographie), selon le World Federation of Exchanges (la Fédération mondiale des Bourses). De 45% à la Bourse d’Allemagne, d’un cinquième au LSE Group (structure réunissant les corbeilles de Londres et Milan) et de 15% à l’Euronext (société néerlandaise exploitant les Bourses d’Amsterdam, Paris, Bruxelles et Lisbonne).

Les firmes américaines tendent elles-mêmes à bouder les deux plus grands marchés financiers du monde: le nombre de sociétés indigènes cotées au New York Stock Exchange et au Nasdaq a reculé de près de 20% entre 2003 et 2018.

Pour sa part, la Bourse suisse ne se fait guère de mouron. «En dépit d’une baisse du nombre de sociétés cotées, nous enregistrons depuis 2012 une hausse quasi constante des recettes induites par les échanges. Le chiffre d’affaires moyen par jour ouvrable s’élève à 5,5 milliards de francs depuis le début de cette année. La Bourse suisse reste une des plus importantes corbeilles d’Europe et même du monde. Six des dix plus grosses firmes du monde lèvent du capital chez nous», se félicite Stephan Meier, porte-parole de SIX Group AG.

Ces faits incontestables nécessitent cependant une approche nuancée. Les entreprises cotées sont tenues de publier leurs résultats, régulièrement et dans le détail. Leur diminution nuit donc à la transparence générale sur la santé des entreprises et les rémunérations de leurs dirigeants. Cette même tendance restreint progressivement les choix d’actions négociables pour les investisseurs.

Impact sur les indices

Réalité particulièrement inquiétante pour les investisseurs institutionnels, à commencer par les caisses de pension, les principaux acheteurs d’actions regroupées dans des indices. Une baisse persistante du nombre de sociétés cotées affecte dès lors la portée réelle des informations fournies par les indices. Tout au moins à l’échelle de l’économie réelle.

Une analyse que confirme Jérôme Schupp, analyste actions chez Prime Partners SA: «Il est toujours intéressant et sain que de nouvelles entreprises, aux activités innovantes et offrant des perspectives de croissance supérieures à la moyenne, viennent se faire coter pour diversifier les indices. C’est très vrai pour la Suisse dont les indices s’avèrent tout de même marqués par un petit nombre de très grandes entreprises, s’illustrant dans des domaines plutôt traditionnels. Comme la santé, la banque, les denrées alimentaires ou les assurances.»

Pourquoi cette érosion?

Mais quels sont les facteurs favorisant une érosion, finalement peu réjouissante, de la diversité sur les Bourses des économies les plus matures? Stephan Meier observe qu’au cours des dix dernières années de nombreuses sociétés ont été décotées après des fusions et des acquisitions. Les cotations sur plusieurs corbeilles ne sont il est vrai plus guère dans l’ère du temps. Une belle année comme celle en cours, avec au moins dix IPO (initial public offerings ou entrées en Bourse) à Zurich, ne compensera donc pas une tendance forte.

«La charge réglementaire, souvent lourde et complexe, imposée aux sociétés cotées y contribue, estime Laurent Godin, analyste chez Indosuez Wealth Management. Les jeunes sociétés pourraient en outre ne pas vouloir divulguer les informations requises pour une cotation et renseigner la concurrence au cours de leur phase de croissance. Les entreprises du secteur technologique souhaitent aussi éviter les IPO en raison de la prépondérance de leurs actifs immatériels (ndlr: brevets, portefeuilles technologiques…). Les investisseurs et les marchés peinent à valoriser de tels éléments.»

Douloureux litige

Pour accéder au capital sans s’endetter auprès des banques, les jeunes entreprises développent donc des alternatives (fonds d’investissement, placements privés…). Le recul du nombre de sociétés cotées concerne donc plusieurs des plus importantes Bourses du monde. Le phénomène aggrave cependant un contexte particulièrement délicat pour SIX Swiss Exchange AG, du fait d’un douloureux litige entre Berne et Bruxelles.

Il porte sur l’équivalence définitive que la Bourse suisse attend pour sa réglementation. En cas d’échec, avec ou sans mesure de rétorsion de la part de la Confédération, il en coûterait probablement fort cher à toute la place financière suisse. Dans la dernière édition du «Global Financial Centres Index», parue le printemps dernier, Zurich est passé du 9e au 16e rang et Genève du 16e au 26e.


Bruxelles prolonge les doutes de la Bourse suisse

Depuis le 21 décembre 2017, une véritable épée de Damoclès pèse sur l’avenir de la Bourse suisse. Le 31 décembre prochain, l’institution perdra l’accès aux investisseurs et intermédiaires financiers du reste de l’Europe. La seule façon d’éviter que le rideau ne tombe ainsi sur 75% de son marché est que la Commission européenne renouvelle d’ici là son «équivalence».

Cette sorte de passeport lui permet de travailler avec les opérateurs européens presque comme si la Suisse était membre de l’Union européenne. Or, à trois mois de l’échéance, la Bourse helvétique ne sait toujours pas à quoi s’en tenir. Venu jeudi à Bruxelles rencontrer des responsables européens, son président Romeo Lacher a dit se préparer à tous les scénarios, y compris le «pire». À savoir un départ des grandes capitalisations préférant se faire coter hors de Suisse.

Mais pourquoi une telle incertitude se prolonge-t-elle? En décembre 2017, au grand déplaisir de Berne, la Commission européenne avait décidé de lier cette «facilité» offerte à la Bourse suisse à la réalisation de «progrès suffisants» en vue d’un accord institutionnel, servant à l’avenir de référence pour les relations entre la Suisse et l’Union européenne dans tous les principaux domaines couverts par les quelque 120 accords sectoriels passés au cours des dernières décennies.

Que des progrès réels aient été accomplis ne fait aucun doute. Mais sont-ils «suffisants»? Après la «pause» de ces derniers mois côté suisse, le Conseil fédéral vient certes d’annoncer vendredi la reprise des négociations. Mais il en faut plus pour permettre au président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, de signer une décision de prolongation de l’équivalence de SIX Swiss Exchange AG avant l’échéance fatidique.

«Comment voulez-vous juridiquement constater les progrès matériellement accomplis mais pas traduits dans un texte?» explique l’avocat Jean Russotto, partenaire chez Steptoe à Bruxelles. L’eurodéputé CDU Elmar Brok rappelle une autre réalité: «L’équivalence ne fait pas partie de la négociation.» Même si elle dépend de son résultat. «Certaines personnes s’interrogent en plus: pourquoi la prolonger si nous n’avons pas de certitude sur l’accord institutionnel?» relève l’élu allemand.

Ce membre influent du Parlement européen ne cesse depuis quelques semaines de faire passer le message que la conclusion d’un accord ne tient désormais plus qu’à un fil. «Il faut avoir le courage de faire le saut», dit-il à l’intention de Berne. L’équivalence est un acte unilatéral de l’Union européenne. Il permet d’ouvrir le marché unique à un pays tiers dans un secteur donné: la Bourse, les assurances, l’audit, la banque, etc. L’inflexibilité de Bruxelles s’explique par le fait que l’équivalence constituera un instrument pour jeter un pont vers le cœur battant de la finance européenne, la City, après le Brexit.
Florence Autret, Bruxelles (24 heures)

Créé: 01.10.2018, 10h38

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