Huawei n’effraie pas les services secrets suisses

Téléphonie mobileLe Service de renseignement de la Confédération relativise les mises en garde des États-Unis contre le groupe chinois.

Washington affirme que la Chine pourrait utiliser la technologie 5G pour se livrer à un espionnage à grande échelle.

Washington affirme que la Chine pourrait utiliser la technologie 5G pour se livrer à un espionnage à grande échelle. Image: REUTERS/RUVIC

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Jusqu’ici, les autorités suisses sont restées d’une discrétion absolue, alors même que la question se pose au niveau international depuis des semaines. Les équipements 5G du leader du marché chinois Huawei présentent-ils des risques? Les États-Unis et ses alliés affirment que la Chine pourrait utiliser la nouvelle infrastructure mobile pour se livrer à un espionnage à grande échelle. Cela n’a pas empêché Sunrise de vouloir coopérer avec Huawei pour la construction de son futur réseau mobile 5G en Suisse.

Selon nos informations, le Service de renseignement de la Confédération (SRC) a pour la première fois commenté la question. Mais à huis clos, début avril. Son directeur, Jean-Philippe Gaudin, est venu en parler devant la Commission de la politique de sécurité du Conseil des États pour fournir des précisions sur Huawei.

«Nous avons été informés des risques de sécurité de la technologie 5G par le directeur du SRC et l’un des directeurs adjoints de l’Office fédéral de la communication», confirme le président de la commission, Josef Dittli (PLR/UR).

Dans l’évaluation du risque que constituerait une infrastructure fournie en partie par Huawei, Philippe Gaudin n’a pas donné de feu vert mais, selon plusieurs sources, il se rangeait plutôt du côté des modérés. Le directeur du SRC a clairement indiqué qu’il considérait les mises en garde américaines contre les Chinois comme faisant partie de la guerre économique que se livrent les États-Unis et la Chine. Le SRC ne dispose d’aucune preuve selon laquelle la Chine utiliserait la technologie 5G pour ses activités d’espionnage.

Une guerre commerciale

Josef Dittli s’en explique: «Plusieurs pays, en particulier les États-Unis et la Chine, se battent pour obtenir des parts de marché au niveau mondial.» Il y a bien sûr des risques d’espionnage, dit le conseiller aux États libéral-radical, mais il n’y aurait aucune preuve contre aucun fournisseur que les composants 5G seraient utilisés à des fins de renseignement. «Des mesures de sécurité doivent néanmoins être prises de façon préventive», ajoute Joseph Dittli.

C’est exactement ce que préconise le Service de renseignement de la Confédération. Son directeur a annoncé qu’il souhaitait surveiller de près si la technologie 5G est utilisée à des fins de renseignement. Le SRC prévoit d’apporter son soutien aux opérateurs de téléphonie.

D’autres pays comme la Nouvelle-Zélande vont plus loin. Ils ont interdit à Huawei de construire des réseaux nationaux 5G sur les conseils de leurs services de contre-espionnage. L’Allemagne, en revanche, autorise les Chinois. Au Royaume-Uni, Huawei n’a reçu, mercredi, qu’un accès limité.

Des risques connus

Ces dernières années, à plusieurs reprises, le Service de renseignement de la Confédération a alerté l’opinion sur les risques d’espionnage. Le rapport 2018 faisait par exemple état d’une «activité accrue des groupes de hackers chinois à l’encontre d’intérêts suisses». Entretenant des liens présumés avec les autorités de sécurité chinoises, selon le SRC, ces groupes mènent des actions de plus en plus ciblées.

Malgré ces alertes, les autorités suisses s’opposent à l’exclusion de Huawei. La Commission de sécurité du Conseil des États a décidé de ne proposer aucune mesure. Sunrise peut donc travailler avec Huawei pour construire son réseau 5G. De leur côté, Swisscom et Salt ont respectivement choisi le suédois Ericsson et le finlandais Nokia, qui ne sont pas suspectés d’espionnage, même si Swisscom utilise également des équipements de Huawei. Le SRC se dit satisfait par la diversité des fournisseurs, car elle répond à l’adage selon lequel ne faut pas mettre «tous les œufs dans le même panier».

Il est possible que la récente évaluation du SRC ait été influencée par le fait que les États-Unis ont abandonné depuis peu l’idée de brandir des sanctions brutales. Au lieu de mettre en place des mesures de rétorsion à l’endroit des pays qui voudraient construire leur réseau 5G avec Huawei, Washington cherche aujourd’hui le dialogue.

Donald Trump a envoyé son consultant en cybersécurité Joshua Steinman en Europe dans ce but. Un échange confidentiel a eu lieu en Suisse en mars avec des représentants de Swisscom, Sunrise et Salt. Selon nos informations, Joshua Steinman n’accusait plus explicitement Huawei d’espionnage. Il a plutôt attiré l’attention sur les risques intrinsèques liés à la nouvelle norme de téléphonie. Les réseaux 5G ne connecteront en effet pas seulement les personnes mais également les appareils directement entre eux. Cela permettra de collecter et d’analyser d’énormes quantités de données en temps réel ou presque et d’autoriser des algorithmes à prendre des décisions de manière automatisée.

Créé: 25.04.2019, 23h03

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