L’économie appelle la diplomatie au secours

Perspectives Les banques, et les autres entreprises exportatrices, demandent des efforts accrus en politique extérieure.

Heinz Karrer, président d'EconomieSuisse.

Heinz Karrer, président d'EconomieSuisse. Image: Keystone

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Coïncidence dans les agendas de trois lobbies. Jeudi matin, l’Association de banques privées suisses (ABPS), l’Association de banques suisses de gestion (ABG) et la Fédération des entreprises suisses (EconomieSuisse) rencontrent toutes les trois les représentants de la presse à Berne. À cette fin, les deux premières organisations choisissent l’Hôtel Bellevue, palace très proche du Palais fédéral. La troisième reçoit les journalistes dans une brasserie populaire: Zunftrestaurant Schmiedstube. En dépit de la diversité des lieux, ces trois lobbies manifestent des attentes très proches: des efforts accrus des autorités fédérales en matière de politique économique extérieure.


Edito: Le silence coupable de l’économie


Ces messages convergents s’adressent en fait avant tout aux diplomates de la Confédération. «Nos négociateurs devraient essayer de profiter de l’adoption de standards internationaux par notre place financière pour en retirer des avantages. Par exemple en obtenant l’accès au marché, condition sine qua non de notre capacité d’exportation et de notre compétitivité», rappelle Yves Mirabaud, président de l’ABPS et associé gérant senior de Mirabaud & Cie SA.

Président d’EconomieSuisse, Heinz Karrer s’exprime dans le même sens: «De grosses incertitudes pèsent actuellement sur le commerce extérieur suisse. Pour servir les intérêts de son économie, la Confédération doit s’engager de façon plus conséquente au sein des organisations internationales.» Vu le climat actuel des relations entre Berne et Bruxelles, les préoccupations formulées au cours des conférences presse s’avèrent en fait très souvent liées à l’Europe des 28, mais bientôt 27.

«L’Union européenne, le principal partenaire économique de la Suisse, se trouve en pleine mutation. La sortie du Royaume-Uni, un des plus importants États membres, pourrait conduire à une intégration accrue des pays restant fidèles à l’Union et, de ce fait, renforcer l’exclusion des États non-membres. Il est dès lors déterminant que le développement de la voie bilatérale, couronnée de succès jusque-là entre Berne et Bruxelles, puisse être assuré», prévient Heinz Karrer.

De leur côté, les banques continuent de revendiquer l’accès au marché unique, afin de pouvoir démarcher, servir et conseiller les clients européens depuis la Suisse. Président de l’ABG, Boris Collardi rappelle que cet objectif nécessite de garder des relations stables avec l’Union européenne: «Une course en solitaire ne saurait être une option pour la Suisse. Mais l’Union européenne doit elle-même enfin prouver, maintenant, qu’elle est un partenaire fiable. Il n’est pas admissible que les négociations en cours sur le Brexit servent de prétexte pour attendre.»

Deux francs sur cinq

Globalement, les messages des trois associations mettent en évidence les soucis et la vocation exportatrice d’une majorité d’entreprises suisses. Plus de 24 000 sociétés actives en Suisse exportent régulièrement des biens ou des services. Plus de 90% d’entre elles appartiennent à la catégorie des PME. Ces entreprises emploient moins de 250 collaborateurs et assurent deux tiers des postes de travail dans le pays. «L’économie helvétique gagne deux francs sur cinq à l’étranger», relève Heinz Karrer. Les banques privées et de gestion ne sont d’ailleurs pas moins vouées à l’exportation de savoir-faire. «Avec 25% de part de marché dans la gestion de fortune transfrontalière (offshore) globale, s’élevant en tout à 10 000 milliards de dollars, la Suisse reste le leader mondial de la discipline. La masse sous gestion sur notre place financière atteint environ le double de celle dont on prend soin au Royaume-Uni ou à Singapour et le triple de celle gérée à Hongkong», se félicite Boris Collardi.

Événement à Lugano

Ces performances ne peuvent toutefois persister que si la compétitivité des banques suisses n’est pas mise à mal. En ce sens, Yves Mirabaud craint notamment des conditions d’accès aux marchés concurrents peu équitables et une surréglementation en Suisse, sans distinction suffisante entre les petites ou moyennes banques et leurs consœurs de dimension systémique.

Dans ce contexte, les propensions au protectionnisme suscitent aussi des inquiétudes. À ce sujet, Heinz Karrer évoque certes d’éventuelles intentions états-uniennes, mais aussi quelques initiatives populaires de l’UDC (Union démocratique du centre). À commencer par la dernière, intitulée «Pour une immigration modérée» et visant à anéantir l’accord bilatéral sur la libre circulation des personnes entre la Confédération et l’Union européenne.

Les enjeux prennent une telle ampleur que l’ABG et l’ABPS organisent, le 24 mai à Lugano, une journée du private banking en présence du chef du Département fédéral des affaires étrangères, Ignazio Cassis. (24 heures)

Créé: 18.01.2018, 20h43

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