L’emploi et la pharma sauvent la croissance

ConjonctureLe mauvais climat économique mondial pèse sur la Suisse. Bâle arrive à tirer son épingle du jeu, alors que Genève souffre.

La Roche Tower, à Bâle, siège de l'entreprise pharmaceutique Roche.

La Roche Tower, à Bâle, siège de l'entreprise pharmaceutique Roche. Image: DR Herzog & Meuron

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Le refroidissement est là et les perspectives demeurent maussades. L’enquête conjoncturelle menée par BAK Economics pour 2020, dont nous publions ce jour les résultats, le confirme. «Après avoir atteint une croissance vigoureuse de 2,8% du PIB l’année dernière, la Suisse voit son économie sensiblement ralentir», analyse l’institut bâlois. Conséquence, il faut s’attendre à un taux de croissance de l’ordre de 0,7% cette année et de 1,3% l’année prochaine.

Pourquoi ce pessimisme? De l’escalade du conflit commercial entre la Chine et les États-Unis, qui pèse sur l’économie mondiale, en passant par le délicat Brexit et la faiblesse de l’économie européenne, les motifs d’inquiétude sont légion.

Un contexte difficile

Cet environnement délicat n’est pas resté sans conséquence. Plongées dans l’incertitude, les entreprises ont moins investi et les sociétés exportatrices voient leurs carnets de commandes se dégarnir. Dès lors, l’économie fait du surplace.

Parmi les piliers de la croissance, la construction commence à ralentir. Le BAK s’attend à ce que les activités dans le bâtiment se contractent en 2019 (–0,1%) et en 2020 (–0,6%), une première depuis 2008.

Au-delà, les taux négatifs et la densification du cadre régulateur pèsent toujours sur la rentabilité du secteur financier suisse.

Si le temps est à la grisaille, une catastrophe n’est pas pour autant attendue par les prévisionnistes. «La robustesse de la consommation privée et un secteur pharmaceutique stable indiquent que le risque de sombrer dans la récession est faible», explique l’institut bâlois. Il est vrai que le bas niveau du chômage permet toujours aux ménages suisses de dépenser. En parallèle, le vieillissement de la population mondiale soutient les ventes de médicaments.

Fort de son industrie pharmaceutique, le canton de Bâle fait alors la course en tête, avec un taux de croissance moyen de plus de 3%. Soit plus du double de celui du pays.

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Zoom sur la Suisse romande. Un chiffre est surprenant (et trompeur). La croissance vaudoise va grimper de près de 6% en 2020. «Cette dynamique est fortement tirée par les revenus de licences de l’UEFA et du Comité international olympique», souligne le BAK. Dans l’arc lémanique, les revenus encaissés par les grandes fédérations sportives biaisent fortement la statistique. Un phénomène qui touche aussi Zurich, où siège la FIFA, qui voit son économie se contracter de 1,4% cette année (après avoir explosé de 4% en 2018). L’effet de base est sanglant.

Au bout du lac, Genève peinera, elle, à tirer son épingle du jeu. Le refroidissement est sensible pour les exportateurs du canton, où la construction (notamment le projet ferroviaire transfrontalier CEVA qui se termine) a soutenu la croissance ces dernières années.

L’Allemagne pèse

Après avoir retrouvé le sourire en 2018, l’industrie d’exportation et l’horlogerie perdent de leur mordant. «Les cantons de Neuchâtel, très sensible au marché horloger, et Fribourg, avec son industrie de biens d’investissements, sont affectés», ajoute le BAK.

À cet égard, les secousses rencontrées par l’économie outre-Rhin, notamment dans le secteur automobile, ne sont pas une bonne nouvelle pour les PME locales. «La locomotive conjoncturelle allemande est devenue un lourd wagon qui agit comme un frein, y compris sur l’économie suisse», confirme Martin Neff, chef économiste chez Raiffeisen.

Ce n’est pas tout. La vigueur du franc, qui rend le pays moins compétitif en Europe, pèsera aussi sur le tourisme. «Cela va freiner la clientèle européenne et touchera les régions touristiques, notamment le Valais», explique le BAK.

Des attentes en ligne

Sur le plan national, les attentes publiées aujourd’hui par le BAK sont en ligne avec les chiffres récemment communiqués par les économistes d’UBS ou de Raiffeisen. En revanche, elles sont un brin inférieures à celles du KOF. Ce dernier table sur un PIB de l’ordre de 0,9% cette année et de 1,9% en 2020. Cela étant, il n’y a pas d’excès d’optimisme du côté de l’institut conjoncturel zurichois: «Certes l’emploi progresse globalement à l’heure actuelle et le chômage a continué à diminuer, mais le produit intérieur brut se développera un peu plus faiblement que ne le suggéraient encore les données du printemps.»

En clair, il faudra attendre un peu pour que le beau temps revienne. Pas avant 2021 en tous les cas.

Créé: 24.10.2019, 06h38

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